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Haïti : Enjeux et défis à la veille de la prise de fonction d’une nouvelle administration

Positions du groupe de réflexion stratégique de l’Association haïtienne des économistes (AHE)

Posté le 26 avril 2006 par PAPDA

À la veille de la prise de fonction d’un nouveau pouvoir Exécutif et d’un Parlement, l’Association haïtienne des économistes (AHE) tient à faire part à la nation des exigences qu’elle croît essentielles pour une reconstruction nationale. L’analyse du contexte de l’économie nationale révèle des défis majeurs et soulève des questions brûlantes qui doivent être approchés avec des positions de principe et pour lesquels des stratégies doivent être proposées afin de guider le pays dans une voie plus glorieuse et plus digne de nous mêmes. Trois maîtres- mots guideront l’ensemble des réflexions de l’AHE sur ce que devrait être les cinq prochaines années : la croissance, l’institutionnalisation et la bonne gouvernance économique.

1) Le contexte global de l’économie haïtienne

Il s’est développé en Haïti une économie peu contrôlable qui est devenue au fil du temps vulnérable par l’inadéquation des éléments nécessaires à sa reproduction, l’absence de vision et d’objectifs, le manque de souci pour la durabilité, et l’incapacité de corriger les distorsions qui se sont développées dans tous les domaines et tous les secteurs de l’économie nationale.

a) La vulnérabilité de l’économie se caractérise par les faiblesses des revenus, la dépendance externe qui résultent de la précarité et de l’extraversion, des structures de production et des choix de stratégie économique. Elle découle aussi de la faiblesse du système financier qui peut être considéré beaucoup plus comme un centre de spéculation que comme un lieu où se partagent les risques entre les acteurs économiques dans la poursuite de la création de valeurs et de profitabilité accrue. Dépourvue de véritable base, l’économie nationale est aujourd’hui un carrefour de transit de produits, de fonds de la coopération internationale, de transferts des expatriés haïtiens, tous servant à payer pour une demande de consommation sans cesse grandissante parce qu’alimentée par une forte croissance démographique. Il en résulte trois sortes de déséquilibres : commercial, financier, fiscal et monétaire. En conséquence, les réserves extérieures ont des difficultés à se constituer sans l’appui de l’aide externe, l’inflation est difficilement contrôlable, et la monnaie nationale se retrouve dépréciée par rapport au dollar américain contre lequel elle s’échange à prix fort pour payer les importations. Les voies de la croissance et du développement sont donc obstruées de goulots de toute sorte qui s’installent au triple niveau social, par les tumultes et instabilités qui se sont développés, économique, par les difficultés de l’enclenchement d’un processus d’accumulation de capital, et politique, par l’absence d’un sens de bien-être collectif qui placerait l’intérêt du pays au dessus des intérêts individuels.

b) La machine est remplie de distorsions. Les infrastructures sont en quantités nettement insuffisantes, ce qui fait qu’en plein 21ème siècle, on se retrouve ainsi avec moins de Kws d’électricité produits per capita qu’il y a 40 ans. Des taxes mal appliquées, une surveillance en douane douteuse, une libéralisation mal conçue, des exemptions diverses et des formes cachées de protectionnisme, ont développé une aversion pour le risque chez les détenteurs de capitaux qui se confinent dans des activités qui n’ont rien à voir avec la production nationale. Le niveau de crédit est faible en regard des besoins, et lorsqu’il est fourni, c’est pour effectuer des activités à rentabilité immédiate sans influence sur la productivité locale, elle-même demandant des efforts de plus longue durée. Les importations comptent pour plus de 50% de l’offre globale du pays alors que les exportations représentent à peine 20% de la demande globale, résultant principalement d’une libéralisation outrée du commerce extérieur du pays dans l’absence de toute mesure de consolidation des secteurs porteurs par des tarifs discriminatoires.

