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« Ceci n’est pas le racisme »

Quand les droits humains deviennent l’instrument d’une rhétorique démagogique.

Posté le 28 avril 2009 par PAPDA

Quand le Président Iranien Ahmadinejan s’est prononcé sur le caractère xénophobe et raciste de l’État Hébreux lors de la rencontre sur le racisme à Genève, il a récolté une vague de critiques des médias et des dirigeants présents au Sommet. Pourtant, il ne faisait qu’adresser des propos critiques à l’endroit d’Israël pour son comportement discriminatoire envers le Peuple Palestinien : aucun propos négationniste, ni des menaces contre l’État Hébreux ou son peuple. Mais critiquer Israël pour discrimination, cela ne se fait pas, surtout pas à une conférence sur le racisme...

Curieux que peu de questions n’aient été posées sur les deux poids et deux mesures : ceci n’est pas le racisme, cela l’est. Cette supercherie est trop grossière pour être acceptée : c’est pour nous faire avaler plus facilement que les ONGs n’ont pas pu présenter la déclaration finale de leur rencontre. Cette inquiétante instrumentalisation des principes de Droits Humains ne semble pas préoccuper beaucoup de monde. Pourtant cette instrumentalisation remet en question les concepts du racisme, de la discrimination et de la xénophobie. Qu’ils s’appliquent pour certains, pendant certaines périodes, suivant les lignes des alliances : « l’axe du bien ».

Ces concepts deviennent des outils dans la création d’une nouvelle rhétorique qui divise - une fois de plus - le monde en deux. Le bien contre le mal. Ce jeu démagogique qui a eu lieu sur le sommet à Genève n’est pas un événement isolé. Il s’ajoute à la dangereuse logique belligérante qui veut créer un monde binaire où les décisions sont prises et où les concepts sont définis par l’occident : « either you are with us, or you are with the terrorists. »

La PAPDA vous invite à lire le texte de Mireille Fanon-Mendès France de la Fondation Frantz Fanon.


La conférence du suivi de Durban - Genève 20 au 24 avril 09

La lutte contre le racisme, nouveau moyen de diviser le monde

Par Mireille Fanon-Mendès France - Fondation Frantz Fanon

5 jours d’une conférence, très formelle sans aucune remise en cause de la façon dont certains pays l’ont boycottée ou ont tenté de le faire.

5 jours qui ont été l’occasion pour la plupart des Etats présents de focaliser, avec l’aide des media, l’attention du monde sur les propos du Président de l’Iran et qui ont permis aux pays européens, la France en tête, de quitter la salle des Assemblées, sous le regard ahuri des ONGs présentes. Rien, en effet, dans les propos du Président ne concernait la remise en cause de l’extermination juive.

Rien, sauf qu’ont été dénoncés le racisme et la xénophobie légalisés de l’Etat d’Israël à l’égard du peuple palestinien. Rien que de très exact. Curieusement, une demi heure après l’intervention d’Ahmadinejad, le texte transmis par le secrétariat de la conférence contenait certaines phrases qui n’avaient été ni entendues ni traduites...

De là à penser que tout était prévu d’avance il n’y a qu’un pas. En effet, Ahmadinejad avait rencontré juste avant de prendre la parole, la Haut commissaire aux droits de l’Homme, Madame Navi Pillay. Renseignement pris, il avait été convenu qu’il ne tiendrait aucun propos négationiste. Il a tenu, le temps de sa déclaration, ses engagements.

Dès lors, comment le secrétariat a t il pu distribuer un texte en parti non prononcé ? Quel jeu, dans cette partition, a joué la conférence et plus largement le Haut commissariat des droits de l’homme, organe subsidiaire de l’Assemblée générale des Nations unies ?

