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Lettre aux Présidents de quelques pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe

Propositions des Mouvements sociaux face à la crise

Les mouvements sociaux exigent des mesures concrètes

Posté le 20 octobre 2008 par Ricot Jean Pierre

Les organisations et mouvements sociaux de l’Amérique Latine et les Caraïbes envoient aujourd’hui (17 Octobre) une lettre ouverte aux Chefs d’État de la région, exigeant des actions urgentes face à la crise financière actuelle qui affecte les économies du Nord. Cette initiative rentre dans le cadre de la Semaine d’Actions contre la Dette Externe et les Institutions Financières Internationales, particulièrement pour marquer la date du 17 Octobre : Journée Mondiale de Lutte contre la Pauvreté.

Plus de 70 réseaux, organisations et mouvements régionaux et nationaux ont signé la lettre et demandent la réalisation d’Audits généraux et participatifs du crédit public dans le but d’arrêter le paiement des dettes illégitimes et mettre fin à l’impunité des acteurs du système financier international. En outre, ils requièrent des Chefs d’État de la région la mise en marche de la Banque du Sud en tant qu’instrument souverain pour le financement d’un modèle de développement basé sur la justice économique, sociale, écologique, en fonction d’une politique d’âge et de la problématique de genre. Ils demandent aussi le début d’un processus de discussion autour des instruments financiers déjà proposés et/ou étudiés tels que le Fonds de Stabilisation et l’Unité Monétaire Sud-américaine.

Dans la lettre, les réseaux et mouvements réclament aussi des gouvernements la cessation de toutes les négociations d’accords de libre-échange en cours, le retrait du Centre International de Gestion des Différences relatives aux Investissements (CIADI), de réviser les accords de protection des investissements et autres changements imposés pour libéraliser les systèmes de régulation du mouvement des capitaux. Les organisations terminent la lettre en soulignant la nécessité, surtout en ces temps de crise, pour les gouvernements de convoquer les mouvements sociaux pour débattre ensemble et s’accorder sur les éléments de sortie de crise.


LES ORGANISATIONS ET MOUVEMENTS SOCIAUX EXIGENT DES ACTIONS

Amérique du Sud, 17 octobre 2008

Messieurs les Présidents des Républiques d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, de Colombie, du Chili, d’Équateur, de Guyana, du Paraguay, du Pérou, du Surinam, d’Uruguay et du Venezuela

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Recevez les salutations de mouvements et organisations sociales, corporations, églises et organisations non gouvernementales réunies en réseaux, et organisations qui composent le Mouvement Social de la Dette en Amérique du Sud, et qui souscrivent à cette lettre.

En pleine Semaine d’Action contre la Dette et les Institutions Financières Internationales, cette lettre a comme mission de solliciter à vos gouvernements - face à la crise financière et idéologique des économies du Nord mondial - que vous preniez des mesures urgentes afin de : a) respecter l’engagement pris de construire un ordre financier autonome et souverain en Amérique du Sud, en accord avec ce qui a été proposé dans la Déclaration de Quito du 3 mai 2007, souscrite par les ministres d’économie et des finances d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, d’Équateur, du Paraguay et du Venezuela, lorsqu’a commencé le processus de fondation de la Banque du Sud ; et b) avancer dans la transformation de la politique économique fondée sur la libéralisation financière et commerciale et sur la croissance illimitée, en une politique centrée sur l’intégration entre les peuples de la région, dans un cadre de souveraineté et de respect pour les droits de l’homme, collectifs et environnementaux.

En ce sens, nous demandons concrètement que : Vous assuriez la réalisation d’audits intégraux et participatifs du crédit public, dams le but de cesser les remboursements de dettes illégitimes et de mettre fin à l’impunité avec laquelle n’a cessé de fonctionner le système financier international dans nos pays. Vous mettiez en marche la Banque du Sud, comme un instrument souverain pour le financement d’un développement fondé sur la justice économique, sociale et écologique, pour les peuples de la région. En incluant, à toutes les instances, des mécanismes de prise de décisions égalitaires (un pays, un vote), avec la participation des mouvements sociaux, et des instruments efficaces de transparence.

Vous initiez le processus de discussion sur les autres instruments financiers proposés dans la Déclaration de Quito (Fond de Stabilisation et Unité Monétaire Sud-américaine), afin d’évaluer s’ils peuvent servir à ce que les réserves de nos pays restent dans la région, et à promouvoir un commerce fondé sur la justice entre et pour les peuples.