Ces distorsions obligent les décideurs à mener une politique de surévaluation de la monnaie nationale en vue de garantir les importations, ceci au détriment des industries locales, et en particulier de l’agriculture. Une politique de monnaie faible aurait, au contraire, bénéficié à l’économie, et les prix domestiques de produits fabriqués localement auraient été à la portée du plus grand nombre. Des dettes externes sont contractées et leur service assuré religieusement. Mais l’utilisation des fonds ne contribue pas au développement des bases socio-économiques solides sur lesquelles les futures générations devront continuer à construire le pays. Celui-ci a l’un des taux de jeunes le plus élevé au monde, ce qui entraîne que ceux de 15 ans d’aujourd’hui ne seront vraisemblablement pas à même de prendre charge des plus jeunes et des plus âgés dans 20 ans d’ici. L’exode des cerveaux constaté durant les quinze dernières années, compte tenu, bien entendu, du coût consenti par la société pour leur formation, pèsera très lourd sur les efforts de développement.

c) Sur ce problème de gestion et d’organisation et sur ces distorsions se greffe un autre, plus général et certainement plus dramatique, qui est celui d’une gouvernance mal faite. Celle-ci revêt en effet la forme d’une crise institutionnelle où l’État a des difficultés à se formaliser. Les lois ne sont en effet pas appliquées ou ne le sont que de manière discriminatoire, les institutions ne sont pas mises au service du développement et du bien-être collectif, et les fonctionnaires se confondent à l’Etat au lieu de le gérer pour garantir ce bien-être. L’économie a donc des difficultés à retrouver un cadre d’orientation, puisque les rôles ne sont pas clairs ou ne sont pas assumés, et c’est plutôt le volontarisme institutionnel souvent appuyé par les bailleurs de fonds qui l’emportent sur les véritables attributions des institutions. Lorsque les mandats des institutions, autant que les mandats entre individus, ne sont pas clairs, les conflits ne trouvent pas les canaux pour dégager des solutions. La société ne cesse alors d’engendrer des tensions, ce qui rend la vie publique difficile.

d) Les contraintes diverses de fonctionnement et l’absence d’une véritable orientation de l’économie se traduisent dans les faits par une incapacité de l’Etat à marquer le ton et à mettre le pays sur les rails du développement socio-économique. D’une part, l’État est incapable de générer les ressources qu’il faut, car la majorité des activités économiques se déroulent dans l’informel ce qui rend très étroite son assiette fiscale. Le volume de taxes perçues sur les quelques activités fonctionnant formellement ne laisse donc pas de grandes marges de manœuvres à l’État pour produire et fournir les services nécessaires et assurer l’équité dans leur distribution. L’eau ne suffit pas, le peu d’électricité produite est capté en grande partie de manière illicite dans les villes, tandis que les zones rurales sont dépourvues de services de toutes sortes. Par ailleurs, l’éducation est devenue un commerce privé, les hôpitaux et les services de santé manquent, ce qui dégrade dramatiquement la qualité de vie et induit à la longue une espérance moyenne de vie très faible.

e) Cette machine ne vise pas la durabilité car au niveau des autorités elles-mêmes, on se demande parfois s’il est bien compris la simple balance qui demande de trouver l’argent qu’il faut pour financer des actions publiques, c.a.d. ce dont monsieur tout le monde peut profiter. On semble donner la préférence au court terme et à l’urgence en risquant le moins possible par rapport au travail de longue haleine nécessaire à la construction de l’avenir. En d’autres mots, le taux d’intérêt pour le futur chez nous et nos dirigeants est élevé. Le futur apparaît loin, suffisamment du moins pour laisser peu de place au long terme c’est-à-dire à la protection des plans de vie, au renforcement des lois de l’urbanisme, à la protection de l’environnement, à la réflexion à propos de la prolifération des bidonvilles, au respect de la propriété privée garantissant les investissements économiques de long terme, à la modernisation des entreprises publiques, et à la baisse des coûts de transaction.

2) Les quatre principes d’une stratégie de relance de l’économie nationale

Partant de ce contexte global, l’AHE propose quatre principes qui devraient guider les actions publiques durant les années à venir :

  1. Le temps est venu de commencer à reconstruire notre société qui a suffisamment souffert de destruction.
  2. Pour avancer ensemble, il est impératif de se mettre au travail et de produire en vue d’augmenter la richesse nationale dans un cadre d’équité et de justice
  3. Le progrès économique et social dépend en grande partie d’une politique d’intégration et d’insertion de toutes les forces vives et de toutes les couches faibles dans le processus de reconstruction du pays.
  4. Le changement de notre comportement social et l’adoption d’un nouveau mode de gouvernance sont devenus une nécessité dans la mesure où nous sommes tenus de nous accommoder de la complexité du monde dans lequel nous sommes entrés et auquel nous sommes appelés à fournir notre apport, comme toutes les autres nations.

