PAPDA

Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif

   


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Haïti : Réponses et alternatives au programme d’ajustement structurel

Posté le 14 novembre 2005 par Administrateur

Ecrit le 18 mars 1997

"La tentative de construire un vrai processus démocratique participatif en Haïti est menacée par la mise en oeuvre dogmatique de l’ajustement structurel. Il nous faut une alternative vraiment populaire et un système économique juste."

Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, avec quelques 70 pour cent de la population vivant dans une pauvreté absolue. L’imposition d’un programme économique néolibéral, qui entraîne la baisse des tarifs d’importation, la privatisation des entreprises nationales, le "sado-monétarisme" et la réduction des services publiques, risque d’aggraver les inégalités sociales et de porter un coup fatal au mouvement démocratique populaire qui a porté Jean Bertrand Aristide au pouvoir en 1991.

Il y a cependant des alternatives à ce que nous offrent la Banque mondiale et le Fonds Monétaire Internationale (FMI). Dans un séminaire du CIIR en Mars 1997, le militant haïtien Camille Chalmers et son collègue Jonathan Pitts ont soumis des propositions concrètes pour un modèle de développement approprié à Haïti. Ils proposent une stratégie de croissance basée sur les secteurs traditionnels les plus palpitants de l’économie haïtienne tels que les micro-entreprises et l’énorme secteur informel. Ils préconisent une "redynamisation" de l’agriculture paysanne de laquelle dépend 70 pour cent de la population.

Camille Chalmers et Jonathan Pitts sont, respectivement, secrétaire exécutif et secrétaire exécutif adjoint de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA). Basée à Port-au-Prince, cette coalition d’organisations populaires haïtiennes, a été fondée en 1995 pour coordonner la promotion d’une opposition à la politique d’ajustement structurel imposée par les institutions internationales financières (IFIs) et pour développer des stratégies économiques alternatives pour le pays. PAPDA est aussi membre du Caribbean Reference Group sur la Convention Lomé, qui se réunit en ce moment pour établir un consensus d’opinions à l’égard des négociations et des conventions post-Lomé.

Camille Chalmers est professeur d’économie à l’Université d’Etat d’Haïti. En 1980, après des études supérieures à l’Université de Caracas, au Vénézuéla, à la fin des années soixante-dix, il a fondé le GHRAP - Groupe Haïtien de Recherche et d’Action Pédagogique. De 1984 à 1988, il fut le coordinateur national des projets de développement de Caritas Haïti. Après le coup militaire de 1991 qui a renversé le Président Jean-Bertrand Aristide, Camille est arrêté, mis en prison et torturé. Après sa libération, il s’enfuit à Washington DC, où il devient le chef d’équipe d’Aristide. Après une année, il donne sa démission par opposition à la politique d’ajustement structurel que le gouvernement en exil d’Aristide a dû accepter pour assurer le soutien des Etats-unis en vue de la restauration de la démocratie en Haïti. Suite au renversement du régime militaire en 1994, Camille retourne en Haïti où il continue à enseigner à l’université.

Jonathan Pitts vivait en Haïti depuis le retour au pouvoir d’Aristide en 1994, où il a travaillé comme Secrétaire exécutif adjoint à la PAPDA depuis son inauguration. Il est licencié d’Oxford (PPE) et diplômé d’études supérieures en développement de l’université de East Anglia, au Royaume Uni, et a travaillé comme professeur de sciences sociales et de langues, comme traducteur et interprète, et comme entrepreneur au Royaume Uni, à la Martinique, aux Seychelles, en France et en République Dominicaine.

Ce séminaire a été organisé par le Département de Politique Internationale de l’Institut Catholique pour les Relations Internationales et fait partie de son travail sur la justice économique internationale, et la démocratie et les droits de l’homme.

L’impact du programme d’ajustement structurel en Haïti

Camille Chalmers

En étudiant la situation en Haïti, il est important de prendre en considération certains paramètres qui déterminent la situation actuelle.

Premièrement, la société et l’économie paysannes de Haïti se sont développées dans un isolement relatif, en raison de la nature et de la gravité des sanctions imposées par les puissances coloniales après la révolution contre l’esclavage de 1791 à 1804. Par la suite, le pays a développé une culture d’autosuffisance et d’autonomie ainsi que des systèmes de production et d’organisation socio-économique différents de ceux qu’on peut trouver ailleurs dans les Caraïbes.

Deuxièmement, le mouvement populaire de 1986 et 1987, qui a abouti à la chute du régime Duvalier en Haïti, était très dynamique. C’était un mouvement qui cherchait sincèrement un nouveau type de société, une démocratie populaire participative, une rupture radicale avec les structures d’oppression.

Le troisième facteur est la pauvreté extrême en Haïti. Avec un produit brut intérieur (PIB) d’environ $US220 par personne par année, Haïti est certainement le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, avec les pires indices de développement social. Ceci nécessite une approche particulière et une méthode d’analyse spéciale, étant donné l’importance de nombreux facteurs locaux : déboisement, analphabétisme, manque d’éducation et de services de santé publique.

Le quatrième facteur est lié à l’avenir de cette nouvelle démocratie fragile. Quel espoir y a-t-il pour une vraie démocratie dans le cadre de l’actuelle politique d’ajustement structurel - avec les difficultés qui en résulte ?

Une économie polarisée

L’économie d’Haïti est très polarisée. D’une part, il y a une forte agriculture paysanne qui, historiquement, a toujours pu produire 70 à 80 pour cent de la nourriture de base du pays. D’autre part, il y a eu une orientation vers le marché global par l’exportation de produits traditionnels : le cacao, le sucre, le café et les huiles essentielles en particulier. Au courant du 20ème siècle, il y a eu deux tentatives majeures de diversification qui s’éloignent de ce simple modèle bi-polaire. la première, en 1915 au moment de la première occupation américaine d’Haïti, résultait de la volonté américaine d’investir massivement dans les quatre pays de la région : Haïti, la République Dominicaine, le Puerto Rico et Cuba. De fait, la plupart de l’investissement des Etats-Unis s’est effectué dans les autres pays, et Haïti dès lors a joué plutôt un rôle de fournisseur de main d’oeuvre bon marché pour alimenter les industries américaines de la République Dominicaine et de Cuba. La conséquence en a été l’émigration massive de travailleurs haïtiens à Cuba et en République Dominicaine pour travailler dans les usines implantées par les capitaux américains dans ces pays.

La deuxième tentative de diversification eut lieu au début des années 70 et concernait l’industrie de montage à l’exportation dont environ 200 entreprises ont été établies en Haïti, produisant uniquement pour le marché américain.

Ces deux tentatives de diversification ont échoué. La première a échoué parce qu’elle a rencontré une résistance contre l’occupation américaine au niveau de la population paysanne et parce que le bas niveau de l’éducation, des infrastructures et du développement en Haïti rendait l’investissement ailleurs moins cher et plus productif pour les capitaux américains.

