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La ANDAH appuie les étudiants de la Faculté d’Agronomie

La ANDAH fait des recommandations pour une autre politique agraire

Posté le 25 janvier 2008 par PAPDA

L’Association Nationale des Agro-professionnels haïtiens (ANDAH), membre de la PAPDA, se prononce sur le mouvement des étudiants de la Faculté d’Agronomie. Le Bureau Exécutif de la PAPDA vous invite à lire et à diffuser cette intéressante analyse publiée par la ANDAH le 22 janvier 2008. Nous nous associons aux principales conclusions de ce document et profitons de cette occasion pour exprimer notre appui au mouvement des étudiants qui montrent avec ce geste leur volonté de travailler en cohérnece avec le combat mené par les organisations paysannes pour "l’application d’une politique agricole nationale qui chercherait à résoudre les grands problèmes nationaux de déficit alimentaire, de décapitalisation des producteurs/ paysans et de sous emploi/chômage chronique". Nous saluons le courage et la lucidité des étudiants et appuyons avec enthousiasme les principales conclusions de la note de l’ANDAH.

POSITION DE L’ANDAH PAR RAPPORT AU MOUVEMENT REVENDICATIF DES JEUNES AGRONOMES ET DES ETUDIANTS DE LA FACULTE D’AGRONOMIE ET DE MEDECINE VETERINAIRE A DAMIEN

ANDAH, 22 janvier 2008

I- INTRODUCTION

Au cours de la semaine du 14 au 20 janvier 2008, les activités au sein du Ministère de l’Agriculture et de la Faculté d’Agronomie ont été perturbées en raison des manifestations organisées par les jeunes agronomes et les étudiants de cette faculté qui d’une part, dénonçaient les orientations de la Politique Agricole du Gouvernement et du Ministère et d’autre part, revendiquaient leur implication dans la mise en œuvre des actions visant à redynamiser le secteur agricole.

Après diverses réflexions produites et organisées au sein de l’ANDAH et après consultation des parties impliquées dans cette crise, l’Association a pu retenir que le mouvement de revendication avec protestation des jeunes agronomes et des étudiants a surgi dans le cadre d’un processus de recensement agricole piloté par le Ministère. Les erreurs et maladresses de celui-ci dans la gestion du dossier sont, entre autres, les opportunités saisies par les étudiants pour poser les problèmes du déclin du secteur agricole et pour revendiquer une agriculture plus productive.

II- PRINCIPALES REVENDICATIONS DES JEUNES AGRONOMES ET DES ETUDIANTS

Globalement les jeunes agronomes et des étudiants de la Faculté d’Agronomie à Damien ont deux grands groupes de revendications :

• D’un coté ils revendiquent l’application d’une politique agricole nationale qui chercherait à résoudre les grands problèmes nationaux de déficit alimentaire, de décapitalisation des producteurs/ paysans et de sous emploi/chômage chronique.

• De l’autre coté, les jeunes agronomes et les étudiants identifient un ensemble de mesures devant être prises de manière à relancer la production nationale et l’agriculture en particulier.

Pour mieux éclairer l’opinion publique, ANDAH reprend la liste ci-après des revendications telles que exprimées par les jeunes agronomes et les étudiants. Dans l’ensemble les revendications peuvent se résumer en neuf (9) points :

1. Etendre les mesures de contrôle sanitaire prises par le Ministère à d’autres produits agricoles et végétaux importés ;

2. Augmenter le volume de crédit à l’agriculture et améliorer les conditions d’accès par les producteurs dans la perspective de relance de la production animale (en particulier avicole) et de la production agricole à l’échelle nationale ;

3. Impliquer les jeunes agronomes dans la dynamique de relance de la production agricole nationale ;

4. Valoriser la compétence des jeunes professionnels agronomes en les intégrant dans le processus de recensement agricole du pays ;