Ces quatre principes trouveront leur application dans la mise en place d’un mode de gestion axé sur : a) la gouvernance politique, b) la gouvernance institutionnelle, c)la gouvernance économique, d) la gouvernance sociale.

De la gouvernance politique

La poussée de conviction qu’il nous a été donné de constater le 7 février 2006, le jour du premier tour des élections, laisse entrevoir un engouement de la part de la population haïtienne d’engager le pays dans un processus démocratique et de faire un choix de leadership politique. Celui-ci aurait pour mission de travailler à donner de la substance à la démocratie, c’est-à-dire de mettre celle-ci au service de la transformation économique et sociale. Pour ces raisons, les espoirs que suscite le besoin du peuple à s’ouvrir au monde et à se moderniser, les enjeux et les défis sont à évaluer sérieusement à la hausse pour Haïti dont l’envie de renaître est frappant. Le nouveau leadership du pays se voit ainsi dans l’obligation de définir une vision éclairée de l’avenir, des objectifs utiles qui sont à sa portée, une stratégie de mise en œuvre qui mobilise les ressources du pays et, par-dessus tout, de se surpasser pour faire planer les intérêts de long terme de la nation au dessus des intérêts de court terme des particuliers ou des groupes des pression, d’où qu’ils viennent.

A cet égard, la gouvernance politique aménagera l’espace pour laisser libre cours au combat démocratique auquel se livrent les forces politiques tout en mettant l’accent sur la recherche de compromis, forme suprême de maturité d’une nation qui tient à sauvegarder ses intérêts supérieurs. Il s’agit-là d’un nouveau paradigme politique qui ferait de tous des gagnants, où les haïtiens reconnaîtraient qu’ils peuvent être des adversaires sans être des ennemis et qu’ils ne sauraient l’être que seulement lorsqu’ils sacrifieraient le pays. La gouvernance politique dont le pays a besoin devra s’aligner sur l’éthique et la morale, et devra être guidée par le souci de faire émerger un nouveau modèle d’homme intègre, vertueux et non corrompu, à l’opposé de ces typologies tristement célèbres que nous avons connues et qui ont fait du corrompu un homme « intelligent », et de la « réussite (entendons richesse) » une fin en soi.

De la gouvernance institutionnelle

Pour appliquer les principes que l’AHE a proposés ci-dessus, il est impératif que le pays s’inscrive dans une dynamique institutionnelle constructive. Qu’il s’agisse des jeux politiques, des jeux économiques, de la recherche de réponses aux questions sociales, de la résolution des conflits et des problèmes juridiques de manière générale, c’est dans la mise en place et le renforcement des structures institutionnelles et dans le respect de leurs vocations que le pays devra trouver les voies pour réenclencher le cercle vertueux du développement. La gouvernance institutionnelle concerne en effet tous les secteurs de la vie publique.

a) Elle concerne le secteur politique en permettant au nouveau paradigme politique, le paradigme ‘gagnant-gagnant’, de prendre corps dans le libre et rationnel fonctionnement d’institutions politiques comme les partis politiques, le Parlement, la Présidence et la Primature. C’est dans l’exercice de leurs attributions respectives que les intérêts de la collectivité pourront être sauvegardés, que la réconciliation pourra se faire dans un souci de recherche de l’équilibre entre le possible et le souhaitable et dans le respect mutuel.

b) Le système judiciaire attend aussi d’être institutionnalisé, malgré les apparences. L’AHE estime qu’une bonne part des questions soulevées ici serait atténuée si on respectait les juridictions des entités de l’État. S’il est vrai que les chevauchements peuvent aider à des moments où les synergies sont nécessaires, le désordre institutionnel ne conduira à rien de bon du point de vue des résultats et sera contraire à la recherche de l’imputabilité. La demande de justice est puissante dans la société haïtienne, mais elle a été mélangée à la justice sociale, nécessaire bien évidemment, mais, pour cette raison, elle n’a pas bénéficié d’une attention soutenue pour elle-même. En ce sens, si les efforts qui se font en vue de rendre autonome le fonctionnement du système judiciaire sont à encourager, ils demeurent insuffisants pour garantir l’existence d’un système fort, équitable, qui inspire confiance aux justiciables et qui puisse servir de référence aux citoyens, d’arbitre impartial dans la résolution des conflits sociaux et économiques. Et Aujourd’hui, la loi cadre, qui est la constitution, a toutes les peines du monde à se faire respecter. En ce sens, un effort particulier reste à se déployer pour que les dirigeants apprennent à s’y référer dans sa lettre et dans son esprit. Par ailleurs, le niveau de corruption constaté dans le système judiciaire est inadmissible et doit être corrigé s’il nous faut prétendre créer le cadre de confiance indispensable à la normalisation du fonctionnement de la société dans ses différentes composantes.