La deuxième tentative de diversification a commencé à échouer même avant le crise politique qui débuta en 1985. Il est important de le souligner, car cette crise politique est souvent désignée comme cause de l’échec de ce secteur de sous-traitance, alors que cet échec lui fut antérieur. Cet échec est lié à plusieurs facteurs : premièrement, la faiblesse de l’infrastructure et des services sur le plan de l’énergie et des télécommunications ; deuxièmement, le faible niveau de qualification de la main d’oeuvre ; et troisièmement, et c’est le plus important, le fait qu’entre les années 70 et 82 les conditions de la concurrence aux Caraïbes ont évolué. En d’autres termes, le faible coût de la main d’oeuvre en Haïti n’était plus aussi intéressant en 1982 qu’il l’était en 1970.

La crise économique actuelle

La mise en application des politiques économiques néolibérales en Haïti a commencé en 1982, et petit à petit la politique d’ajustement habituelle du FMI a été imposée. Depuis 1985 environ une crise politique s’est développée suite à la volonté croissante de la population de participer à la démocratie, avec comme résultat l’élection de Jean Bertrand Aristide et le commencement d’une transformation politique réelle. Cependant cette marche vers la démocratie et la réforme politique a été entravée par le fait que la structure économique de Haïti est restée concentrée entre les mains de l’oligarchie qui existait avant Aristide. Il existe aussi une crise d’orientation de choix au niveau des stratégies de développement.

Le gouvernement d’Aristide ainsi que celui de Préval ont tous les deux eu du mal à former une stratégie claire autour d’un modèle de développement. Ce fait est aggravé par la fragilité de l’économie - résultat de la mise en oeuvre du programme néolibéral. Ainsi, l’économie d’Haïti est la plus ouverte des Amériques et l’une des plus ouvertes du monde, avec des tarifs entre zéro et dix pour cent sur tous les produits.

D’autres facteurs clés de l’économie haïtienne actuelle sont : premièrement, l’énorme croissance de la spéculation en Haïti - une très grandes quantité de capitaux liquides circule dans le système bancaire mais ne se transforme jamais en investissements productifs ; deuxièmement, la dévastation provoquée par le coup d’Etat brutal de 1991 ; et troisièmement une grande économie informelle, qui constitue la plus grande partie de l’emploi urbain.

Nous sommes en désaccord avec le FMI en ce qui concerne le modèle du développement à adopter dans une situation où l’économie paysanne est toujours la force dominante et l’économie urbaine est surtout comprise de micro-entreprises et de travail dans l’économie informelle.

Pauvreté et faible croissance

Le retour d’Aristide en 1994 a vu une certaine croissance économique. Dans la première année 1994-95, le PIB s’est accru de 3,8 pour cent et en 1996 de 2,8 pour cent. Le premier ministre Rosny Smarth cite ces chiffres pour justifier la politique de son gouvernement. A notre avis, ceci représente un taux d’accroissement beaucoup trop insuffisant, étant donné qu’entre 1990 et 1994, pendant le coup d’Etat et l’embargo international, le PIB a baissé de l’ordre de 30 pour cent. Les prévisions actuelles vont vers une baisse du PIB pour la période 1996-97.

Avec un taux d’accroissement d’environ 4 à 5 pour cent, qui est la meilleure prévision de la Banque Mondiale, il faudrait au moins huit ans pour que Haïti retourne à la situation de 1990, avant le coup d’Etat. Cette prognose est bien insuffisante. Il nous faut mettre en oeuvre une politique de développement beaucoup plus acharnée capable non seulement de réanimer l’économie mais aussi d’atteindre une croissance réelle et améliorer le niveau de vie de la majorité.

Il exite une pauvreté et une privation économique extrêmes. On estime que 70 pour cent de la population vit dans une pauvreté absolue. Le chômage est de l’ordre de 70 pour cent. Il y a un manque de nourriture à deux niveaux : de grandes sections de la population souffrent de déficits de calories et de protéines et pour la première fois dans l’histoire d’Haïti, la nourriture de base est importée à grande échelle. Quelques 50 pour cent des enfants en dessous de l’âge de cinq ans souffrent de malnutrition. Même les secteurs de l’économie qui sont historiquement dynamiques - l’économie informelle paysanne et les micro-entrepreneurs dans l’économie informelle - sont en crise réelle. Une raison pour ceci vient du fait qu’ils ne peuvent pas être concurrentiels, maintenant que les tarifs d’importation ont été abolis. Ce qu’on appelle le riz de Miami, des Etats-Unis, a envahi le marché haïtien : en 1996, Haïti a importé 197 000 tonnes de riz, en comparaison avec 7 000 tonnes en 1985. Les petits et les micro-entrepreneurs n’ont aucun accès au crédit. Seulement une quarantaine de familles en Haïti ont accès à des sommes d’argent sous forme de crédit formel et seulement 2 pour cent du crédit du système bancaire finance le secteur agricole et le développement rural.

La fragmentation politique

A cause de la situation économique, Haïti est en train de souffrir d’une sorte d’implosion politique. Le mouvement Lavalas qui a amené Aristide au pouvoir représentait véritablement les aspirations de la population haïtienne, et l’espoir d’un nouveau projet social s’est crystallisé autour de cette organisation. Mais Lavalas commence à se diviser face aux contraintes du tutelage des Etats-Unis et de la crise économique. Par la suite, quatre organisations politiques distinctes se sont formées du groupe Lavalas. Comme les élections municipales ainsi que celles du sénat vont bientôt avoir lieu au mois d’avril 1997, il est évident qu’ils commenceront déjà à se battre entre eux pour le pouvoir. Cette implosion politique, l’atomisation du mouvement Lavalas, fut accompagnée par une distance croissante entre les partis politiques organisés et leur base sociale populaire. Les candidats indépendants qui se sont présentés dans ces élections sont plus nombreux que les candidats de toutes les organisations politiques mises ensemble. En d’autres termes, l’éffondrément économique crée des conditions dans lesquelles il est impossible pour la démocratie de prendre racine et de s’épanouir (La participation dans les élections au mois d’avril 1997 fut 3% de l’électorat).

Qu’est-ce qui ne va pas avec la politique de développement actuelle ?

Pendant les deux dernières années, la PAPDA a critiqué le modèle de développement qui est au coeur de cette politique d’ajustement structurel mise en pratique par le gouvernement haïtien poussé les institutions financières internationales. Nous mettons en cause quatre suppositions fondamentales à la base de cette politique.

La première supposition est que Haïti est ingouvernable. On dit qu’Haïti est un pays querelleux infesté de guerres et de conflits. En fait, ce n’est pas le cas. Depuis 1986 il y a eu un mouvement démocratique fort, dynamique et uni, qui engage la plus grande partie de la population haïtienne, en conflit avec un petit groupe de personnes organisées autour de l’oligarchie traditionnelle qui ont soif du retour du régime Duvalier d’autrefois. Une des conséquences de cette idée qu’Haïti est ingouvernable est que la tentative d’établir des institutions d’ordre public en Haïti fut simplement une tentative de mettre en place des modèles importés. Beaucoup d’argent a été dépensé pour la nouvelle police, par exemple ; mais aucune tentative n’a été faite pour établir un rapport entre la nouvelle police et le mouvement populaire dans le contexte de la culture haïtienne. Nous avons au contraire une police basée sur le modèle américain et, en effet, formée par eux, et qui doit confronter des difficultés à contrôler la population et à établir de bonnes relations avec elle.

