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L’Éducation et les Services Publics en Haïti : ZLEA et Marchandisation

Posté le 15 novembre 2005 par Administrateur

Ecrit le 15 octobre 2003

La Zone de Libre-Échange en Amérique (ZLEA) est un espace de liberté projeté pour le capital, plus précisément pour les entreprises transnationales dominées par le capital étatsunien, d’ici l’an 2005. L’échange qui caractérise la base matérielle de la vie de l’homme, ne s’oriente pas vers la réalisation du bien-être, mais bien vers celle de la valeur. La transformation de toute relation humaine en objet de profit, devient l’objectif primordial du capital qui doit, selon la formule de maximisation des gains et de minimisation des pertes, s’accumuler pour se reproduire.

La restructuration productive du capital concerne toutes les sphères de l’activité humaine. Le capital tend à dévorer et la nature et l’homme. Le paradoxe, c’est que son action peut précipiter sa déchéance, alors que la restructuration s’opère dans l’objectif de sa restauration. L’une des sphères humaines que le capital affectionne de nos jours, est l’éducation. Comme service social, l’éducation participe de l’achèvement de l’homme dans l’histoire. Les échanges que l’homme a opérés avec la nature, produisent les substances et énergies nécessaires à sa reproduction biologique, mais les expériences doivent être généralisées pour être transmises de génération en génération. La culture a donc son fondement dans une activité humaine fondamentale : le travail de production de l’homme. Les générations futures doivent hériter des produits culturels pour marquer leur propre différence temporelle. Elles ne vont pas répéter machinalement les expériences antérieures, mais les travailler pour en tirer l’inédit possible, la création potentielle. L’homme a donc besoin de l’éducation pour faire sa propre histoire.

Cette brève considération introduit ici la question de la marchandisation de l’éducation, puisqu’il m’a été demandé de provoquer une discussion sur le sous-thème « ZLEA et marchandisation des Services Publics. Cas de l’Éducation ». Alors, je me suis posé la question, à savoir la signification de la conjonction « et » dans la formulation. S’agit-il de voir le processus de transformation de l’éducation en marchandisation à partir de la ZLEA ou de considérer la marchandisation de l’éducation comme processus culturel de contrôle du cœur et de l’esprit des hommes conçus tels de simples consommateurs, pour faciliter l’implantation de la ZLEA ? Je pense aussi que l’existence et la constitution de l’homme ne sont fondées que sur des relations, telles par exemple les échanges entre l’homme et la nature, d’une part, les échanges entre les hommes eux-mêmes, de l’autre. Les conditions dans lesquelles s’opèrent ces échanges, sont des causes de liberté et d’égalité ou bien des causes de servilité et d’inégalité. Alors, la constitution de l’éducation en marchandise est aussi bien un projet contenu dans le Programme de la ZLEA, qu’une démarche déjà en marche en Haïti. Dans ces conditions, la discussion peut s’ouvrir avec la présentation du projet de la ZLEA pour l’éducation, et de l’expérience de la marchandisation de l’éducation en cours de réalisation dans notre pays.

La question de l’Éducation comme Service Public

La modernité a introduit la séparation entre la sphère publique et la sphère privée dans la vie de l’homme. Dans l’Antiquité, la communauté réunit ces attributs en la figure du chef. Depuis le triomphe de la lutte des Modernes contre les Anciens, la société a réussi à défaire l’image du roi dépositaire du droit divin et à proclamer la naturalité des droits ; le jus naturalisme a scindé l’existence de l’homme en deux sphères : la vie publique où domine l’être politique, et la vie privée où règne l’homo economicus. L’État, conçu comme la synthèse des volontés individuelles, serait chargée de réguler le contrat social. La séparation public/privé a érigé l’État en Instance universelle qui réalise la cohésion dans la société.

La notion de Service Public semble découler de la construction de l’État moderne. Celui-ci représente le bien commun aux yeux des citoyens qui sont quand même des individus qui poursuivent leurs intérêts particuliers. Cette représentation légitime la circonscription d’espaces réservés à la poursuite d’objectifs d’ordre public ou de l’intérêt collectif. Par la loi et le droit, l’État institutionnalise ces espaces en les structurant, et institue, à partir de ces structurations, le Service Public. Dans ces conditions, le Service Public est une « division administrative de l’État correspondant à une branche d’activité » qui satisfait des besoins de population, ou « un organisme ayant une fonction d’intérêt public (postes, transports, etc.). La Direction des Affaires Publiques gère les services publics.