Vous paralysiez et annuliez les négociations en cours de traités de libre échange avec l’Union Européenne, les Etats-Unis d’Amérique du Nord, la Chine, l’Inde, et tous ceux maintenus dans les termes de Singapour.

Que vous révisiez et renversiez les traités de protection des investissements, y compris le renoncement au Centre International de Règlement des Différends Relatifs aux Investissements (CIRDI), ainsi que les autres changements imposés dans les cadres de régulation des mouvements de capitaux, conformément au modèle néolibéral qui dévoile aujourd’hui son échéance de la manière la plus dure.

Ces demandes sont réalisées sur la base de divers constats et réflexions au sujet de la grave situation en herbe, parmi lesquels nous signalons les suivants :

L’actuelle crise financière, par laquelle passent les économies du Nord mondial, remet en question la propre idéologie néolibérale et met à bas le dogme selon lequel « le marché se régule tout seul », « l’État n’est pas la solution, mais le problème », « le profit mobilise la croissance », « les profits excessifs se fondent sur le risque », « le transfert des fonctions de l’État aux entités privées est plus efficient », « la croissance économique est l’unique sortie de la pauvreté », etc. Cette crise financière déclenchée aux Etats-Unis d’Amérique du Nord - qui étaient supposés être le moteur de l’économie mondiale - a laissé voir clairement le risque de maintenir les marchés de nos pays ouverts et dépendants de la demande externe. Le paradigme qui considère que, plus nos économies sont ouvertes, plus nous aurons des prix stables et de la croissance accompagnée de bien-être social, montre aussi clairement sa supercherie. Les principales critiques se réfèrent à la nécessité de davantage de régulation, de contrôle et d’intervention étatique, et au rejet de la cupidité comme principe d’entreprise. Ce qui configure un effondrement idéologique du néolibéralisme.

Est aussi mis en évidence le (dés)ordre financier mondial appuyé sur le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, et d’autres institutions. Celui-ci ne sert à rien d’autre qu’à l’imposition - au travers de conditionnalités - des politiques aujourd’hui mises en question dans le monde entier, Les pays considérés par ces institutions comme un exemple à suivre, sont les mêmes que ceux qui sont confrontés aujourd’hui à de sérieux problèmes de fragilité financière.

La relation existante entre cette crise et le système d’endettement, imposé dans d’autres conjonctures à nos pays, ne peut échapper à notre analyse. Ce système a servi à soustraire de nos pays des capitaux et des ressources qui ont nourri la croissance perverse de l’économie-casino, dont l’implosion aujourd’hui, tout comme l’explosion de la crise de la dette en 1982, menace d’écraser des peuples entiers. Sur la base de l’impunité de ce système et du service continu des réclamations de dette ainsi accumulées, il sera impossible de rompre avec cette logique et de construire un nouvel ordre financier régional et mondial.

La réalité de l’insolvabilité et des sauvetages multimillionnaires aux dépens de la vie et des impôts des gens, non seulement révèle les faiblesses du système, mais aussi exige une réponse ferme des gouvernements du Sud, afin de réduire les effets de cette crise, garantissant la mise en œuvre d’un nouvel ordre qui réponde aux droits et aux besoins des peuples. Ceci est d’autant plus urgent que d’autres crises qui y sont liées, comme les crises alimentaire, climatique, et énergétique, expriment aussi l’échec de ce modèle, et, en même temps, mettent en danger de mort des millions de personnes dans le monde. Un des aspects les plus inquiétants de cette crise est que, de même que les crises antérieures - en particulier la crise de la dette déclenchée en 1982-, on cherche à faire reposer le poids de sa résolution sur les peuples. Ainsi, les mesures de sauvetage annoncées jusqu’à maintenant par le gouvernement des Etats-Unis, ainsi que par ses pairs européens, font payer en premier lieu aux propres travailleurs et travailleuses du Nord le coût de la cupidité du système financier.

Cette même cupidité, de laquelle s’alimente le système capitaliste, qui donne la priorité à l’accumulation individuelle aux dépens du bien-être collectif, s’exprime aujourd’hui clairement dans la socialisation des pertes, malgré le fait que les bénéfices ont toujours été privatisés.

