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HOPE n’apporte pas d’espoir pour Haïti

Posté le 23 décembre 2009 par Ceco

Depuis des années la PAPDA fait un important plaidoyer pour la relance agricole qui est une des plus grandes opportunités de création d’emploi en Haïti et qui constitue une importante réponse au problème d’insécurité alimentaire qui tourmente près d’un tiers de la population. Les dirigeants haïtiens préfèrent curieusement les strategies économiques étrangères : création de zones franches, sous-traitance, produire pour l’étranger à main d’oeuvre bon marche. C’est comme la classe politique haïtienne se contente avec des plans tout faits qu’elle puisse copier-coller sans fournir trop d’effort dans son propre agenda pour contenter les bailleurs.

Personne ne niera que pour améliorer la situation socio-économique de la population des emplois doivent être crées. Mais quels emplois et à quels conditions ? Haïti à certains avantages au niveau des droits d’importation aux États-Unis comme c’est prévu dans la loi HOPE II. Mais cette loi ne porte pas que des avantages. Des conditions s’appliquent qui sont certes plus avantageux pour le grand frère du Nord que pour Haïti. De plus on constate que les conditions de travail dans et autour des zones franches où sont installés ces entreprises de sous-traitance restent préoccupant et parmi les pires du pays. Avec les options économiques quasiment monopolisé par la sous-traitance les perspectives d’amélioration de la situation socio-économique de la population restent très limité.

Dans ce cadre un seminaire d’information sur la loi HOPE II était organisé à Ouanaminthe le dernier weekend de novembre grâce à l’aide du partenaire Canadien CISO (Centre Internationale de Solidarité Ouvrière). Les organisateurs - Batay Ouvriye, Antèn Ouvriye et la PAPDA - avaient prévus 80 à 100 personnes mais étaient confrontés à près de 200 intéressés. Pendant les deux jours les participants étaient informés sur le contexte et les conditions de la Loi HOPE II et les perspectives qu’elle offre à Haïti ainsi que sur les conditions de travail qui s’appliquent dans les entreprises de sous-traitance. Après les conférenciers et les débats, plusieures personnes ont donné des temoignages de leurs expériences dans la CODEVI, la zone franche de Ouanaminthe.

Les options économiques sont étrangères.

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Ouvriers qui entrent par le marché

Dans son rapport pour Ban Ki-Moon, Sécretaire Général des Nations-Unies, le professeur Anglais Paul Collier décrit la main d’oeuvre bon marché en Haïti comme une grande opportunité d’emploi grâce à la loi HOPEII. Celle-ci permet l’importation sans taxes de certains produits aux États-Unis. Dans son rapport il estime que la création des zones franches près des frontières avec la République Dominicaine est la meilleure perspective économique pour améliorer la situation socio-économique de la population. De tel manière l’achat de l’éléctricité - que Collier juge infiable en Haïti - et le transport de marchandises - trop inefficace et coûteux en Haïti, toujours selon Collier - peuvent se réaliser par la République Dominicaine. La CODEVI, zone franche à Ouanaminthe, est dans ce sens exemplaire pour Collier.

Bill Clinton, envoyé spécial de Ban Ki-Moon en Haïti, semble bien vouloir suivre le « plan Collier ». Récemment il a organisé une visite de 200 potentiels investisseurs dans le pays. Le président haïtien René Préval a également favorisé le plan en donnant un important avantage aux investisseurs étrangers avec l’exclusion du secteur de la sous-traitance dans une récente augmentation du salaire minimum à 200 Gourdes (+/- 5USD). Le secteur ne doit appliquer que 125 Gourdes (+/- 3USD). Au niveau du parlement une proposition de loi concernant le travail de nuit exempte une autre fois les entreprises de sous-traitance de l’obligation de payer un supplément et de donner certains avantages pour le travail de nuit. En bref, pour la sous-traitance, d’autres lois l’appliquent.

HOPE II : il n’y a pas que des avantages...

Bien que le rapport de Paul Collier met l’accent sur les avantages de la loi HOPE II et que les dirigeants haïtiens suivent comme bon élève les propositions de la dite « communauté internationale » il faut savoir que des conditions sont liés à la loi HOPE II. C’est le même genre de conditions de libéralisation et de privatisation qui ont été imposé au pays depuis des décennies et qui ont décimé l’économie nationale et avec elle les conditions socio-économiques de la population.