Il suffit de signaler aussi que contrairement à Durban en 2001, où les Etats avaient accepté qu’il y ait un forum des ONGs, lors de la conférence de suivi, à Genève, aucun forum n’a pu être organisé. Il a fallu la volonté de quelques ONGs pour imposer un forum de la société civile qui n’a existé qu’en amont de la conférence, sur une durée de 3 jours. Ce forum a émis une déclaration finale qui n’a pu être transmise aux Etats. Ces derniers avaient refusé, avec la dernière énérgie, l’existence d’un forum des ONGs au prétexte que c’étaient elles qui avaient fait échoué le processus de Durban.

Or, ce qui s’est joué à Durban n’était ni plus ni moins que l’instrumentalisation du racisme à des fins de division du monde. D’un côté les soutiens de l’Etat d’Israël, dont de nombreux pays occidentaux mais aussi arabes et africains, et de l’autre ceux qui affirment que le racisme et la discrimination sous toutes leurs formes, la xénophobie et l’intolérance associée doivent être combattus partout dans le monde afin de gagner l’universalité des droits humains pour toutes et tous.

C’est sur cette rupture que les Etats occidentaux et leurs alliés voulaient renforcer la division du monde. C’était compter sans la volonté des ONGs, de certains Etats et celle de Mary Robinson, grâce à qui, malgré la violence des Etats, il a été possible d’obtenir la Déclaration et le Programme d’action de Durban.

Durant tout le processus de préparation de cette conférence de suivi, les Etats occidentaux n’ont eu de cesse de le faire échouer. L’antisémitisme a été porté sur le devant de la scène de façon à paralyser tous les Etats qui auraient quelque vélléité de critiquer la politique raciste, discriminatoire et xénophobe de l’Etat d’Israël à l’égard aussi bien des citoyens palestiniens de 1948 que des Palestiniens des territoires illégalement occupés.

Ainsi, si cette volonté se manifestait alors il était facile à ces Etats de demander l’annulation, pure et simple, du processus de suivi du dit Durban.

Il faut d’ailleurs signaler que l’utilisation de la référence à Durban n’est pas innocente et participe de la volonté de montrer que c’est à partir de ce lieu, quelques jours avant le 11 septembre, que s’est jouée la division du monde, avec d’un côté ceux qui soit-disant combattent le terrorisme et de l’autre, ceux qui sont prétendus le nourrir.

Il est curieux que les Etats puissants utilisent le Conseil des droits de l’Homme, donc ce qui vise à l’universalité des droits humains, pour toutes et tous, partout dans le monde, quelque soit le régime politique et la religion, pour renforcer leur position de dominants et exclure tous les Etats qui ne répondent pas à leurs exigences ou qui veulent que toutes les voix des victimes, y compris celle du peuple palestinien, soient entendues, sans oublier celles dont on ne parle plus comme la voix du peuple tchétchène ou celles que l’on refuse d’écouter, ainsi des peuples autochtones et des Dalits.

Avec cette conférence de suivi se confirme le fait que les Etats puissants ont imposé, à l’ensemble du monde, leurs conceptions de la lutte contre le racisme, les discriminations et la xénophobie avec un terrain dont les limites ne comprennent aucune critique à l’égard d’Israël et d’où la question de la diffamation religieuse a été écartée.

Dès lors, nous sommes bien loin de l’universalité des droits -pour laquelle une grande partie de la société civile se mobilise et que la plupart des Etats prétendent revendiquer pour leur peuple- d’autant que les Etats s’inscrivant contre cette organisation du monde peinent à faire entendre leur voix, par manque de volonté politique ou par peur de représailles.

Force est de constater que se sont, en fait, les droits humains qui sont fortement questionnés et plus généralement les organes onusiens créés par les Nations unies pour obtenir leur respect et leur effectivité qui sont remis en cause et après de telles conférences, même si la Déclaration finale est à peu près correcte et a au moins le mérite d’affirmer le bien fondé de la déclaration et du plan d’action de Durban 2001, nous sommes en droit de nous interroger sur la pérénité de ces organes et sur le rôle que leur fait jouer une grande partie de la communauté internationale.