5. Réhabiliter les fermes d’Etat gérées autrefois par le Ministère de l’Agriculture

6. Instaurer un plan de carrière et de retraite ;

7. Organiser les stages des étudiants en formation au sein de la FAMV ;

8. Rouvrir les Ecoles Moyennes d’agriculture et des Ecoles vocationnelles ;

9. Mettre sur pied un système « Résidence-Mémoire » pour les étudiants finissants à la FAMV.

III- COMPREHENSION DE L’ANDAH DES REVENDICATIONS DES JEUNES AGRONOMES ET DES ETUDIANTS DE LA FAMV

• Les jeunes agronomes et les étudiants revendiquent l’extension des mesures de contrôle sanitaire prises par le Ministère à d’autres produits agricoles et végétaux importés : Cette revendication trouve sa justification dans le fait que depuis environ 10 à 15 ans, on constate que la plupart des pestes (tels le scolyte sur le café, la varroase sur les abeilles, la mouche blanche sur la tomate etc.) qui ont causé des pertes énormes chez les producteurs haïtiens, viennent de la République Dominicaine. Pour l’ANDAH, une telle mesure, au non du principe de précaution, nous mettrait à l’abri des risques de consommation de produits nocifs pour la santé humaine et de contamination de la production nationale.

• Ils revendiquent une augmentation du volume de crédit pour financer les producteurs agricoles, de même, ils exigent une amélioration des conditions d’accès au crédit pour les petits producteurs : En effet, l’inexistence du crédit est une contrainte majeure freinant le développement du secteur agricole et auquel doivent faire face des centaines de milliers de petits producteurs agricoles. La part de crédit formel investie dans l’agriculture est quasi insignifiante, elle représente moins de 1.5%. Compte tenu de la situation de décapitalisation des exploitations agricoles, aucune relance réelle du secteur agricole n’est possible en absence d’une politique de crédit.

• A propos de la revendication d’impliquer les jeunes agronomes dans la dynamique de relance de la production agricole nationale : Il est important de souligner que depuis 1998, la politique des gouvernements qui ont eu successivement la gestion de la chose publique n’a opté que pour des nominations de substitution qui consistent à remplacer les cadres agronomes qui ne seraient plus disponibles pour le Ministère. Les nominations d’addition sont quasiment nulles. Le Ministère souffre manifestement d’un déficit crucial de cadres techniques. Actuellement, sur seulement 1436 employés que compte ce dernier, seulement 189 sont agronomes et 73 d’entre eux, soit près de 40%, travaillent au bureau central (à Damien). Grâce à l’existence de différentes universités privées qui forment des agronomes, depuis plus de dix ans il existe un nombre important de professionnels agronomes qui arrivent sur le marché du travail sans pouvoir trouver malheureusement un emploi.

• Valoriser la compétence des jeunes professionnels agronomes en les intégrant dans le processus de recensement agricole du pays : Alors que l’Etat haïtien investit de l’argent dans la formation des cadres, il ne met en place aucune politique pour valoriser les compétences formées. La difficulté d’accéder au marché du travail est l’une des raisons expliquant que pendant ces dernières années, on a enregistré une émigration aussi massive des jeunes et des professionnels du pays vers le CANADA et les Etats-Unis. ANDAH juge tout à fait positif que des jeunes professionnels formés dans le pays veulent mettre leur compétence au service du pays.

• Réhabiliter les fermes d’Etat gérées autrefois par le Ministère de l’Agriculture : Cette revendication est assez pertinente dans le sens qu’il existe aujourd’hui un déficit crucial de référentiels techniques à vulgariser aux producteurs. Dans une dynamique de relance du secteur, les fermes d’Etat peuvent être le lieu de production et d’expérimentation de modèles techniques avant leur vulgarisation. Depuis déjà quelques temps, la majorité de ces fermes sont abandonnées, alors que parallèlement les producteurs ne cessent de demander de l’accompagnement et de l’encadrement technique.