L’Éducation, comme activité de socialisation des individus qui vivent dans une société régie par des lois, normes et valeurs, est une fonction de l’État, du moins selon la conception libérale ; cette éducation libérale est liée à la perspective de construction d’une société égalitaire en termes d’opportunité, à la conquête et à l’exercice des droits de citoyenneté Mais, l’éducation bourgeoise concerne simplement la quantité suffisante d’individus pour la production. La constitution et l’existence de l’individu comme être social, implique la fonction éducative de l’État. Dans la variante néo-libérale, l’éducation est strictement vouée au travail, c’est-à-dire qu’elle est la source de qualification pour la production et le marché.

C’est donc l’État-éducateur qui assure le fonctionnement des sociétés modernes, quelque soit le temps : absolu, libéral ou néo-libéral. Ainsi, Olivier Reboul, dans la Philosophie de l’Éducation, a écrit :

« L’éducation est l’ensemble des processus et procédés qui permettent à tout enfant humain d’accéder progressivement à la culture, l’accès à la culture étant ce qui distingue l’homme de l’animal »

L’éducation participe donc d’une forme de conditionnement socio-culturel. Émile Durkheim a montré dans Educacçao e Sociologia, l’éducation comme le processus à travers lequel les générations adultes transmettent leur culture aux nouvelles générations, en les préparant « pour le milieu général et le milieu spécifique auxquels elles sont destinées. » L’éducation est devenue un service social d’abord assuré par l’État du Bien-être, au moment où le capital monopoliste concédait à la lutte ouvrière, le partage des gains de productivité tayloro-fordiste. Comme service, elle fait partie de la politique sociale de l’État « en configurant, selon José Paulo Netto, son intervention continue, systématique, stratégique sur les séquelles de la « question sociale » La politique éducative sert à satisfaire un besoin social chez l’individu, en même temps que l’éducation assure « la transmission héréditaire du capital humain et sa fonction idéologique de dissimulation de cette fonction, en accréditant l’illusion de son autonomie absolue »

Par contre, l’éducation peut être une source d’épanouissement pour l’individu quand elle continue le processus de la vie, c’est-à-dire quand elle réalise la synthèse de la vie à l’école et l’école de la vie. Dans ce cas, « la tâche principale de l’éducation (...) en termes politiques est de collaborer à la reconstruction du sujet populaire, à celle du Peuple comme protagoniste de notre histoire. » On comprend que cette pratique d’éducation vise à libérer l’homme de l’aliénation ; en ce sens, elle diffère de la perspective encyclopédiste de l’école dans laquelle la connaissance le fait par rapport à la superstition. Dans l’éducation populaire, c’est le libre développement des hommes, qui est la finalité du processus.

Ce projet d’éducation ne se réalise pas encore, mais le capital a déjà changé de conception éducative. Ce changement marque une régression dans le métabolisme des relations sociales sous le capitalisme. La réaction actualise davantage le projet populaire de libération par l’éducation.

Marchandisation de l’éducation en Haïti

Dans la conception néo-libérale, l’éducation devient une marchandise : « C’est un service à vendre en vue d’un profit » C’est aussi la pédagogie orientée vers la formation d’une main-d’œuvre qualifiée par le marché. La marchandisation de l’éducation répond aux exigences temporelles de reproduction du capital confronté avec le développement d’une subjectivité populaire offensive qui met en péril l’expansion du capitalisme ; il s’avère alors nécessaire de produire une culture de crise pour le contrôle du cœur et de l’esprit des mouvements ouvrier et paysan. Aussi la marchandisation de l’éducation résulte-t-elle d’un double processus économique et pédagogico-politique.

Privatisation du secteur éducatif haïtien

La transformation de l’éducation en marchandise, a produit une culture privatiste qui « se manifeste aussi par l’indifférence du monde éducatif face à la privatisation du monde global. » La privatisation du secteur éducatif s’opère de deux manières en Haïti, soit en augmentant la participation des ménages dans l’éducation scolaire ou universitaire, soit en subventionnant les écoles privées au détriment du financement des écoles publiques. De 15,2% du PIB en 1972, les dépenses générales en éducation sont passées à 4,7% en 1983. »

Il semble que le niveau de financement s’est un peu relevé à partir des années 90. Au cours de l’exercice fiscal 1996-1997, les dépenses en éducation représentaient 9,36% du Budget de la République. A l’orée du nouveau millénaire, elles s’évaluent à 16,68% . La tendance semble être à la hausse.