La deuxième supposition à laquelle nous nous opposons est la mise en oeuvre d’un programme orthodoxe de stabilisation. La lettre d’intention écrite pour, ou, selon le point de vue, par le FMI, porte surtout sur des questions de politique monétaire. Il n’y a qu’une demi-page qui aborde la question agricole. Ce déséquilibre ne convient pas du tout à Haïti. Nous appelons cette mesure grave à Haïti le "sado-monétarisme". Dans une situation de pauvreté absolue où la consommation est en train de tomber, il est absurde de mettre en application des mesures monétaires extrêmement restrictives. Le niveau de consommation parmi les classes les plus pauvres est encore plus faible qu’il ne l’était en 1980 ou en 1964. Cette stabilisation s’accompagne du paquet habituel de plafonds financiers.

La troisième supposition concerne l’avantage comparatif de la production haïtienne. Un main d’oeuvre bon marché est présentée comme étant le seul avantage comparatif de Haïti. Nous pensons que cette analyse est dangereuse. D’une part, la circulation de capitaux internationaux s’intéresse de moins en moins exclusivement à la main d’oeuvre bon marché : à travers le monde une concentration d’investissement se fait à l’égard des pays dit nouvellement-industrialisés et à l’égard des pays qui ont déjà un niveau assez élevé de développement. D’autre part, comme stratégie à long terme pour Haïti, ceci est absurdre. Même lorsque le secteur de montage à l’exportation était à son apogée, tous les matériaux étaient importés, ayant ainsi peu de rapport avec l’économie locale. La plus grande partie des bénéfices fut rapatriée et ainsi n’a pas servi comme moteur pour la croissance de l’économie haïtienne. Haïti a besoin d’un investissement massif au niveau des ressources humaines, de l’éducation et de la formation des travailleurs. Si ceci est mis en pratique, le principe fondamental de l’avantage comparatif de la main d’oeuvre bon marché, qui existe en raison du manque de qualification, disparaîtra. Il nous faut une stratégie agressive de développement, qui cherche à développer de nouveaux domaines et à trouver d’autres avantages comparatifs pour l’économie haïtienne.

La quatrième supposition concerne l’Etat. Le dogme du FMI stipule que l’Etat doit être rétréci. Mais dans le cas de Haïti, Le FMI exige une réduction de l’emploi public de l’ordre de 50 pour cent. Il insiste aussi sur la libéralisation de l’économie et sur la privatisation des neuf entreprises du secteur public encore en existence. Il y a 47 000 employés du secteur public en Haïti pour une population de 7 millions et le FMI propose que ceci soit coupé par moitié. En comparaison, la République Dominicaine, pays avoisinant, avec à peu près le même nombre d’habitants que Haïti, emploie 400 000 personnes dans le secteur public. Nous soutenons que le secteur public est déjà trop petit. La décentralisation de l’Etat que réclame la base populaire, et qui est aussi favorisée par les institutions internationales, signifierait l’embauche d’encore plus d’employés à fin de pouvoir opérer à travers tout le pays.

Nous avons besoin en Haïti d’un Etat plus grand, plus actif et plus dynamique, mais il doit être réformé. Il est évident qu’en général les petits fonctionnaires de l’Etat ne sont pas très efficaces, ce qui est peut-être lié au fait qu’ils sont très mal rémunérés. La position de la PAPDA n’est pas de réduire et d’éliminer l’Etat, mais de le transformer et de le rendre plus actif et plus dynamique.

Conclusions

Le mouvement populaire haïtien traverse une période extrêmement difficile et il devient de plus en plus isolé. Dans la campagne de réélection de Bill Clinton en 1996, Haïti a joué un rôle important et fut présenté comme un exemple de réussite au niveau de la politique étrangère. Cependant, depuis sa réélection en novembre 1995, Haïti a disparu de la presse des Etats-Unis et par la suite a eu tendance à disparaître des yeux du monde. Le mouvement populaire lui-même se sent abondonné par la communauté internationale, par ses partenaires en solidarité et en effet par son propre mouvement Lavalas. Il est urgent que vous en tant que citoyens, et dans vos propres organisations, développiez et renforciez la solidarité avec Haïti par une compréhension informée, intelligente et objective de la crise économique et politique haïtienne, de façon à ce que vous puissiez contribuer à la lutte des hommes et des femmes haïtiens pour un meilleur avenir.

Quelques questions

La dichotomie dont vous parlez entre l’élite oligarchique et la masse du peuple, est-ce toujours le cas malgré les évènements de ces 10 dernières années ? Quel est l’état actuel de l’inégalité économique ?

Camille Chalmers : Il n’y a eu aucun vrai changement pendant ces 10 dernières années en ce qui concerne la polarisation sociale et économique. La partie de l’élite traditionnelle la plus liée au régime Duvalier est partie. Mais le contrôle du commerce et la concentration des revenus, le système bancaire et l’accès au crédit restent structurellement inchangés. Il ne peut exister aucune vraie démocratie en Haïti sans le développement d’une certaine justice économique, sans une rupture systématique avec cette inégalité et cette polarisation. Un pour cent de la population bénéficie de 50 pour cent du revenu national.

Pour répondre à votre deuxième question sur les ressources humaines - en Haïti, le système d’éducation est presque entièrement privatisé : seuls 15 pour cent de l’éducation se fait dans le secteur public. Par conséquence, le taux d’analphabétisme est de l’ordre de 65 pour cent, et nous avons l’immatriculation au niveau de l’école primaire le plus bas, et le plus grand nombre d’élèves qui quittent l’école entre le cycle primaire et secondaire, de toute l’hémisphère occidentale. Il nous faut toute une gamme d’approches différentes - une campagne prononcée d’alphabétisation, mais aussi une augmentation de l’offre des possibilités et moyens éducatifs. Par exemple, quelques 20 000 personnes obtiennent leur baccalauréat chaque année et sont en concurrence pour 1 500 places universitaires. De l’alphabétisation de base à l’extension de l’éducation universitaire, il reste beaucoup à faire.

Que disent la Banque mondiale et le FMI au sujet de l’éducation ?

Camille Chalmers : La position de la Banque mondiale est la suivante : il faut d’abord laisser l’éducation universitaire au secteur privé, et deuxièmement, l’investissement dans l’éducation est en général insuffisant. Il se concentre sur l’infrastructure, la remise en état des écoles, leur aménagement et ainsi de suite. Il y a peu d’investissement pour améliorer le système d’éducation et encore moins pour développer la capacité du système d’éducation public.

Est-ce que le riz à bon marché de Miami affecte l’industrie locale uniquement à cause du bas prix qui fait que les paysans achètent du riz au lieu de céréales, ou y-a-t-il un impérialisme culturel ?

Camille Chalmers : Les deux raisons sont valables. D’une part, il existe d’énormes subventions, quelques $US 9 milliards par an, pour la production américaine de riz et son exportation. Mais il y a eu aussi un changement important des habitudes de consommation, qui est lié au niveau important d’aide en forme de nourriture, administrée en particulier par USAID. Ils sont fiers du fait qu’ils fournissent 1,2 millions de repas gratuits aux Haïtiens chaque jour, dont la plupart sont à base de blé - le blé n’est pas produit en Haïti, mais on s’y habitue. Ces repas à base de blé sont distribués même aux endroits du pays où la production de riz est suffisante ou même excédentaire. En attendant, la consommation du riz est devenu beaucoup plus courante et ces dernières années, elle fait plus que jamais partie de la culture haïtienne. Petit à petit, le riz a remplacé le maïs et d’autres produits tels que la cassave et l’igname. Donc, la libéralisation du commerce d’une part et l’aide alimentaire d’autre part, en particulier l’aide de la USAID (l’Agence des Etats-Unis pour le Développement International), ont eu un impact important sur l’alimentation haïtienne.