L’indépendance et le renforcement des institutions judiciaires sont deux pré- requis indispensables à la construction d’une société qui recherche sa voie et qui a tant souffert des injustices de toutes sortes, où l’existence des pauvres constitue une menace pour les biens des riches, autant que la richesse l’est pour l’appauvrissement des plus pauvres, et où l’accumulation de la richesse par le travail n’est pas reconnue comme la démarche naturelle vers la réussite économique et sociale.

c) Au niveau de la gestion économique du pays, les besoins d’institutionnalisation sont urgents. Des confusions à tous les niveaux y sont à relever. Les institutions appelées à gérer les affaires économiques et financières du pays errent dès qu’il s’agit de tracer la voie du développement économique. Les rôles et les attributions sont souvent inversés, consciemment ou inconsciemment. Ici, le Ministère de l’Economie et des Finances s’intéresse uniquement aux finances publiques, à la collecte des taxes et au financement des activités de l’Etat ; là, la Banque Centrale définit la politique économique, implicitement ou explicitement, et prend les dispositions pour l’accommoder par une politique monétaire qu’elle définit aussi à côté de son rôle de régulateur du système financier. Le Ministère du Commerce et de l’Industrie n’a pas les moyens de sa politique et est converti en une instance d’octroi de permis de fonctionnement pour les sociétés économiques et responsable de combattre la vie chère, tandis que le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe est en conflit d’attribution permanent avec les ministères sectoriels et la Primature en matière de coordination de l’aide. C’est un véritable tohu-bohu qui entrave la bonne marche de l’économie et laisse à toute instance externe le soin de fixer ses propres règles, affublant alors les Haïtiens de l’incapacité de trouver, seuls, leur voie. Au milieu de tout cela, le citoyen trouve peu de place et lorsqu’il en trouve une, c’est pour être dans des zones qui ne sont couvertes par aucune responsabilité.

Par ailleurs, un des facteurs clés de la gestion économique est la production des informations et la transparence dans leur gestion. La même cacophonie s’y observe. L’Institut Haïtien de Statistiques et d’informatique (IHSI) ne parvient pas encore à remplir convenablement son rôle et se trouve affaiblie par la Banque Centrale qui la concurrence dans le domaine en produisant « ses » propres statistiques nationales. Et ces informations qui auraient dû être des biens publics sont souvent traitées comme des secrets d’État auxquels l’économiste et le chercheur en général ne peuvent pas avoir accès. Quant au Ministère des Finances, ses fonctionnaires ont du mal à comprendre que les informations relatives au budget sont d’ordre public.

d) L’AHE interpelle la fonction publique également. La question institutionnelle concerne en effet les centres de pouvoir de l’État, ceux-là mêmes qui ont pour devoir de marquer le ton et de donner les orientations. La fonction publique devrait se préoccuper de la manière de traiter les questions et du devoir qu’elle a vis-à-vis de la communauté. Il sera très difficile de faire marcher l’économie, de résoudre les problèmes sociaux et de donner la justice aux justiciables si les institutions ne sont pas fonctionnelles et si les fonctionnaires ne sont pas imprégnés du sens du devoir, rompus à l’éthique et à la moralité.

De La gouvernance économique

La gouvernance économique est la manière d’agencer les ressources nécessaires en vue de la poursuite et de la réalisation d’objectifs préalablement fixés. Dans ce sens, pour sa propre efficacité et son universalité, elle pourrait prendre pour boussole le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (les OMD), et définir le chemin stratégique pour les atteindre. Ce faisant, il en découlerait des critères pour qu’une évaluation de l’action étatique et de la société civile puisse être conduite de manière ouverte et compréhensible de tous.