Comme si les importations n’ont pas encore assez écrasé les secteurs productifs du pays, les conditions pour pouvoir « profiter » de la loi HOPE II exigent que Haïti doit éliminer les barrières de commerce et d’investissements États-Unisien. C’est un match de box économique où un poids léger est confronté à un géant. Un match inéquitable où les États-Unis n’ont pas seulement l’avantage d’avoir une économie puissante, mais ou certains de ces secteurs (l’agriculture nottament) profitent de subventions que Haïti n’as pas le droit de donner. En effet on lit dans les conditions : « Haïti doit établir ou faire du progrès continue pour établir une economie basée sur le marché qui protège les droits de proprieté privé, incorpore un systeme de commerce basé sur des règles ouvertes et minimise l’interference du gouvernement dans l’economie à travers des mesures tels que le contrôle des prix, subventions et le proprieté gouvernementale des elements economiques. » En autre mots : les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour les deux partis, ils favorisent l’économie du géant et limitent l’intervention de l’État Haïtien avec des subventions des secteurs productifs Haïtiens.

On doit noter également que d’importants changements ont été faites dans le texte de la loi HOPE I de 2006 qui a évolué vers la loi HOPE II de 2008. On note ainsi que les ports d’exportation des marchandises peuvent être desormais situé également dans la République Dominicaine et ne doivent plus se trouver uniquement sur le sol Haïtien, comme c’était le cas dans la premiere version de la loi HOPE. Ceci est regrettable puisque une grande opportunite de création d’emploi dans les ports, d’amélioration de la gestion et des infrastructures des ports et des infrastructures routières qui mènent vers les ports haïtiens est ratée.

Rien que ces quelques exemples montrent que les avantages que le pays pourrait tirer de la loi HOPE II, notamment les investissements étrangères qui peuvent créer des emplois à des salaires de misère, ne compensent nullement la perte que les conditions impliquent. Les programmes d’ajustement structurels (PAS) que le pays a signé dans les années ’80 étaient du même genre : privatisation et libéralisation qui mènent à un État minimal qui n’as pas le droit de se défendre contre les pratiques de dumping des pays riche, un État qui n’as plus les moyens pour financer l’éducation ou la santé publique. Dans ce sens la loi HOPE II fait preuve d’une ironie écrasante quand elle impose à Haïti des politiques qui réduisent la pauvreté et améliorent l’accessibilité aux soins de santé et à l’éducation.

Expériences CODEVI : une exemplarité redoutable

La CODEVI, pour le professeur Paul Collier l’exemple par excellence des zones franches en Haïti, est situé dans une plaine fertile dans la zone frontalière avec la République Dominicaine. Une visite aux alentours de la zone ne donne pas beaucoup de liberté à l’imagination. Un petit pont est l’unique entrée pour les ouvriers haïtiens. Il est évident que le pont est construit uniquement pour la main d’oeuvre et n’est pas utilisable pour les gros camions de marchandises qui entrent et sortent du côté Dominicain et se dirigent vers les ports Dominicains. Aux alentours de l’entrée des ouvriers se trouve un marché improvisé qui s’est installé au bord de la route en terre qui donne accès au petit pont. Cette route se transforme en route de boue pendant la saison pluvieuse et pendant les crus de la rivière Massacre.

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Marchande à l’entrée du pont qui mène à la CODEVI

Les conditions de travail et la conjuncture politique fesaient l’objet de plusieures interventions de participants au seminaire. Pour l’un d’entre eux, les dirigeants haïtiens ne règlent que leurs affaires personnelles depuis 1804. « Nos dirigeants nous vendent aux patrons. Les patrons achètent quelques individus dans le syndicat, leur payent le billet d’avion, l’hôtel et le restaurant pour aller à Port-au-Prince et aller proclamer devant les caméras que 125 gourdes (+/- 3 USD) suffit pour nous, ouvriers de la zone franche. Nous n’étaient même pas au courant de ce voyage des soi-disant ’syndicalistes’. » L’intervenant ajoutait que les droits syndicales ont été baffoué à plusieures reprises. « Au moins 23 opérateurs qui ont participé aux mobilisations du 7 juin et du 18 mai dernier ont été revoqué. ».