• Instaurer un plan de carrière et de retraite : On ne peut pas dire qu’il existe un plan de carrière et de retraite qui est respecté. Le peu de jeunes agronomes qui arrivent à intégrer le Ministère de l’Agriculture ont un sentiment d’insécurité et réclament à ce qu’il soit établi un cadre définissant clairement une grille salariale et les modalités de promotion professionnelle. En exigeant cela, ils cherchent à être moins vulnérables par rapport au système de corruption qui sévit dans la société haïtienne et dans l’administration publique. En fait, tout ce que les jeunes agronomes et les étudiants réclament c’est l’application stricte de la loi sur la fonction publique en matière de retraite civile.

• Organiser les stages des étudiants en formation au sein de la FAMV : D’après certaines informations provenant des dirigeants de la Faculté, depuis tantôt deux ans, les stages académiques sont pratiquement bloqués à cause des problèmes de financement. Cette situation, si elle continue peut affecter directement la qualité de l’enseignement dispensée à la faculté. De même, les étudiants ont de plus en plus du mal pour réaliser des stages en institutions pendant le cycle de leur formation d’ingénieur agronome. Compte tenu que le Ministère de l’Agriculture met en œuvre un certain nombre de projets de développement rural, ils revendiquent leur participation à titre de stagiaires dans ces projets.

• Mettre sur pied un système « Résidence-Mémoire » pour les étudiants finissants à la FAMV : Dans le souci d’aider financièrement les étudiants à réaliser leur mémoire de sortie (sans laquelle, ils n’auront pas droit au diplôme), la Faculté met à la disposition des étudiants un montant modeste. Mais, il est clair que ce montant est très largement inférieur au besoin des étudiants pour réaliser leurs travaux de sortie. Le système « Résidence-mémoire » tel que revendiqué par les étudiants pourrait contribuer à résoudre ce problème. Le Ministère de l’Agriculture est concerné en tant qu’organe de l’Etat qui reçoit les jeunes agronomes en service social.

• Enfin, la dernière revendication formulée par les jeunes agronomes et les étudiants intéresse la « Réouverture des écoles Moyennes d’agriculture et des Ecoles vocationnelles à travers le pays. » Cette revendication reflète une carence aigue de cadres moyens dans le domaine agricole. La plupart des écoles moyennes d’agriculture qui assuraient la formation de ces cadres sont fermées depuis environ 15 ans.

IV- ORIGINE PROFONDE DES REVENDICATIONS DES JEUNES AGRONOMES ET DES ETUDIANTS

Si le problème de l’intégration des jeunes agronomes dans le processus de recensement agricole piloté par le MARNDR apparaît comme la cause immédiate/conjonctur elle qui a déclenché le mouvement de revendications et de protestations des jeunes agronomes et des étudiants à la FAMV, il demeure entendu que les causes de ce mouvement sont beaucoup plus profondes et méritent d’être analysées.

En fait, au cours des cinquante dernières années, les diverses données analysées montrent que la production agricole stagne et est insuffisante au regard de la population qui ne cesse de croître à un rythme de plus de 2% par an. Au cours de cette même période les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont jamais considéré l’agriculture comme axe prioritaire de leur politique. Ils n’ont pas élevé l’agriculture au rang de secteur stratégique national. Ils ont de préférence opté pour une politique de libéralisation aveugle du marché et de l’économie, ouvrant ainsi la voie à une concurrence déloyale qui contribue à fragiliser les structures de production locale, d’autant qu’en même temps, il y a eu un désengagement progressif de l’Etat au profit de la société civile sur laquelle, le Ministère de l’Agriculture a un contrôle limité.

En effet, les mesures de libéralisation prises à partir de 1986 ont contribué à déstructurer notre économie et à déstabiliser des sous secteurs et des filières stratégiques du secteur agricole. A présent, plus de 50% des produits que nous consommons sont des produits importés. A titre d’exemple,

• Au niveau de la filière riz, sur 420.000 tonnes consommées en Haïti, plus de 340.000 tonnes sont importées.