Cependant, l’exclusion scolaire règne encore dans les relations sociales haïtiennes. Jusqu’au 31 décembre 1994, une population de 2.430.000 enfants haïtiens en âge de fréquenter l’école ne sont admis dans aucun centre d’éducation. Des enfants en domesticité, seuls 10.000 ont accès aux 46 centres du soir. Entre 12 et 32% de ceux qui y ont globalement accès, bouclent le cycle primaire et « 70% des élèves qui entrent à l’école normale sont sur-âgés. La moyenne déclarée des enfants qui commencent la première année est de 9 ans, soit 3 ans de plus que l’âge requis. » L’abandon scolaire était évalué à 240.000, soit 30% de la cohorte, avant la fin du premier cycle de l’École fondamentale. Autrement dit, environ 800.000 enfants normalement scolarisables y accédaient à l’époque, sur une population d’âge scolarisable de 3.000.000 d’enfants. On peut comprendre que la tendance à la hausse d’allocation budgétaire signalée plus haut, ne signifie nullement une progression dans la couverture haïtienne du service éducatif. D’abord, il faut tenir compte de la dévaluation de la monnaie nationale : le budget de l’exercice fiscal 96-97, alloué au MENJS, valait 50.187.743,28 dollars US ; celui de 2001-2002, 50.946.111,96 dollars US. La différence est de 758.368,65 dollars US pour accueillir un « excédent » de plus de 2.000.000 d’enfants exclus du savoir scolaire.

Par contre, le taux de scolarisation a été estimé par la Banque Mondiale, à 63% de jeunes de 6 à 12 ans. Moins de 10% sont accueillis dans l’enseignement public, et le taux d’analphabétisme oscille autour de 60%.

La privatisation de l’éducation est donc encouragée en Haïti. Le secteur privé y contrôle 67% des écoles fondamentales, 75% des écoles secondaires et 80% des universités. L’État dispose seulement de 210 centres pré-scolaires. Entre 1994 et 1995, 85% des 1.156.937.000 enfants scolarisés, ont fréquenté des écoles privées ; dans l’enseignement secondaire, on a inventorié 1170 écoles privées contre 144 publiques dont 122 en milieu urbain. Entre 1995 et 1997, on a donc enregistré une nette progression dans la privatisation de l’enseignement secondaire : de 75%, le taux est passé à 88%. Le recensement scolaire de 1997 a noté la présence de 32.391 filles et de 48.730 garçons dans l’enseignement secondaire public, contre 246.857 élèves dans les écoles secondaires privées.

L’enseignement supérieur comptait dans la période, 20.000 étudiants, dont environ la moitié (9.782) s’inscrivait aux registres de l’Université d’État d’Haïti. A la même époque, les écoles techniques et professionnelles en recevaient 5793. La technicisation de l’éducation est un trait caractéristique de la perspective néo-libérale.

La privatisation de l’éducation s’accompagne d’une augmentation vertigineuse des frais scolaires. Entre 1993 et 2003, ils augmentent d’environ 60%. Entre temps, c’est la famille qui finance globalement l’éducation. Selon le professeur Serge Petit-Frère, cité par l’étudiant Jean André Constan, dans son Mémoire de sortie à la FASCH, le financement de l’école en Haïti connaît 3 sources : l’État (7%), les donateurs étrangers (32%, dont 16% par voie bilatérale et 16% pale biais des ONGs) et les familles (61%). Pourtant, le salaire horaire des professeurs n’a pas connu le même mouvement. Pour la période considérée, il s’élève à moins de 4% l’an. Pendant ce temps, sous la direction du FMI et de la Banque Mondiale, le gouvernement lavalas a gelé les salaires. Tout compte fait, l’éducation est devenue une activité très lucrative sous le règne du néo-libéralisme.