La question du salaire est extrêmement préoccupant pour les ouviers. « Es-ce que les 125 gourdes par jour peuvent répondre à nos besoins ? Avec cet argent on ne peux même pas acheter à manger pour les enfants. Certains ouvriers n’osent pas sortir de la zone avant que les marchandes sont allées afin d’éviter de payer leurs arrières. Les 588 gourdes par semaine nous emmenent nulle part ! Même si on entre dans la zone avec une image propre, on est obligé de la jetter à terre. Pour avoir une petite augmentation de salaire certaines dames couchent avec un superviseur. Je peux temoigner également de 3 dames qui ont couché avec le gérant de l’usine, un dominicain, afin de pouvoir travailler dans ’utility’ où on gagne un peu plus. Moi j’ai vécu ce genre de chantage aussi. J’ai du quitter mon poste parce que j’étais malade pendant deux ans. Je reviens et on me dis : ’enlève ta robe et tu peux aller coudre des pantalons.’ Je me suis plaint chez l’administateur et j’ai finalement récupérée un poste à un salaire qui était inférieur à celui d’avant. Il y a beaucoup de messieurs qui perdent leur femme ou leur copine lors qu’elle travaille dans la CODEVI. Parce qu’elles sont obligé de vendre leur chaire pour pouvoir manger.  »

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L’Association des Marchandes qui annoce la fin du crédit à partir de janvier 2010

Des humiliations subis par les ouvriers et ouvrières sont nombreux. « Un jour, une dame enceinte se fait tirer une chaise par son superviseur, elle tombe et elle saigne. Elle va voir aux ressources humaines et chez l’administrateur et on lui dit qu’on va la faire consulter. Elle obtient les garanties que si elle accouche normalement, tant mieux, autrement ils prendront leurs responsabilités. Ils n’ont jamais rien fait, ni payé pour la consultation. Elle a accouché normalement mais n’est plus jamais revenue à son poste. »

Même une chose simple comme répondre aux besoins primaires dans les usines de Ouanaminthe n’est pas donné. « Des fois quand on va aux toilettes, un superviseur vient avec nous. Il regarde sur sa montre et si on dépasse les deux minutes il te fait sortir des toilettes.  » La disponibilité d’eau potable est un autre point de discussion. Il y a deux qualités d’eau. Une est acheté dans le commerce et sert pour les superviseurs, une autre est pompé de la rivière Massacre puis filtrée. Cette dernière est pour les ouvriers. Un d’entre eux temoigne : « J’étais dans la cuisine et je demandais de l’eau. On me demande qui je suis. Je réponds que je suis un opérateur. ’Il n’y a pas d’eau pour les opérateurs ici’.  »

Une politique anti-paysanne qui pérennise l’assistanat

Le seminaire qui avait un grand succès inattendu au niveau du nombre de participants et des interventions de ces derniers, a incité les ouvriers à s’organiser pour faire face à l’exploitation et les agressions verbales, physiques et sexuelles et pour exiger des meilleures conditions de travail. Cette zone frânche situé à Ouanaminthe qui est un exemple pour le professeur Paul Collier n’est certes pas une zone exemplaire pour les ouvriers. Pourtant les options politiques des dirigeants du pays semblent clair : faciliter les investissements étrangères, création d’autres zones franches et établir des conditions favorables pour les entrepreneurs au niveau des salaires des ouvriers. Les dirigeants haïtiens semblent préferer les plans étrangers pour le développement du pays qu’ils puissent copier-coller dans l’agenda politique du pays.

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Ouvriers sur le petit pont

Mais quel développpement ? Les conditions de la loi HOPE II sont tels qu’elles favorisent les investissement dans les secteurs d’exportation et mettent des obstacles sur la route du développement d’une production pour le marché local. Avec les conditions actuels il est clair que le pays ouvre encore d’avantage ses portes pour des produits étrangers subventionnés bien que Haïti n’as plus le droit de subventionner ses secteurs productifs. Pour la PAPDA la monopolisation du discours sur développement économique du pays par ce genre d’investissements est un refus manifeste des dirigeants haïtiens de reconnaître les perspectives de production nationale dans l’agriculture. Pire : ils acceptent des conditions qui écraseront davantage les quelques perspectives étroites qui restent pour les agriculteurs haïtiens.

On constate que l’opportunité que l’agriculture constitue pour le développement du pays est négligé par les dirigeants. Le pays était quasi autosuffisant au niveau alimentaire dans les années ’70. L’ouverture du marché à partir des années 80 jusqu’à ces jours font enter des produits étrangers qui rentrent en concurrence direct avec les produits locaux. L’absence de subventions et avantages fiscales pour la classe paysanne continuent à faire baisser la production agricole et brisent les perspectives des paysans. Et quel est la réponse des dirigeants ? Ouvrir davantage le marché, ainsi pérennisant l’assistanat.



 

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