Le paradoxe est que Haïti, le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidentale, est le plus grand importateur par habitant de riz américain, avec environ 197 000 tonnes par an, au coût de $US 100 millions.

Vous avez critiqué quelques changements qui furent mis en place dans la sécurité publique, tels que la création d’une nouvelle police nationale. Pouvez-vous nous renseigner sur les mesures prises dans d’autres domaines de gouvernement, telles que la réforme du système judiciaire, et pourriez-vous définir la relation, si elle existe, entre ces réformes et la politique structurelle macro-économique que vous avez critiquée ?

Camille Chalmers : La question de la réforme institutionnelle est extrêmement complexe. La forte demande pour la démocratie semblait être entérinée dans la constitution de 1987 avec quelques mesures sur la démocratie participative, mais celles-ci se sont heurtées à plusieurs obstacles. Par exemple, le niveau de base du gouvernement local fut défini dans la constitution de 1987 comme le mécanisme principal pour faire entrer les masses haïtiennes dans le processus politique. Ce n’est que maintenant, dix ans plus tard, que les premières élections se font à ce niveau de gouvernement. Il semble y avoir un conflit entre le genre de gouvernement, selon le modèle de démocratie institutionnelle envisagé par le FMI, et celui que cherche la population haïtienne. Il y a néanmoins des points en commun, tels que le désir d’avoir un suffrage libre et démocratique et d’avoir un système politique plus ouvert. Cependant, le peuple haïtien voudrait que ses institutions soient beaucoup plus accessibles qu’elles ne le sont.

Beaucoup d’argent a été dépensé pour la formation des juges aussi bien que pour la reconstruction et l’amélioration des tribunaux. Ceci est important, mais ce qui est encore plus important c’est d’établir la confiance en les nouvelles institutions, compte tenu que la plupart des juges qu’on forme actuellement sont simplement recyclés de l’ancien système. Il a toujours existé un très grand écart entre les institutions de l’Etat, telles que la magistrature, et la population. Les institutions qu’on vient de mettre en place sont verticales et hiérarchiques et elles s’éloignent de la population. L’exigence de justice pour les crimes atroces commis pendant le coup d’Etat n’a toujours pas été satisfaite.

Il y aussi un manque de capacité, ce qui est probablement inévitable compte tenu du manque de ressources. Il n’y a pas assez de juges ni de salles d’audience pour juger tous les membres des forces armées accusés d’avoir commis des crimes pendant le coup d’Etat. Sans le développement de la participation et de la collaboration entre la population et les institutions, il n’y a probablement pas moyen de résoudre cette tension fondamentale, ainsi que les mésententes et les insuffisances.

Des alternatives au programme d’ajustement structurel, et des recommandations politiques

Jonathan Pitts

Une stratégie alternative de développement devrait probablement commencer par une tentative de définition alternative du développement. La PAPDA s’intéresse à une amélioration qualitative et quantitative des conditions de vie matérielles aussi bien que culturelles de la majorité de la population en Haïti, tout en respectant et restaurant l’environnement, et en incluant les opprimés les marginalisés. Cette stratégic doit être basée sur la tradition haïtienne d’indépendance et de résistance, nourrie par tout ce qu’il y a de meilleur dans les valeurs culturelles haïtiennes et caraïbéennes, tout en restant ouverte à la culture mondiale. En d’autres termes, nous présentons une définition du développement bien plus large que l’approche économique habituelle au niveau du PNB par habitant, ou même le genre d’approche au niveau de l’indice de développement humain de l’ONU.

Une stratégie alternative de développement ne nécessite pas uniquement un programme différent. I1 nous faut approcher de manière différente l’élaboration de cette stratégie, en faisant les deux choses suivantes. Premièrement, mettre en place un processus de dialogue et de débat avec le mouvement populaire, y compris le mouvement syndical, les partis politiques, les intellectuels, les universités, les organisations telles que la nôtre, les ONG et la presse, afin de susciter un débat à travers tout le pays, jusqu’à ce qu’on trouve un large consensus sur une stratégie de développement qui convient à Haïti, ou bien jusqu’à ce qu’apparaissent des choix clairs entre les différents modèles et stratégies entre lesquels les décisions pourraient être prises.

Mise en oeuvre

Deuxièmement, la meilleure stratégie de développement et la plus démocratique ne veut rien dire si elle ne peut être mise en action. Ceci suppose la mobilisation de la population et de ses organisations autour de leur plan de développement. Elles doivent réellement sentir d’une façon intime et effective que ce plan est le leur, et non comme il est prévu par la Banque mondiale qui parle de la’propriété’ d’une politique-par laquelle ils veulent dire qu’une politique a été vendue au peuple. En d’autres termes, il nous faut non seulement développer une alternative, mais il nous faut construire les forces historiques et sociales qui peuvent mettre ce plan en action. Sinon, nous nous réduisons au niveau des technocrates assis dans leurs bureaux et qui dessinent un plan qui a l’air très bien mais ne produit pas de vrai changement .

Une image en négatif (au sens photographique) de la stratégie des institutions financières internationales serait en effet un point de départ utile pour une stratégie alternative. Nous voulons commencer avec un point de vue complètement différent. La pauvreté écrasante et l’ampleur de l’exclusion de la majorité des Haïtiens, qui sont les aspects dominants de la société, sont les premières choses à prendre en compte. Une stratégie de développement quelle qu’elle soit doit être essentiellement une stratégie de croissance largement diffusée visant directement à améliorer les revenus et le salaire social de la majorité et satisfaisant ses besoins. Le développement du marché intérieur par la recherche de l’autosuffisance alimentaire, et l’accroissement de la production paysanne en général sont une façon d’y parvenir. Un tel modèle de croissance qui indut le plus grand nombre mettrait fin à l’apartheid social qui existe en Haïti. Un pour cent de la population haïtienne contrôle 50 pour cent du revenu national, et les services tels que la santé, I’éducation, I’eau, I’électricité, et les télécommunications sont limités à une petite minorité.

La transformation de l’Etat et de sa relation avec la société civile est également un point clé de notre stratégie. Une telle stratégie de développement est radicalement différente d’une stratégie basée sur l’expansion du montage pour l’exportation vers le marché mondial, et une intégration rapide là-dedans, qui est supposée un moteur pour entraîmer le reste de l’économie-une théorie de croissance et de développement découlant de l’exportation.

Une stratégie alternative par secteur

Je ne vais pas essayer de donner une liste détaillée de ce qu’il faut ou ne faut pas faire. Je me limiterai à quelques mots sur l’agriculture et l’environnement, I’industrie, la production artisanale, la politique financière, le rôle de l’Etat, I’intégration régionale et le développement alternatif.