Forum formel, communauté internationale en désaccord sur la nature du racisme, de la discrimination et de la xénophobie à dénoncer, société civile exclue et dont la participation s’est limitée à assister au défilé des déclarations de certains Etats. Seules cent vingt ONGs ont pu s’adresser aux Etats, dans une salle relativement vide.

Ce forum montre que la division du monde se construit sur la base de principes concernant le racisme très différents d’État à État mais aussi de l’instrumentalisation qui en est faite au détriment des peuples.

Cette division du monde, organisée à partir de la lutte contre le racisme, la discrimination, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, vient renforcer le discours élaboré à partir de septembre 2001 pour lutter contre le terrorisme, avec la mise en place d’un discours sur les « bonnes valeurs » et les dites bonnes pratiques de la démocratie prise en otage par les États dominants.

Ce nouvel ordre du monde vient de conforter son équilibre en s’adjoignant, en ce temps de crise économique mondiale, un nouveau pillier, celui qui clame, haut et fort, que la seule issue possible à cette crise, repose sur la restauration du système tel qu’il était juste avant la crise.

Tout cela est évidemment à mettre en relation avec le re-légitimation de l’OTAN, par le retour de la France en son sein par exemple, mais surtout de son élargissement à l’Europe centrale et orientale, dans le but de définir un « nouveau concept stratégique » pour l’OTAN. Ce concept, adopté en 1999 lors du Sommet du cinquantenaire précise, -§ 56- sa nature et son objectif : « la sécurité de l’Alliance doit s’envisager dans un contexte global... les forces de l’Alliance peuvent être appelées à opérer au-delà des frontières de la zone de l’OTAN. » Ainsi s’opère un changement de cadre, la mission de l‘OTAN, jusqu’ici organisme de défense régional, devient le bras armé de la mondialisation.

Tout est dit, l’OTAN est en passe de devenir et ce contre l’Organisation des Nations unies un élément essentiel du réseau d’organisations mis en place par les grandes puissances qui décident de la guerre et de la paix, des choix politiques et économiques, des respects ou non des droits humains ou syndicaux, de la survie de la planète.

L’Alliance atlantique qualifiée de « symbole d’une identité occidentale », constitue dans le domaine politico militaire, comme le sont le Conseil de sécurité, le G8 et maintenant le G20 ou le Groupe de la Banque mondiale, dans les domaines politiques, économiques et financiers, un directoire où les Puissances imposent leurs visées hégémoniques et le maintien du nouvel ordre social mondial.

Dès lors, cette conférence de suivi de Durban et la façon dont elle s’est déroulée, avec la mise au ban de la société civile, porte en elle tous les dangers pour les Peuples des Nations unies qui vont avoir de plus en plus de mal à faire valoir ce qu’ils affirment dans le Préambule de la Charte des Nations unies.

L’axe du bien veut bien pratiquer la tolérance mais à partir de sa propre conception ethno-centrée. Il veut bien vivre en paix avec l’autre dans un esprit de bon voisinage mais à condition qu’il puisse piller, utiliser les ressources naturelles de l’autre sans que celui-ci y trouve à redire.

Avec cette conférence de suivi, l’ensemble du monde a perdu bien plus qu’il ne croit. Nous sommes face au danger. Une façon d’y échapper serait de revenir aux principes contenus dans la Charte des Nations unies pour la préservation de la paix et de la sécurité internationales.

L’applicabilité et l’effectivité des normes impératives partout et par tous permettrait d’allier, de rallier et de relier tout ce qui se trouve, de par la volonté des puissants, désolidarisé. C’est à partir d’un vrai désir de justice de paix et de sécurité internationale qu’il nous sera donné de faire peuple et nation, d’entrer en dignité face au monde, car nous serons autant de femmes et d’hommes debout.

26 avril 09



 

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