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La dette, plus menaçante que jamais

Eric Toussaint & Damien Millet du CADTM

Posté le 8 décembre 2007 par PAPDA

La PAPDA vous invite à lire cet excellent article de Eric Toussaint et Damien Millet du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde) qui fait une analyse de la question de l’endettement au niveau mondial. Ces 2 auteurs nous offrent de précieuses informations sur les nouvelles tendances, notamment la massive et inquiétante conversion des dettes externes en dettes internes. Cet article fournit aussi des informations et des arguments nous permettant de démasquer le discours des IFIs (Institutions Financières Internationales) qui prétend que la question de l’endettement ne constitue plus un problème majeur. (Camille Chalmers)

La dette, plus menaçante que jamais Damien Millet - Eric Toussaint CADTM

A en croire les annonces officielles, la dette du tiers-monde ne pose plus problème. Des pays émergents comme le Brésil et l’Argentine se paient le luxe de rembourser le FMI de manière anticipée. Les pays les plus pauvres voient une partie de leur dette annulée et on nous dit que, pour eux, tout repart d’un bon pied désormais. Les cours des matières premières sont à la hausse et les réserves de change des pays du Sud sont gigantesques : plus de 3 500 milliards de dollars (soit davantage que toute leur dette extérieure), dont 1 400 pour la seule Chine. Il semblerait que le Sud relève la tête et que sa dette ne soit qu’un lointain souvenir.

Pourtant, les militants du CADTM ne sont pas à la veille de sombrer dans l’oisiveté absolue... Car non seulement le problème de la dette demeure entier, mais il est plus menaçant que jamais.

Même si des réductions de dette extérieure ont été annoncées à plusieurs reprises, le total de la dette extérieure des pays dits « en développement » a atteint en 2006 un nouveau record : 2 850 milliards de dollars selon la Banque mondiale [1]. Il faut y ajouter, surtout pour les pays émergents, le fait que la dette intérieure a littéralement explosé. Selon la Banque mondiale toujours, elle est désormais trois fois plus élevée que la dette extérieure. En 2006, les remboursements liés à la dette extérieure publique des pays dits « en développement » ont approché 240 milliards de dollars, si bien qu’on estime que le montant total des remboursements liés à la dette publique (extérieure et intérieure) est de l’ordre de 1 000 milliards de dollars. Une saignée dramatique conduisant à une sévère détérioration des conditions de vie des populations pauvres.

En ce qui concerne les pays les plus pauvres, notamment ceux que l’on appelle « pays pauvres très endettés », la donne est différente car les financements intérieurs disponibles sont très insuffisants. Deux d’entre eux ont récemment fait l’actualité : le Liberia et le Sénégal.

Après des années de guerre civile, le Liberia - dont la présidente actuelle Ellen Johnson-Sirleaf est une ancienne dirigeante de la Banque mondiale - a accumulé des arriérés de paiement envers les institutions multilatérales qui lui empêchent de profiter d’une réduction de dette dans le cadre des initiatives décidées par le G8, le FMI et la Banque mondiale.

En novembre dernier, le FMI a trouvé une « solution » : les pays membres du FMI se sont mis d’accord pour solder les arriérés de paiement en apportant 842 millions de dollars. Ces millions de dollars ne vont pas profiter aux populations du pays mais vont servir à rembourser immédiatement le FMI. Pour autant, le Liberia est-il en passe de se libérer de sa dette ? La réponse est négative : « Dès que ces engagements seront matérialisés, le Liberia, ravagé par des années de guerre civile et d’instabilité, pourra obtenir de nouveaux prêts et les différents mécanismes d’apurement de créances existant pourront être activés [2]. »

La réduction de la dette libérienne dissimule donc à la fois l’imposition de réformes néolibérales et l’arrivée de nouveaux prêts ainsi relégitimés sans réflexion sur les choix économiques et financiers. Le mécanisme de la dette est donc toujours là et, par ce biais, la domination exercée par les grandes puissances et leurs sociétés transnationales va pouvoir se renforcer.

Alors que les rues de Dakar ont été le théâtre d’émeutes liées à une forte augmentation des prix des biens de base, le Sénégal a lui aussi profité d’une réduction de sa dette. Accompagnée de conditionnalités drastiques, cette diminution de la dette coïncide là aussi avec une reprise des prêts. Selon l’Agence française de développement (AFD), « les récents allégements de dette dont a bénéficié le Sénégal de la part de la communauté internationale le placent désormais dans un contexte de solvabilité retrouvée [...]. Dans ce contexte, l’AFD envisage une reprise des prêts souverains concessionnels au Sénégal [3]. »

En réalité, la réduction de la dette pour les pays pauvres et très endettés a porté sur les créances en surplus, celles qu’ils ne parvenaient pas à rembourser. Une dette trop importante pouvait conduire à une décision de cessation de paiement que les créanciers craignaient par-dessus tout. L’effacement du surplus de cette dette a été décidé en échange de réformes économiques drastiques favorables aux créanciers et imposées par le FMI et la Banque mondiale (privatisations, ouverture des marchés, développement des exportations au détriment des cultures vivrières...), permettant de rendre la vingtaine de pays concernés de nouveau solvables. Le mécanisme de pompage des richesses du Sud qu’est la dette en est ressorti finalement intact.

Et au Nord ? La dette publique des Etats-Unis vient de franchir la barre ahurissante des 9 000 milliards de dollars. La Chine et d’autres pays du Sud achètent des bons du Trésor des Etats-Unis pour freiner la chute du dollar et soutenir l’économie américaine qui leur assure nombre de débouchés commerciaux. L’été dernier, la crise des subprimes a fait des ravages parmi les populations pauvres : deux millions de foyers ne sont plus en mesure de rembourser leurs créances et leur bien immobilier a été saisi par les organismes prêteurs désormais en manque de liquidités. Les Etats-Uniens concernés viennent rappeler que ceux qui subissent l’implacable mécanique de la dette ne sont pas tous dans le tiers-monde. Au Nord comme au Sud, les richesses naturelles et financières profitent à une minorité de riches créanciers au détriment du plus grand nombre qui vit - ou survit - de plus en plus difficilement.

On nous assure que les Bourses mondiales ont bien digéré le choc mais les dégâts seront bien plus importants qu’il n’y paraît aujourd’hui. Devant les risques d’une crise majeure de la dette à venir, la solidarité entre tous ceux qui de par le monde subissent la logique de la dette imposée par les créanciers est essentielle. Les luttes sociales, notamment en Amérique latine, et les projets alternatifs, comme l’idée d’une Banque du Sud prônant une logique radicalement différente, sont seuls porteurs d’espoir.

[1] Voir Banque mondiale, Global Development Finance 2007.

[2] Dépêche AFP, « Le FMI fait sauter le verrou empêchant l’apurement de la dette du Liberia », 13 novembre 2007.

[3] AFD, Communiqué de presse, 24 octobre 2007.

Damien Millet, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org), auteur de L’Afrique sans dette, CADTM/Syllepse, 2005.

Eric Toussaint, président du CADTM Belgique, auteur de Banque mondiale, le coup d’Etat permanent, CADTM/Syllepse, 2006.



 

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