L’agriculture

La PAPDA voit l’agriculture comme étant au centre du problème. Soixante-dix pour cent de la population haitienne dépend encore de la production agricole paysanne. II y a 4 millions de paysans, et seulement 18 000 personnes qui travaillent dans le secteur de montage à l’exportation. C’est dans le secteur agricole et rural que l’on trouve la pauvreté la plus extrême. Dans les campagnes, quelque 85 pour cent de la population vit dans une pauvreté absolue. Le résultat en est l’exode rural croissant vers les bidonvilles de Port au Prince. La dynamisation de l’agriculture dans le contexte de la dynamisation de l’économie paysanne, qui produit essentiellement pour le marché intérieur, la nourriture en particulier, est le point central d’une stratégie alternative.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas d’ exportations, mais il faut développer plutôt de nouvelles idees, des méthodes nouvelles et même de nouvelles catégories de produits orientées vers le marché d’exportation, tels que les produits biologiques et les légumes tropicaux tels que l’igname, la banane verte, le fruit à pain, pour les marchés ethniques des pays riches. Nous voulons que la production des petite producteurs paysans pour le marché intérieur soit au centre du modèle, et non l’exportation.

La dynamisation de l’économie paysanne veut dire d’abord la réforme agraire. Un paysan haitien exploite en moyenne moins d’un hectare de terre, qui est amorcelé et dispersé sur de grandes distances dans des terrains difficiles et montagneux. La réforme agraire est indispensable pour créer des unités de production économiquement viables. Car sans la sécurité d’un bail assuré le paysan n’est pas incité à investir dans la terre ni à pratiquer des méthodes d’exploitation qui arrêteraient, ou même renverseraient, la dégradation de l’environnement.

La seconde partie de cette dynamisation de la paysannerie consiste à faciliter l’accès au crédit à bon marché, au micro-crédit en particulier, et à baser le développement agricole sur le modèle de micro-crédit de la Banque Grameen (Banque établie au Bengladesh, qui a eu un grand succès dans la mise en place des possibilités de crédit pour les micro-entreprises, en particulier celles gérées par les femmes). Les producteurs paysans n’ont pratiquement pas d’accès au crédit orthodoxe ; au lieu de cela, ils disposent d’un système informel de crédit usuraire où ils payent au moins 20 pour cent d’intérêt par mois. Ils doivent néanmoins faire face à la concurrence de l’agriculture américaine subventionnée.

La vulgarisation agricole-c’est-à-dire aider les paysans à faire meilleur usage de leurs ressources-doit être non seulement augmentée mais doit aussi être adaptée. Une initiative intéressante que nous soutenons est la collaboration avec des bio-technologues et bio-agronomes cubains, qui doivent bientôt commencer à transférer quelques technologies de la nouvelle révolution verte de Cuba à la paysannerie haitienne. Les Haitiens sont prês à l’accueillir parce qu’ils ont une longue tradition d’agriculture biologique, en raison de leur isolement, de leur pauvreté et du manque d’accès aux ressources telles que les produits chimiques importés. Nous espérons que des accroissements rapides de la productivité, tels que nous avons vus à Cuba, seront possibles à travers ce transfert de technologie. Mais il nous faut aussi investir dans l’infrastructure, I’irrigation, les réseaux routiers, les marchés, I’information sur les marchés, les techniques de marketing et ainsi de suite.

Le premier but, donc, est d’augmenter grandement la production de nourriture sur le plan intérieur, et la Banque mondiale elle-même, selon sa stratégie d’assistance, accepte que ceci est possible. Si des mesures du genre dont nous avons parlé étaient appliquées, la production de nourriture en Haiti doublerait ou triplerait. La Banque a ensuite présenté son argument d’échange libre, rejetant la stratégie que nous avons proposée, tout en reconnaissant qu’elle est techniquement possible.

Néanmoins, des réformes qui cherchent seulement à améliorer l’offre ne seront pas suffisantes. II y a aussi la question du changement de l’utilisation des terres, surtout si l’ on pense à la crise de l’ environnement . II y a un argument qui dit qu’en augmentant la surface consacrée à la production de nourriture, on fait plus de pression à l’environnement en exposant le sol à plus d’érosion. II faut donc que l’Etat, à travers le Ministère de l’Agriculture, intervienne d’une façon active dans la redistribution des terres. Beaucoup de terres dans les plaines restent non irriguées. En termes simples, la tendance est de produire pour l’exportation sur les plaines irriguées et les petits paysans produisent la nourriture de base sur les terres de montagnes. Cette situation doit être inversée. Si cela se fait en même temps qu’une extension de l’accès au crédit, il est possible non seulement d’augmenter la production de nourriture sans faire endommager l’environnement, mais il est aussi possible de développer des produits d’exportation tels que les mangues, le café et les légumes d’hiver etc.

Le développement rural ne concerne pas seulement la production agricole mais toute une étendue d’autres initiatives. II nous faut de petits centres ruraux de production agro-alimentaire qui utilisent une technologie appropriée afin de transformer la production agricole aussi bien pour la consommation intérieur que pour l’exportation. Les fruits sechés ou en conserve, les thés et les herbes, peut-être produits en agriculture biologique, peuvent être écoulés sur le marché grandissant de la "nourriture naturelle" des pays du Nord. De la même façon nous avons besoin aussi de petites unités de production d’équipements-pour outils, engrais et pesticides biologiques. Cette approche intégrante envers l’agriculture et le développement rural doit être appliquée pour augmenter la production et la productivité et pour accroître la sécurité alimentaire et augmenter certaines exportations, tout en respectant l’environnement. Tout ceci nécessite une protection douanière sélective de l’agriculture. Un agronome de l’Institut National pour la Recherche Agronomique en France, Marc Dufumier, a dit récemment qu’il ne pouvait pas imaginer de conditions quelles qu’elles soient dans lesquelles l’agriculture paysanne haïtienne pourrait survivre sans un minimum de protection. Dans son "Programme Indicatif National" pour Haiti l’Union Européenne a même insisté sur un minimum de protection douanière pour protéger ses investissements dans l’agriculture. La stratégie de développement du gouvernement haitien est censée renforcer la production nationale, la production agricole en particulier. Bien que tout le monde reconnaisse que cela nécessite une protection sélective, le gouvernement est en train de supprimer les tarifs douaniers.

Industrie et production artisanale

Le secteur de montage pour l’exportation peut apporter une contribution au développement d’Haiti, mais pour des raisons historiques, économiques et bien sur logiques, il ne peut être le moteur du développement. Une excellente étude conduite par un conseiller indépendant à la BID (Banque Inter-Américaine de Développement) (Bureau, pour Capital Consult, Compétitivité des Industnes de Haiti,1995)., sur les possibilités de création et d’exploitation des avantages comparatifs dans le secteur de montage à l’exportation, a conclu que même si les recommandations du FMI étaient parfaitement appliquées, y compris la privatisation, des meilleurs services et la déréglementation, il y aurait toujours peu de chance que Haiti obtienne un avantage comparatif dans les domaines de l’électronique, des produits sportifs, des vêtements etc., qui constituent le secteur du montage. Le conseiller à l’BID a reconnu que la micro-entreprise, petite, informelle mais dynamique, pourrait être l’acteur principal de l’industrie haitienne. II a conseillé au gouvernement de concentrer ses efforts dans cette direction, mais rien n’a été fait. Dans le secteur de l’exportation, il faudrait promouvoir activement les branches de l’économie qui maximisent la valeur ajoutée et favorisent le développement des ressources humaines -le travail du cuir, par exemple.