Dans un tel cadre, la culture de l’argent facile qui semble dominer actuellement le comportement d’un grand nombre d’agents économiques haïtiens, parce qu’elle est soutenue par des processus encourageant les inégalités sociales, est devenu au bout du compte un véritable frein aux efforts de production ainsi qu’un obstacle à la poursuite des OMD. Il est impératif de combattre les inégalités criantes qui marquent notre société et sortir la nation de sa lamentable course vers la pauvreté généralisée. Aussi semble-t-il primordial de créer et de promouvoir les conditions d’une saine accumulation, c’est-à-dire celles qui consistent à inciter les acteurs, les jeunes en particulier, à s’engager dans une dynamique de travail et de production porteuse d’expérience et de l’accumulation du savoir, dans des investissements combinant une bonne gestion des risques, à la recherche, certes, de profits, mais par l’ingéniosité, les progrès techniques et technologiques et les innovations qui en découlent.

A cet effet, le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) devra assumer, à ce tournant critique, son rôle d’organisateur de l’économie par les objectifs sectoriels qu’il aura à fixer et les priorités qu’il aura à privilégier, et par les dispositions qu’il aura adoptées en vue de la formalisation des activités économiques. Ce rôle institutionnel est fondamental pour mettre le pays sur la voie de la normalité et de la modernité économique. Le MEF a pour devoir, en accord avec les grandes lignes de politique du gouvernement, et en collaboration avec les ministères sectoriels, de donner l’exemple de la bonne gestion des ressources publiques et d’orienter les activités économiques dans l’intérêt de la nation en s’attaquant et aux défis suivants :

-  La mise en place d’un cadre macro économique global, propice au développement des affaires : une politique fiscale responsable conduite à partir d’objectifs clairement visés et une politique monétaire adéquate

-  L’identification de créneaux de valorisation des forces productives en vue d’un développement harmonieux des secteurs économiques et de la création du plus grand nombre d’emplois productifs possibles

-  Le déploiement de l’infrastructure économique et des services qui en découlent : routes, électricité, eau, ports et aéroports, télécommunications

-  La recherche d’adéquation entre les OMD et l’aide publique au développement

-  La recherche des moyens et des ressources nécessaires à la relance productive

-  Le choix d’une stratégie de production et de croissance ; qui en toute vraisemblance devrait passer par la promotion des petites et micro entreprises au niveau de tous les secteurs de l’économie.

-  La consolidation et la préservation d’un cadre légal et institutionnel stable et durable

-  La lutte contre la corruption et la contrebande La gouvernance économique n’atteindra pas les résultats escomptés si la confusion des rôles que l’on connaît aujourd’hui persiste au niveau de l’État. L’AHE souhaite que la Banque Centrale devienne une institution autonome et qu’elle accompagne la politique économique du gouvernement que le MEF a la charge d’appliquer. D’avoir trop peu fait d’économique, de ne pas avoir compris qu’il y avait des règles à respecter, a amené le pays au stade où il est. Il est temps de faire à l’économie, à la stratégie et à la prospective la place qu’elles méritent.

L’AHE recommande que le Ministère du Commerce et de l’Industrie joue son rôle d’orienter le développement du commerce intérieur et extérieur et de l’industrie dans toutes ses composantes et qu’il cesse d’être une entité de délivrance de permis de fonctionnement et être compris comme un ministère de la vie chère. [Il importe que le conseil des ministres prenne les dispositions en vue de rendre fonctionnel ce ministère et lui donne les moyens en conséquence.

L’AHE recommande que le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif se penchent sur l’opportunité d’un Ministère de la Planification et se mettent d’accord sur les attributions qu’on lui réserve en le rendant apte à les exercer.

De La gouvernance sociale

L’AHE est consciente des problèmes aigus auxquels Haïti fait face actuellement dans le domaine social. Ces problèmes peuvent êtres surmontés toutefois si on se fonde encore une fois sur des principes.

D’abord, réapprendre à valoriser nos ressources. Cela demande entre autre de développer nos ressources humaines, et de chercher à les tenir en Haïti parce que leur formation coûte cher, et que leur expatriation coûtera encore plus cher aux générations futures et au pays. Il est temps en outre que cesse la situation désastreuse de voir plus d’un million d’enfants encore en dehors du système scolaire. Les conséquences sont graves pour l’avenir du pays, si on y ajoute le désastre qui s’amplifie tous les jours en matière d’environnement, la principale ressource qui fait presque partie des biens publics mondiaux par sa diversité.