Sans aucun doute, les économies de nos peuples et pays - à une plus grande ou une moindre échelle - seront affectées par l’irresponsable gestion financière et politique des gouvernements et intérêts hégémoniques du Nord, en commençant par la possible perte de postes de travail comme conséquence de la chute de la demande externe. La contradiction est d’autant plus forte que malgré le fait que nos pays affichent de hauts niveaux de réserves internationales, les gouvernements n’arrivent pas à investir les ressources nécessaires à la garantie des droits des personnes, et à la promotion, la préservation et la protection de l’environnement. Dans ce modèle, apparaît toujours une justification qui empêche de redistribuer équitablement les richesses créées. Si ce n’est pas à cause de l’inflation importée, c’est à cause de la crise financière, mais il faut toujours qu’il y ait un ajustement de l’investissement et des dépenses publiques destinées aux peuples.

L’inquiétude sur la quantité des réserves internationales, que possèdent nos pays en papiers du trésor nord-américain, est d’autant plus grave que l’on constate que c’est de loin l’économie la plus endettée du monde. À cela s’ajoute le fait que, pour maintenir les réserves à ces niveaux, les gouvernements ont eu recours à l’augmentation inquiétante des dettes internes.

La gestion peu transparente de la crise financière, exprimée dans le sauvetage financier, rend d’autant plus important le besoin d’établir des mécanismes permanents de transparence, comme l’audit de l’endettement public, dans le processus de construction et fonctionnement d’un nouvel ordre financier en Amérique du Sud. Soutenir et multiplier dans la région, de façon articulée, l’initiative du gouvernement d’Équateur en ce sens, s’impose aujourd’hui en vue, non seulement de résoudre les réclamations de dette encore en suspens, mais aussi de disposer d’éléments indispensables pour réussir le Nunca Más (Plus Jamais) du terrorisme de marché.

Nous somme convaincus que la crise financière, qui a surgi au sein même de la plus importante économie néolibérale, non seulement requiert des réponses fermes et concertées entre les gouvernements que vous présidez, mais aussi peut se transformer en un cadre propice pour orienter la production nationale vers le marché interne, et avancer dans la promotion d’une intégration sud-américaine solidaire, juste et durable.

Récupérer notre souveraineté et construire l’autonomie financière en Amérique du Sud est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Et tout comme nous l’avons exposé lors du Sommet Social des Peuples à Cochabamba, en Bolivie, en décembre 2006, c’est une étape obligatoire pour réussir les transformations nécessaires afin d’atteindre un réel bien-être social, économique et environnemental pour tous les peuples de la région.

Reconnaissant que les sources authentiques de financement viennent des peuples, les nouveaux instruments financiers régionaux, comme la Banque du Sud, doivent maintenir un esprit contre-hégémonique, et doivent donc se financer avec les propres ressources de la région, afin de ne pas avoir de pressions ni de conditionnalités d’aucun genre. Il faut aussi concevoir des processus de délibération et mise en œuvre transparents et participatifs, afin d’atteindre les objectifs fixés dans son Acte de Fondation, et éviter les problèmes dont souffrent aujourd’hui tant d’institutions financières.

Dans cet esprit, nous profitons de cette occasion pour souligner l’importance, en moment de crise, de convoquer les mouvements sociaux et organisations sociales, pour pouvoir débattre et construire ensemble des accords autour des options de sortie de crise. En d’autres occasions, nous avons manifesté notre intérêt à participer activement dans la création de la Banque du Sud, une initiative dont la mise en marche a déjà été largement repoussée. Aujourd’hui nous réitérons cette disposition, sollicitant concrètement une réunion avec la commission ministérielle de la Banque du Sud, à un moment ou un autre de l’agenda de sa prochaine réunion. Nous demandons aussi l’habilitation d’un espace de dialogue en rapport avec la série d’inquiétudes et propositions ici signalées, pendant les prochaines réunions de l’UNASUD (Union des Nations Sud-américaines) et d’autres instances d’intégration de la région.

En insistant de nouveau sur le fait que le moment est venu de reprendre le contrôle de nos ressources financières, tributaires et naturelles pour soutenir le bien-être social et environnemental, nous prenons congé.

Veuillez agréer nos salutations distinguées,

Jubilé Sud/Amériques, Réseau Latino-américain sur la Dette, le Développement et les Droits - Latindadd - Réseau Brésil sur les Institutions Financières Multilatérales - Politiques Alternatives pour le Cône Sud (PACS-Brésil) - Réseau Jubilé Pérou, Réseau International CADTM - Réseau Vénézuélien contre la dette / CADTM - Campagne Colombienne « En Dette avec les Droits » - Fondation SES - ...etc.



 

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