• Pour la production avicole, sur 31 millions d’œufs consommés par mois en Haïti, environ 30 millions sont importés de la République Dominicaine.

• Sur les 3.4 milliards de gourdes budgétisés dans le programme d’investissement public 2006-2007, 3.2 milliards sont gérés par les ONG et les Organisations internationales.

Les agronomes ne peuvent continuer à garder le silence face à une politique génératrice de pauvreté. La non prise en compte des intérêts des producteurs a entraîné une décapitalisation accrue des agriculteurs. Environ 80% des agriculteurs gagnent moins de 135 dollars US de revenu annuel. On assiste en outre à un déficit alimentaire qui tend à devenir chronique et à une baisse accrue des exportations de café, de cacao et des huiles essentielles.

Sur les 200.000 ha considérés irrigables, seulement 55.000 ha sont réellement irrigués. Au niveau de la dégradation de l’environnement, la grande majorité (3/4) des bassins versants du pays a atteint un niveau de dégradation avancé. De nos jours, la pluie, au lieu d’être considérée comme un phénomène climatique naturel bénéfique, se transforme en menaces pour les citoyens et la production nationale.

La réalité qui vient d’être brossée ne saurait laisser les citoyens indifférents.

V- CONCLUSION

L’ANDAH, par l’organe de son Comité Exécutif apprécie à sa juste valeur la pertinence des revendications des jeunes agronomes et des étudiants de la FAMV. En fait, globalement les revendications rejoignent les diverses positions que l’Association a l’habitude de prendre dans le passé. Elles ne sont pas différentes des opinions des uns et des autres sur la relance de l’emploi productif et durable.

Le mouvement des jeunes agronomes et des étudiants a surgi à un moment oú ces questions fondamentales semblent ne pas préoccuper suffisamment les dirigeants de ce pays. Leur mouvement est susceptible de réveiller la conscience nationale et pourrait interpeller les dirigeants sur les grandes orientations des politiques économiques et des politiques agricoles.

L’ANDAH saisit l’occasion pour saluer le courage et la détermination des étudiants qui ont hissé très haut le Flambeau de la « Production Agricole Nationale » et qui se positionnent ainsi comme porte parole d’autres catégories socio-économiques liées ou préoccupées par ces questions, nous voulons parler des paysans, des agronomes, et des étudiants haïtiens en général. Le mouvement revendicatif des jeunes agronomes et des étudiants fait aussi écho des problèmes majeurs des couches les plus défavorisées relatifs à la hausse vertigineuse du coût de la vie.

L’ANDAH réitère son appui aux revendications des jeunes agronomes et des étudiants de la FAMV. Ce mouvement dont les causes profondes doivent être recherchées dans le déclin du secteur agricole est loin d’être un simple différend entre « agronomes ». Il doit être vu comme une opportunité pour ouvrir un débat constructif avec tous les secteurs concernés de manière à trouver une solution durable et opérationnelle à la problématique de relance de la « production nationale ».

L’ANDAH saisit l’occasion pour inviter les différents protagonistes à faire preuve de modération dans leur comportement et à choisir la voie de la négociation pour sortir de cette crise. L’ANDAH invite donc les différents acteurs concernés à se rejoindre autour d’une table pour débattre des actions urgentes à mettre en œuvre pour un redressement effectif du secteur agricole.

Une autre Haïti est possible avec une production nationale relancée (Feu Abraham Shepherd, ANDAH, 2002)

Pour le Comité Exécutif de l’ANDAH :

Fruck DORSAINVIL : Responsable des Affaires Courantes

Jean Chesnel JEAN : Responsable Affaires Paysannes

Joseph DELLIEN : Responsable à la Formation

Phito BLEMUR : Responsable Affaires Internationales

Jacques ALIX : Responsable Affaires Financières



 

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