Une autre inégalité dans le traitement de la question éducative en Haïti, s’observe dans l’allocation budgétaire interne : « 35% du budget alloué à l’éducation revenaient à la population rurale qui constitue 77% de la population scolarisable, contre 65% à la population urbaine qui ne représente pas plus de 23% de la population scolarisable ». Entre 1990 et 1997, le taux alloué à l’Éducation par rapport au Budget de la République n’a cessé de décroître : de 12,5% en 1990, le Budget de l’Éducation est passé à 7,0% en 1997. En terme de PIB, la décroissance est de l’ordre de o,1% (soit 1,1% du PIB en 1990 et 1,0% en 1997)

Orientation de l’éducation vers la formation pour le marché

Le dernier discours de l’actuel ministre de l’Éducation Nationale, a suggéré à un journaliste du Nouvelliste, le titre « une école à une seule et même vitesse » pour résumer le projet d’éducation de base (PEB) lancé en septembre 2003. Ce projet veut « contribuer à la réduction de la pauvreté en Haïti par l’augmentation de la capacité des jeunes Haïtiens à intégrer la vie active et à améliorer leurs conditions de vie », « rendre les deux premiers cycles de l’école fondamentale plus équitables, efficients et efficaces, (...) » Pour cela, tant au niveau central qu’au niveau périphérique « seront développées les capacités de planification, de gestion et d’évaluation ». Le choix est clair : le marché devient le régulateur par excellence du Service Éducatif : la vie active, c’est la période de production économique d’un individu ; l’équitabilité, l’efficience et l’efficacité sont des indices qui mesurent l’égalité des chances, la maximisation des gains et la minimisation des pertes. La planification, la gestion et l’évaluation sont des domaines spécialisés de bureaucrates ou d’experts. C’est le discours compétent qui se véhicule à travers ces concepts. Autant qu’avec la privatisation de l’éducation, la rationalité capitaliste a pénétré tous les compartiments de l’éducation.

Le PEB tiré du Plan National pour l’Éducation et la Formation (PNEF), suit la logique capitaliste de la Réforme Bernard : « les individus se réalisent eux-mêmes comme propriétaires et consommateurs rationnels » La Réforme Bernard a été inspirée de « la pensée mercantiliste [qui] a transformé l’essence humaniste de l’éducation. » (p. 91) En effet, selon le document publié le 15 février 1982, « l’éducation doit être un investissement planifié, orienté et rentable, (...) » Dans les années 80, le président Ronald Reagan rêvait de transformer le Bassin des Caraïbes en un vaste marché pour les capitaux étatsuniens ; on a eu par la suite, la fondation du Marché Commun des Caraïbes, plus connu sous le nom de CARICOM, celle de l’ALENA qui inclut le Mexique, un pays du bassin. Le projet s’est élargi ; d’ici 2005, on projette d’implanter la ZLEA qui intègrera l’Amérique dans sa totalité. Dans l’intervalle, on continue à former pour le marché : « on doit aider l’enfant à comprendre le travail comme facteur de développement pour qu’il devienne un producteur et un consommateur averti » (1982 :60). « L’initiation aux techniques », « les possibilités de bifurcation vers des formations pré-professionnelles ou professionnelles, (...) », « l’acquisition de connaissances et compétences utiles dans la vie pratique à la fin de chaque cycle » (1982 :27), commandent l’esprit de la nouvelle école haïtienne. La vie pratique et la vie active ont la même référence dans la restructuration éducative sous le socio-métabolisme du capital : « La crise organique du capital a suscité la restructuration productive et éducative. La globalisation de l’économie a gagné le cœur et l’esprit tant dans le monde du travail que dans le monde de l’éducation. Ainsi est née une nouvelle culture de l’éducation fondée sur une pédagogie qui allie l’individualisme méthodologique au pragmatisme mercantiliste. C’est donc une culture privatiste de l’éducation. »

La restructuration productive qui métabolise la marchandisation de l’éducation, a prôné la combinaison entre les activités internes de l’entreprise et les innovations produites par les universités, centres de recherche et autres entreprises, d’une part, et l’accroissement de la compétence des employés et ouvriers, moyennant la formation continue, de l’autre. Dans un pays au taux relativement fort d’analphabétisme comme le nôtre, la marchandisation de l’éducation entend élargir la base des lettrés, en faisant de l’école fondamentale, la priorité de la vision néo-libérale. Les prêts accordés par la Banque Mondiale et la Banque Interaméricaine de Développement, vont être investis dans ce sous-secteur. Étant donné que la population du Tiers-Monde est extrêmement jeune et que les populations de l’Europe et des Etats-Unis vieillissent considérablement, des organismes de l’Internationale Communautaire prétendent réaliser l’universalité de l’éducation, alors qu’il s’agit pour la Banque Mondiale et le Front Monétaire International de préparer les jeunes de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Afrique pour cette nouvelle mondialisation du capital. Toujours est-il que l’universalisme masque des intérêts particuliers depuis l’avènement de la civilisation moderne. « L’éducation pour tous est [donc]un leurre, là où le capital fait son beurre. »