En pratique, la concentration de l’effort dans ce secteur informer nécessite aussi du crédit, et spécialement du micro-crédit ; ainsi que la formation, la restructuration, I’aide pour le marketing, la création de marchés, etc. Dans cette économie informelle il faut faire concentrer les efforts sur les artisans, ceux qui produisent les biens fonctionnels, tels que fits, chauffeau, meubles, ainsi que ceux qui font les produits plutôt décoratifs et artistiques. Les artisans ’fonctionnels, produisent principalement pour le marché intérieur. Certains résistent aux réformes néo-libérales et à la libéralisation du commerce, d’autres non. Les artisans de produits décoratifs sont déjà bien connus dans la région. Une grande partie de ces produits vendus dans les Caraïbes sont produits en Haiti ou sont d’inspiration haitienne. Néanmoins, il n’existe aucun soutien systématique de l’Etat pour ce secteur extrêmement dynamique et créatif, qui dispose d’un avantage non seulement comparatif mais superlatif. Ceci doit être développé.

Notre production culturelle nous procure également un avantage. L’art et la sculpture haitienne, la musique et la danse, sont célèbres dans le monde entier et il y a beaucoup de travail à faire pour former des liens et promouvoir les efforts artistiques. Ces produits artistiques peuvent être exportés et peuvent jouer un rôle pour le tourisme. Encore une fois, aucun effort systématique n’a été fait pour exploiter cet avantage.

Substitution d’importation

II faut aussi modifier les habitudes d’importation, surtout dans le domaine des vêtements et des chaussures, qui a été énormement frappé par la réduction des tarifs douaniers et l’entree d’ importations à bon marché, souvent des articles d’occasion provenant des Etats Unis. Quelque 80 pour cent des cordonniers de Port au Prince, par exemple, ont dû fermer leurs commerces ces dernières annés.

Une substitution d’importation plus conventionnelle peut jouer un rôle mais il faut la mettre en oeuvre prudemment. I1 faut établir un système de protection. souple et bien adapte. Nous ne suggérons pas ici de reproduire le modèle de croissance de l’Amérique Latine des anneés soixante et soixante-dix qui laisse en place, protégés par des tarifs douaniers, des entrepreneurs incompétents qui monopolisent le marché et se conduisent en parasite-tout en protégeant la bourgeoisie locale. Mais il nous faut probablement un minimum de protection. De plus, les entreprises locales ont également besoin d’aide pour la diversification et dans la modernisation, mais la protection doit les stimuler à produire plus et d’une façon plus efficace. Ceci devrait être soutenu par des lois réglementant la concurrence pour s’opposer à la tendance naturelle de l’économie haitienne à l’oligopole et aux cartels.

Industrie lourde

II y a même un rôle pour l’industrie lourde, notamment dans la manufacture du ciment. Haiti a une usine de ciment qui a une capacité importante de production de matériaux de qualité supérieure. Le pays en a un grand besoin pour des constructions de base et d’infrastructure. Actuellement, grâce à un financement international, d’énormes projets pour la construction de réseaux routiers sont en cours de réalisation, mais maintenant Haiti importe le ciment, ce qui est absurde. L’entreprise de ciment faisait partie du secteur public. Elle a été fermée pendant le coup d’Etat de 1991 à 1994. Ensuite l’IFC (lnternational Finance Corporation) a estimé qu’avec à peu près un million de dollars (US) d’investissement l’usine pourrait retravailler et pourrait presqu’immédiatement produire plus de 200 000 tonnes de ciment de bonne qualité par année, ce qui suffirait à une grande partie des besoins en Haïti, même ceux d’un marché intérieur croissant en restructuration. Ceci ne s’est pas fait. L’usine reste fermée.

Secteur financier

Bien que nous soyons critiques à l’egard de la restriction excessive de la circulation monétaire, nous savons qu’il ne faut pas revenir à la politique irresponsable de création d’argent comme solution aux contrôles ineffficaces, aux mauvaises décisions, à la corruption et aux déficits- résultats de l’incapacité administrative. Nous insistons sur la nécessité de faire la différence entre le financement par la banque centrale de telles insuffisances et le financement par la banque centrale d’investissements productifs. Actuellement, selon les recommandations du FMI, la banque centrale n’a pas le droit de financer aucune entreprise du secteur public. La banque est même revenue sur des engagements qu’elle avait pris de préférence des fonds à l’entreprise d’électricité, par exemple.

L’abolition du plafond a provoqué la hausse des taux d’intérêt rendant encore plus diffficile que jamais l’accès au crédit pour les producteurs et investisseurs haitiens. II y a un besoin vital d’une approche plus équilibrée et moins dogmatique à la circulation monétaire et aux contrôles financiers, et d’un programme intensif d’offre de crédit en dessous du taux du marché en utilisant divers instruments monetaires-de banques de développement jusqu’à des projets de micro-crédit gérés par les communautés de base. Dans ce contexte, il vaut la peine de noter que la seule banque qui a une réelle présence nationale et provinciale est la BNC, entreprise rémunératrice. Significativement, il est prés de la privatiser.

Le système actuel de se financer uniquement par l’autofinancement, où l’on ne dépense que ce qui rentre dans la caisse, n’est même pas sufffisant pour une boutique et à plus forte raison pour un pays en besoin d’une stratégie de développement à long terme.

La PAPDA propose une vision différente du développement, une économie articulée entre les différents secteurs. L’un des buts de la dynamisation de l’économie rurale et de l’économie paysanne est d’élever directement et immédiatement le niveau de vie. Mais elle cherche aussi à créer la demande pour la production dans les secteurs industriel et artisanal de simples outils et de certains produits de consommation-en d’autres termes d’essayer de créer de nouvelles axes d’ accumulation dans l ’économie informer, sur le plan micro-économique, et dans l’économie rurale.

Transformation de l’Etat

Si nous voulons éviter de reproduire les modèles de développement des années soixante et soixante-dix, en plus de la réglementation de la concurrence et de l’adaptation des tarifs douaniers, il nous faut un Etat différent avec des relations différentes avec les acteurs économiques. Nous n’avons pas besoin d’un Etat réduit, ou atrophie, mais d’un Etat transformé ayant une relation différente avec la sociéte civile. C’est une des conditions principales et nécessaires pour le succès d’une stratégie alternative.