Ensuite, il importe que les responsables se rendent à l’évidence que l’emploi générateur de revenu est un droit du citoyen et qu’ils en fassent une préoccupation dominante. L’État devra y jouer un rôle de premier plan par les instances qu’il mettra en place pour rendre faisables les investissements qui généreront la masse d’emplois nécessaires au bien-être d’une population aujourd’hui exsangue.

L’équité dans l’accès aux services sociaux de base : santé, éducation, eau, assainissement, devra être une préoccupation permanente. Ces services doivent être produits en quantités suffisantes et doivent être régulés pour un meilleur partage entre les quartiers pauvres et les quartiers riches, entre les villes et les campagnes, entre les zones urbaines et les zones rurales. Il revient à la croissance économique de fournir les ressources suffisantes pour assurer la production rationnelle de ces services en évitant d’étaler la pauvreté par un partage stérile. À cet égard, il importe de rappeler que le grand secret du progrès social est la production, fruit d’une alliance entre le capital et le travail soutenu par la bonne gouvernance institutionnelle.

Le social est toutefois bien plus large que le simple accès aux services de base. La nation a besoin d’une gouvernance qui affronte des questions cruciales comme celles qui concernent la déconcentration des zones urbaines et la bidonvilisation des villes, le ‘zoning’ de ces zones, la trop grande centralisation des ressources, de la gestion et de la planification, la décentralisation territoriale. Ces questions sociales, lorsqu’elles sont mal résolues, poussent les citoyens à abandonner les milieux dans lesquels ils vivent parce qu’ils sont peu respectueux des droits économiques et sociaux.

Il faut promouvoir une culture de la promotion sociale, notamment en investissant dans le capital de la nation que constituent ses fils et ses filles, par l’éducation, la création et la valorisation des fonds de pension et d’assurance sociale, par la recherche de véhicules de placement.

3) Des mesures à envisager

À plusieurs reprises, des recommandations ont été faites dans le texte sur tel aspect opérationnel qui méritait des actions concrètes. Le lecteur en fera lui-même la synthèse et tirera les leçons que ces recommandations tentent de mettre en exergue. En guise de conclusion, l’AHE estime approprié de mettre l’emphase sur les points suivants qui apparaissent comme des priorités immédiates sur lesquelles les responsables stratégiques devraient se pencher en toute urgence :

La première de ces priorités concerne l’emploi qui doit devenir une préoccupation de tous les instants pour les responsables stratégiques du pays. L’emploi doit être pensé comme activité productive, créatrice de valeurs ajoutées. La question de la facilitation des investissements doit être reposée et avec elle la facilitation de la création des entreprises elles-mêmes. Mais encore une fois, il ne s’agit pas de ces entreprises qui ne génèrent pas du productif. Il s’agit plutôt d’entreprises actives, créatives, innovatrices et modernes, qui ne mélangent pas les comptabilités personnelles et les comptabilités de société, et qui participent de la montée sociale en assumant une responsabilité comme cela se passe dans plusieurs pays comme l’Inde, la Jamaïque, la Guyane anglaise et on en passe.

La seconde priorité est la nécessité de revoir le circuit de l’argent, entre les taux d’intérêt influencés par ceux des bons BRH et les politiques financières. Il s’avère en effet, au bout du compte, que celui qui paie l’écart entre les taux élevés découlant de cette démarche et les faibles taux rémunérateurs qu’offrent les banques commerciales est le petit épargnant et le petit emprunteur. À stabiliser indéfiniment l’économie, on entretient ce genre de processus et on ne permet pas aux investissements de se déclarer. La rémunération du capital devient alors très difficile à réaliser dans le processus de production sans entretenir un taux d’inflation structurellement élevé dans l’économie.

La troisième priorité concerne l’agriculture qui doit bénéficier de l’attention qu’il faut en vue de sa transformation d’une agriculture de subsistance qu’elle est aujourd’hui, avec son faible taux de productivité, en une agriculture plus capitalisée et organisée sur d’autres bases. Ce pas doit être franchi s’il faut prétendre mettre en place un tissu industriel qui a ses propre exigences d’articulation avec les autres secteurs économiques. Car c’est le secteur agricole qui fournira la base de la sécurité alimentaire recherchée et permettra de contenir la tendance à la hausse des importations des produits agricoles et relancer les exportations.