L’autre forme d’application de la restructuration du capital dans l’éducation, est la diminution relative du budget de la Faculté des Sciences Humaines et l’augmentation des budgets de facultés où l’on forme simplement des techniciens. Un document de la Banque Mondiale prévoyait déjà en 1986, cette « coupe » financière. Or, étant donnée que « l’éducation vise, certes, à former un individu culturellement et socialement intégré, mais également capable de s’insérer dans le marché de l’emploi », l’impérialisme ne planifie pas pour le pays, la formation de sociologues, travailleurs sociaux, communicateurs, etc., dont l’intégration dans les entreprises de sous-traitance de l’aire aéroportuaire, sera contre-productive et problématique. D’ailleurs, le néo-libéralisme a déjà rompu le contrat formel de citoyenneté.

Perspectives

La marchandisation de l’éducation se présente sous deux formes en Haïti : la privatisation de l’éducation et la formation pour le marché. La finalité reste la même dans les deux cas : préparer les jeunes ouvriers de demain, vu le vieillissement accéléré des forces de travail dans les pays du Nord. L’éducation perd alors de sa nature encyclopédiste pour devenir un investissement pour les parents. Ceux-ci ont déjà intériorisé l’idéologie de la compétence qui justifie les inégalités économique, sociale et politique. Le peuple serait ignorant ; à cause de son ignorance, il aurait dû se soumettre à la volonté des élites dirigeantes qui connaissent dont il a besoin pour survivre.

Du politique au social, l’éducation passe à l’économique, même si elle conserve ses traits culturels de mode de vie et d’organisation du travail. Dans l’Antiquité, la relation éducationnelle était hautement politique. La maïeutique socratique visait à amener les interlocuteurs à produire des savoirs à partir de la découverte de vérités qu’ils portaient en eux sans le savoir. Cette méthode pédagogique menaçait l’équilibre du système, puisqu’elle minait la base sociale du dogme révélé, qui légitima le pouvoir transcendantal. Dans sa variante monopoliste, la modernité a « socialisé » l’éducation : celle-ci y est reconnue comme service social dont la population a besoin pour se reproduire culturellement. Mais, avec le temps de la spéculation financière, l’impérialisme a conçu l’éducation de manière différente : c’est un bien à acquérir sur le marché. Comme toute marchandise, elle est à la disposition des groupes solvables, et la rationalité du capital commande sa « fabrication ».

Avec la marchandisation de l’éducation, c’est le projet de liberté et d’égalité, tant rêvé par nos ancêtres, qui est mis en difficulté sur la planète. La discrimination culturelle pratiquée depuis la fondation de l’État haïtien, facilite et amplifie la marchandisation de l’éducation. Il y a lieu de noter ici que cette approche économiciste de l’éducation a révélé plus que jamais la dimension politique de la pratique éducative. En difficulté, le capital entreprend de contrôler de plus en plus des espaces jusque-là réservés à des domaines prioritaires d’intervention étatique. Par ainsi, l’État néo-libéral reproduit aussi le pouvoir des classes dominantes.

La conscientisation des secteurs majoritaires de la population, s’avère indispensable pour réconcilier avec le projet démocratique et « socialiste » de nos ancêtres bafoués. L’organisation d’un mouvement social pour une école alternative, participe d’une stratégie de lutte contre la pensée unique du capital qui voit la réalité sociale comme une fixité, une permanence, une immanence, une essence métaphysique. Ce point de départ d’une pensée critique rencontrera un point d’entrée dans la mobilisation autour de la menace imminente que connaît l’environnement dans le pays. L’éducation écologique accompagnera les mouvements pour le travail, l’alimentation et l’agriculture écologique.

En somme, l’émancipation des femmes et des hommes en Haïti, implique la revendication d’une éducation-service au lieu d’une éducation-entreprise. Le mouvement émancipateur doit presser l’État de consentir d’importantes dépenses pour l’éducation à la place d’un investissement substantiel. Dès lors, la qualification comme capacité de travail doit produire des valeurs utiles dans la société. Une pédagogie active du travail encouragera une telle orientation, en cultivant la solidarité et la coopération dans le monde éducatif. Ces qualités humaines seront rapatriées au monde du travail, à travers la rencontre joyeuse des mouvements sociaux de jeunes, de femmes, d’ouvriers, de paysans, etc., qui s’aligneront tactiquement sur le mouvement des altermondialistes.

Jn Anil Louis-Juste

Fort-Jacques, 15 octobre 2003.



 

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