Nous rejetons l’insistance de l’IFC sur le rapetissage sauvage et la quasi-élimination de l’Etat, mais nous insistons sur une réforme radicale. Cette transformation peut se faire soit en agissant sur le secteur public, soit en privatisant, soit en restructurant. Pour l’instant il n’y a eu aucune tentative pour restructurer les neuf entreprises du secteur public. Les termes de référence de l’etude de l’IFC, qui a, entre autre, coûté $US 2 millions, ne posait pas la question de"’Comment allons—nous améliorer ces services", ni "Devraient-ils être privatisés, ou restructurés ?" mais plutôt : "Comment allons-nous privatiser ces services ?" Le mouvement populaire et démocratique ainsi que le mouvement syndical ont reçu ceci comme une gifle. II y a en effet de très bonnes raisons pour que l’on garde au moins quelques-unes de ces entreprises dans le secteur public, notamment l’entreprise des télécommunications qui réalise un bénéfice net de $US 40 millions par année pour les coffres de l’Etat. La restructuration aurait été une approche plus sensée. Les syndicats de l’entreprise des télécommunications ont fait toute sorte de propositions et d’analyses alternatives, et certains dirigeants n’acceptaient pas le point de vue néo-liberal. II y avait d’excellentes critiques et des suggestions pour la modernisation de la gestion, pour réduire la corruption et pour une meilleure utilisation de la technologie. Etaient inclus dans ces propositions l’amorce de changements des relations entre l’Etat et le gouvernement, et l’entreprise publique, les travailleurs et la société civile représentée par les consommateurs, avec de nouvelles idées sur la façon de constituer le conseil d’administration. Tout ceci n’a pas été étudié. Nous le suggérons non seulement pour générer des revenus, non seulement pour procurer des moyens de développement pour l’Etat et la société, mais aussi parce que c’est un moyen de créer la confiance et l’ouverture ainsi qu’une communication nouvelle, plus consciente, entre l’Etat et la société civile. On a perdu là une opportunité positive en raison de l’insistance aveugle et dogmatique sur la privatisation même des services de base.

Intégration régionale

Notre modèle alternatif souligne le besoin d’une intégration régionale. Nous souhaitons contrer la pression pour une intégration rapide et brutale au marché mondial avec une proposition pour une intégration accélérée mais soigneusement controlée et négociée au sein de la région des Caraïbes. Ce serait un autre modèle d’intégration, base sur la complémentarite, la solidarité et la négociation, dans le but de développer un marché interne régional qui permettrait de meilleures économies d’échelle. Cela nous aiderait à résister au modèle culturel de consommation qui envahit Haiti. II nous faut concentrer nos efforts sur la réorientation des goûts et des habitudes de consommation des aliments et des vêtements, sur les biens qui peuvent être produits en Haiti et ailleurs dans les Caraïbes.

Ressources bumaines

La question de l’éducation et des ressources humaines est elle aussi essentielle. Sans un investissement massif dans l’éducation et l’alphabétisation il n’y a vraiment aucune chance d’avancer dans une autre direction et vers un autre mode de croissance.

Autres sources de financement

Ayant proposé les recommandations ci-dessous nous devons pouvoir dire comment elles seront financées. L’aide international doit continuer, mais sans les conditions mutilantes et déséquilibrantes qui lui sont attachées en ce moment. Nous proposons l’abolition de la dette injuste d’Haiti (avoisinant $US 900 millions) dont la plupart a été consommée par la dictature des Duvalier et les responsables qui les entouraient. Nous suggérons qu’une sorte de ’taxe Tobin’ sur la speculation internationale soit créée comme source de financement pour le développement du Tiers Monde. Nous voulons aussi encourager le mouvement en faveur des investissements écologiques et éthiques.

II existe une diaspora haitienne dont les ressources humaines et les capacités d’investissement n’ont jamais été complèement mobilisées. II nous faut une politique fiscale progressive, à l’opposé de celle qui est proposée actuellement, par laquelle la base de l’imôt serait élargie par l’augmentation des taxes sur la consommation de base. II nous faut mobiliser l’épargne locale. Elle est d’environ 2 milliards en dollars US qui se trouve en comptes en dollars en Haiti actuellement. Cela revient au même que le PNB de Haiti est à peu près au niveau de l’ensemble de toute l’aide à venir dans les prochaines années des agences multilatérales, des banques privées et de l’Union Européenne. Pour nous il est clair que ce serait un désastre financier pour l’Etat de perdre les bénéfices considérables qui sont déjà créés dans certaines parties du secteur public, tels que les télécommunications et la BNC. Ces bénéfices pourraient être fortement accrue avec une ingénieuse restructuration.

Campagnes de masse pour l’unité

Nous venons de donner les grandes lignes d’un programme, ou tout au moins d’ébaucher le commencement d’un programme. Une approche participative à l’élaboration de ces plans et ce que serait notre contribution pourrait commencer avec certaines de ces idées. II est important d’essayer d’aller de l’avant et de sortir de la confusion provoquée par le fractionnement du mouvement populaire démocratique, et de la frustration, le cynisme et la déception résultant du manque réel d’acquis économiques venant de la victoire sur le coup d’Etat. Nous suggérons que le peuple haitien doit essayer d’identifier quelques travaux non-politiques de restructuration rationale avec lesquels presque tout le monde en Haiti pourrait être d’accord- une campagne d’alphabetisation, une campagne de reboisement, une campagne de masse pour la santé public-ou encore une campagne de construction et d’amélioration des systèmes d’irrigation. Tout ceci afin de remobiliser et de redynamiser le mouvement populaire démocratique et autres secteurs de la société qui pourraient se mettre ensemble de façon productive autour de ce genre de mobilisation. Nous sommes convaincus que la seule facon de nous en sortir est de mettre en oeuvre l’énorme potentiel des organisations populaires en Haiti, au lieu de les exclure ou de les forcer à prendre une position permanente d’opposition en adoptant une politique de développement qui va à l’encontre de leurs intérêts. L’effort systématique d’incorporer, de financer, de former et de profiler de la contribution des femmes, qui jouent un rôle principal à tous niveaux de la vie haitienne, doit faire partie intégrante de ces initiatives.

Nous vous invitons à joindre le peuple haitien dans sa lutte pour une alternative populaire et réelle, et pour un système économique juste. Nous voulons contrer le genre de globalisation promu par les corporations transnationales et le capital financier et présenter une approche tout à fait différente. Nous voudrions votre aide pour mettre sur place un contrat social planétaire, fondé sur la justice et l’émancipation de l’humanité.

Quelques questions

Que faites-vous pour attirer différents groupes venant de tous les coins du pays afin d’assurer que votre plan alternatif pour le développement soit issu, autant que possible, de la base ? Comment faites-vous pour assurer que les groupes participatifs de base soient inclus, aussi bien dans les régions rurales qu’urbaines ?

Jonathan Pitts : La PAPDA est mandatée de s’intéresser à un travail d’alphabétisation économique, visant en particulier les organisations de base. Nous organisons des séminaires destinés aux organisations membres de notre coalition, mais n’importe quelle organisation démocratique populaire ayant une sympathie quelconque avec nos buts et oblectifs peut y assister. Nous avons organisé une série de séminaires à Port-au-Prince et dans les provinces. Mais quand ils ont lieu à Port-au-Prince, c’est nous qui invitons et payons le transport et c’est nous aussi qui nous occupons de l’hébergement de ceux qui viennent des provinces. La centralisation à Port-au-Prince est un vrai problème en Haiti, ce qu’on appelle souvent ’la république de Port-au-Prince’. Les séminaires que nous avons organisés concernent des concepts économiques fondamentaux, I’économie mondiale, ce que signifie l’ajustement structurel, et comment se manifesterait une analyse alternative.

Quelles sont les neuf entreprises publiques ?