La quatrième priorité renvoie à l’urgence de se pencher sur le développement d’un tissu industriel local, axé principalement sur la promotion des Petites et Moyennes Entreprises. L’accent devrait être mis sur la nécessite d’une plus grande solidarité entre ses composantes, de manière à éviter l’extraversion et à garantir l’établissement des effets d’entraînement que devrait induire toute relance d’un sous-secteur. Un exemple pourrait être le projet HOPE, encours de discussions au Parlement Américain, qui offre une opportunité en ce sens et peut servir un point de départ à la relance de l’industrie manufacturière qui devra éventuellement viser aussi le marché local. Les entreprises la composant entreraient vraisemblablement dans la catégorie des PME., mais plus encore dans celle de petites entreprises distribuées dans le pays, et préférablement en dehors de la zone métropolitaine de Port au Prince, dans l’optique d’une déconcentration des activités économiques non agricoles. Il semble nécessaire de souligner à l’eau forte que toute stratégie industrielle devra tenir compte de la demande de consommation de biens industriels qui existe sur le marché local et dont une bonne partie peut être satisfaire par une production industrielle locale, comme par le passé.

Ce tissu industriel fournirait la base sur laquelle pourrait se créer de vraie société anonyme par l’étendue de son partenariat et non par une formule légale donnant titre à un nombre restreint d’actionnaires, les mêmes que l’on rencontre ici et là.

En dernier lieu, il semble urgent, dans un contexte de relance, de se pencher sur l’organisation d’un marché financier qui est appelé à animer et à dynamiser le processus de production et de commercialisation des biens. Le marché financier, tel qu’il existe aujourd’hui en Haïti, est restrictif, inadéquat et impropre au développement économique. L’accès au capital et l’opportunité de partager les risques de l’investissement doivent être offerts à cette multitude d’épargnants tant en Haïti que dans la diaspora qui sont aujourd’hui prêts à cela. C’est d’ailleurs probablement le meilleur moyen de financer le développement de ces petites entreprises dont nous parlons ici parce qu’elles sont efficaces et fonctionnent à coûts réduits. Elles sont par ailleurs capables d’absorber l’emploi et de faire augmenter les rémunérations du travail par le fait de la transformation.

Par cette stratégie on verrait grandir le nombre d’hommes d’affaires si tant il est vrai que l’économie haïtienne est une économie avant tout libérale, prête à entrer dans le monde pourvu qu’on lui en donne la chance. Cette stratégie rendrait la fiscalité plus étendue, car ce qui tue celle-ci, c’est bien sa faible emprise sur le milieu. Il n’y a que les grands payeurs à faire les frais d’une augmentation de la fiscalité sur le revenu, sans compter le faible nombre d’immeubles enregistrés dans les villes, par exemple. Il faut désormais une fiscalité pouvant toucher un grand nombre d’individus et de sociétés produisant de la valeur et s’engager enfin sur la voie de la croissance soutenue et soutenable.

Ces propositions demandent qu’on s’attarde sur la mise sur pieds d’un plan stratégique de moyen terme qui concernerait le remodelage tant du tissu productif et industriel haïtien que de celui des secteurs prioritaires eux-mêmes. Un tel plan s’accompagnerait de la mise en oeuvre d’une bonne politique économique et de bonnes politiques publiques au sens large. Il partirait du présupposé que l’efficacité qui pourrait être promue dans la gouvernance économique et dans le secteur industriel, aidée d’une lutte contre les coûts de transaction et contre la corruption qui s’ensuit ainsi que des arrangements institutionnels suggérés, induirait une amélioration sensible de la question sociale. C’est une telle vision qui demande encore à être confirmée dans un espace de concertation national.

Pour le comité de réflexion stratégique de l’AHE  :

Philippe Rouzier

Jean Claude Paulvin

Eddy Labossière

Fritz Deshommes

Narcisse Fièvre

Elie Durand

Eddy Etienne

Claude Beauboeuf

Toussaint Monestime

Gary Coquillot

Daniel Altiné

Amos Durosier

Pierre André Guillaume

Gérald Chéry

Claude Régis



 

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