Jonathan Pitts : L’entreprise des télécommunications, I’entreprise d’électricité, les ports, les aéroports, Ciment d’Haiti, la BNC (Banque Nationale du Crédit), la BPH (Banque Populaire Haitienne), L’ENAOL, et la Minoterie d’Haiti. Les entreprises de la production du ciment et de la farine sont maintenant fermées. Personne ne dispute qu’il y a d’énormes problèmes de corruption et d’inefficacité, de mauvaise gestion et ainsi de suite, dans ces entreprises. De fait, les reproches les plus sévères portent sur la façon dont ces entreprises sont gérées viennent des syndicats eux-mêmes, qui ont développé d’excellentes critiques et des propositions pour remédier à la situation actuelle. Cependant, le secteur public dans son intégralité n’est pas en déficit. Un des arguments que soumettent les institutions financièes c’est qu’en privatisant, vous créez ce qu’ils appellent ’un espace fiscal’ : vous rapportez un retour rapide sur les ventes et vous réduisez le cout de subventions pour ces entreprises. Cela n’est pas le cas en Haiti : ces entreprises sont des contributeurs nets aux coffres publics, surtout l’entreprise des télécommunications, mais les ports aussi sont solvables. La BNC (Banque Nationale de Crédit), qui est la seule banque ayant une présence importante dans les provinces, a toujours rendu un bénéfice. La plupart des autres entreprises sont aussi devenues lucratives pendant les sept premiers mois de pouvoir d’Aristide. Même l’entreprise électrique était rentable, aussi récemment qu’en 1986. II existe toutes sortes de propositions pour la rendre plus productive. Le plus grand problème concernant l’entreprise électrique c’est d’engranger les paiements. Seul 50 pour cent de I’électricité produite est facturée. Le reste est volé, et pour la plupart pas par les bidonvilles et le secteur pauvre, mais dans les quartiers de classe moyenne et par les petites entreprises telles que les supermarchés et ainsi de suite. Des 50 pour cent facturés, seul 25 pour cent étaient payés quand l’IFC a publié sa critique dévastatrice de l’entreprise d’électricité. Ce chiffre s’est graduellement amélioré. II n’y a que l’Etat pour agir la-dessus parce que cela à avoir avec la justice, I’application des réglementations et des lois. II ne s’agit pas simplement d’une question d’efficacité dans le sens micro-économique du terme.

Comment allez-vous arrêter la ’fuite des capitaux’ ? Voulez-vous promouvoir des contrôles des changes ?

Camille Chalmers : II existe des exemples intéressants que nous pourrions imiter et adapter, tels que le Chili, habituellement présenté comme étant le champion de l’ultra-libéralisme. Le Chili a eu pas mal de succès dans la réduction de la fuite des capitaux. Une autre façon d’aborder ce problème est de revenir à l’élaboration d’une vraie stratégie de développement qui se concentrerait sur les secteurs industriels et qui créerait une certaine assurance parce que l’Etat ainsi que des acteurs privés soutiendraient cet effort. Ceci créerait peut-être le désir de la part des grandes accumulations de liquidité en Haiti de trouver des débouchés productifs dans l’investissement.

Le CIIR tient à remercier Christian Aid pour son aide financière à la production de ce rapport.

CIIR CHANOINO IIINDB CHANOINO LIVES

Rapports et Bulletins de CIIR

Les rapports et les bulletins du CIIR cherchent à encourager et informer un débat sur les questions socio-économiques et politiques et celles qui portent sur les droits de l’homme dans le Tiers Monde. Ils font partie du travail de l’lnstitut, qui encourage la democratic, les droits de l’homme et la justice economique en Afrique du Sud, en Amérique Latine et en Asie du Sud-Est. Les bulletins présentent les travaux de recherche du CIIR et de ses partenaires du Sud sur des thèmes comprenant, par exemple, la politique de l’Union Européenne envers les pays en voie de développement, les droits de l’homme, les corporations transnationales, les processus pour la paix, et le trafic de la drogue. Les rapports des conférences et des séminaires présentent à un public plus large le point de vue des partenaires du CIIR qui viennent des pays du Nord aussi bien que ceux du Sud.

Pour une liste complète des publications du CIIR, veuillez contacter :

CIIR, Unit 3 Canonbury Yard, 1 90a New North Rd, London N1 7BJ, Tel 0171 354 0883, Fax 01700001 359 00 1 7, Email : ciirlon@gn.ap.org

Recommandations de la PAPDA

Un modèle de développement néo-libéral ne convient pas à Haïti . La PA PDA nous propose au contraire un modèle du développement qui est inclusif et qui vise à améliorer les revenus et le niveau de vie de la majorité de la population.

Le programme de développement doit être basé sur l’agriculture. Soixante dix pour cent de la population sont de petits paysans, desquels 85 pour cent vivent dans une pauvreté absolue. Il n’y a cependant que 18 000 personnes qui travaillent dans le secteur du montage à 1’exportation. La re-dynamisation du secteur agricole devrait se baser sur la création de l’offre pour le marché intérieur et une amélioration dans la production de nourriture. Des mesures pour achever ceci comprendraient :

-  réforme agraire, micro-crédit et sécurité de bail pour les paysans, pour les encourager à investir
-  investissements dans l’irrigation et les réseaux routiers
-  l’augmentation et l’amélioration de la vulgarisation dans le secteur agricole, et des techniques et des infrastructures de la commercialisation
-  changement d’utilisation de la terre où cela est possible, et en particulier une réorientation de la production des montagnes vers les plaines, ou elle peut être dirigée vers la consommation intérieure
-  augmentation de l’exportation des produits agricoles
-  protection douanière sélective pour les produits agricoles.

Il devrait exister divers progrrammes pour l’industrie, I’artisanat, aussi bien que pour l’économie informelle dynamique d’Haïti. L’économie informelle devrait être soutenue par le micro-crédit et le développement des compétences dans le marketing et d’accès aux marchés. L’industrie lourde, le ciment en particulier, devrait être développée pour pourvoir aux besoins de l’infrastructure.

L’éducation et le développement des ressources humaines sont essentiels pour Haiti. L’aide internationale pour ces secteurs devrait être inconditionnelle.

Une gestion soigneuse de la masse monétaire est nécessaire. L’abolition du plafonnement pour des taux d’interet a été un désastre qu’il faut revoir. Le crédit devrait être offert à des taux en dessous de ceux du marché, donc il faut introduire des formes de crédit public, une fiscalité progressive, et abandonner la politique actuelle sur la gestion de la liquidité.

La dette d’Haïti, bien que peu grande comparée à la moyenne internationale, représente une partie plus importante du budget annuel que l’education et la santé mises ensemble. La PAPDA propose l’annullement de la dette de Haïti. L’aide internationale est nécessaire, mais sans les conditions actuelles qu’imposent les institutions multilatérales. Ils nous faut chercher des solutions nouvelles au problème de développement aussi bien au niveau national qu’international .

Avec son histoire de polarisation et de conflit, Haïti doit construire un processus démocratique partant de la base. La PAPDA propose l’élaboration de plans de développement qui encourageront une démocratie participative - par exemple, la mobilisation du peuple autour de tâches non controversées.

Les rapports entre l’Etat et la société civile doivent être transformés afin de réaliser un niveau plus élevé d’interaction et de dialogue, avec un gouvernement plus sensible et une plus grande participation dans la prise des décisions.

L’intégration au niveau régional devrait être encouragée, non pas comme première étape vers une integration globale, mais comme une alternative au processus de globalisation.

Londres, le 18 mars 1997

Un séminaire du CIIR avec Camille Chalmers et Jonathan Pitts



 

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