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Dette : changer radicalement de cap

par Damien Millet, CADTM

Posté le 2 février 2006 par Administrateur

Profond est le gouffre qui sépare les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale d’une part, et de nombreuses organisations militant pour l’annulation de la dette, dont le CADTM et la PAPDA, d’autre part. Le moment est idéal pour revenir sur deux moments-clés de l’année qui permettent d’éclairer ces divergences de fond.

La dette a été sous les feux de l’actualité à deux reprises cette année : au moment du tsunami en Asie et à l’occasion du sommet des dirigeants des pays les plus industrialisés (G8). A chaque fois, des mesures d’apparence généreuse ont été annoncées. Mais à chaque fois, la réaction de nombreux réseaux mobilisés sur ces thèmes fut une réaction de rejet. Pourtant, les animateurs de ces réseaux ne sont en rien d’éternels insatisfaits qui joueraient en toutes circonstances la politique du pire. Cette opposition est la résultante d’une analyse globale dont les principes s’opposent fondamentalement à ceux de la logique actuelle.

En janvier dernier, après le tsunami au large de l’Indonésie qui fit plus de 300 000 morts, la dette est apparue tout de suite comme un levier sur lequel agir pour venir en aide aux pays touchés. Fait troublant, les Premiers ministres de Thaïlande et d’Inde ont très vite annoncé que leurs pays ne demandaient pas de report des remboursements : ils craignaient par-dessus tout que leur note sur les marchés financiers soit dégradée. Il apparaît ainsi clairement que les dirigeants de nombreux pays du Sud sont parfaitement insérés dans le système néolibéral centré sur la dette et mis en place par les grandes puissances. Du côté des populations de ces pays, la démarche est opposée : des centaines de mouvements sociaux ont signé l’appel du réseau Jubilé Sud pour l’annulation totale de la dette des pays concernés. Le clivage n’est donc pas Nord/Sud, mais plutôt entre ceux qui profitent de la dette et ceux qui subissent la dette.

Devant l’ampleur de la catastrophe et de la mobilisation, les pays riches, réunis au sein du Club de Paris, ont été fiers de décider un moratoire sur la dette de l’Indonésie et du Sri Lanka. Le Club de Paris s’attendait sans doute à des félicitations unanimes. Ce ne fut pas le cas : seuls deux pays, sur la douzaine de pays touchés, étaient dispensés de remboursement de leur dette bilatérale en 2005, et ils devront payer entre 2007 et 2010 ce qu’ils devaient rembourser cette année. De surcroît, puisqu’ils n’ont pas remboursé à la date prévue, des intérêts de retard leur seront appliqués. Comment se réjouir d’une telle annonce ? Non seulement aucune annulation n’a été décidée, mais ces deux pays paieront finalement davantage que si le tsunami n’était pas survenu. Derrière une opération médiatique savamment orchestrée, se cache mal la politique de la " décision minimale " : faire semblant d’agir, sans toucher au mécanisme qui donne leur toute puissance à ceux qui prennent les décisions.

Puis vint la réunion des ministres des Finances du G8 à Londres en juin, et l’annonce " historique " qui en a découlé : l’effacement de la dette détenue par 18 pays pauvres et très endettés (PPTE) envers la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le FMI, soit 40 milliards de dollars. Après six mois d’intenses négociations entre les acteurs en présence, le FMI vient d’entériner le 21 décembre l’annulation de la dette de 19 pays à son égard. Heureuse nouvelle, direz-vous ? Au risque de surprendre, non.

Tout d’abord, 17 des 19 pays concernés ont dû réaliser un véritable parcours du combattant néolibéral : réduction drastique de leurs budgets sociaux, privatisations massives, ouverture des marchés, libéralisation de leur économie..., pour le plus grand profit des sociétés multinationales et des investisseurs internationaux. Mais ce sont autant de coups très durs portés aux conditions de vie des populations pauvres. Les deux pays ajoutés à la liste se sont déjà pliés eux aussi aux exigences du FMI. Ils ont donc tous payé très cher, en terme de souffrances humaines, le droit d’être ainsi éligibles. Il y a donc une réelle continuité avec les décisions des deux décennies précédentes puisque les pays bénéficiaires sont les pays pauvres et dociles qui ont appliqué à la lettre les recommandations du FMI et de la Banque mondiale. C’est une décision minimale de plus. La dette extérieure publique des 165 pays en développement s’élève à 1 600 milliards de dollars, l’annonce du G8 concerne seulement 2,5% de ce montant. Comment régler le problème de la dette dans ces conditions ?

Les tenants du modèle actuel, FMI et Banque mondiale en tête, apportent volontairement une réponse uniquement financière : quand il n’est plus possible de faire autrement, ils réduisent légèrement la dette. L’échec de cette analyse est patent : depuis 1988, chaque réduction de la dette des pays les plus pauvres en appelle une suivante, et les quelques pays concernés croulent toujours sous le poids d’une dette démesurée. C’est oublier un peu vite que la dette est un mécanisme puissant permettant aux dirigeants et aux grandes entreprises des pays riches, avec la complicité des élites du Sud, d’imposer au monde depuis plusieurs décennies un modèle économique qui sert leurs intérêts. A cause de la dette, les pays du Sud sont dépendants de leurs exportations et sont contraints de brader leurs richesses naturelles tout en transférant des sommes gigantesques vers leurs créanciers. Entre 1980 et 2004, les pays en développement ont remboursé 5 300 milliards de dollars au titre de service de la dette. C’est presque 10 fois leur dette de 1980. C’est aussi 417 milliards de dollars de plus que ce qu’ils ont reçu en nouveaux prêts pendant la même période. Le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont les chefs d’orchestre de ce véritable racket permanent.

Contrairement à une idée reçue diffusée à dessein, le Sud produit suffisamment de richesses pour organiser son avenir. Le problème n’est donc pas de l’endetter pour lui fournir des capitaux, le problème est de faire en sorte que les richesses produites au Sud ne fuient pas le pays, qu’elles soient investies sur place et servent l’intérêt des populations locales. Les pays du tiers-monde peuvent tout à fait se passer de cet endettement qui entraîne soumission aux créanciers, détérioration des conditions de vie et accroissement des inégalités. Aujourd’hui, la dette est l’outil d’un nouvel esclavage. Le G8, le FMI et la Banque mondiale l’utilisent froidement pour renforcer leur mainmise sur l’économie mondiale. Certains de leurs soutiens, comme le chanteur Bono ou le milliardaire Bill Gates, veulent juste l’amender pour l’humaniser. Or on n’amende pas un esclavage, on l’abolit.

Pour espérer libérer les populations du Sud du fardeau de la dette, il faut définitivement briser le mécanisme lui-même, d’où la nécessité de revendiquer sans faiblir l’annulation totale et inconditionnelle de la dette extérieure publique des pays en développement et l’abandon des politiques néolibérales qui leur sont imposées. S’y ajoutent également l’expropriation des biens mal acquis par les élites corrompues et leur rétrocession à leurs peuples, la suppression des paradis fiscaux, l’instauration de mécanismes de redistribution équitable des richesses à l’échelle planétaire, une vaste réforme agraire, la reconnaissance d’une dette historique et écologique à l’égard des populations du Sud, sans oublier la construction d’une nouvelle architecture financière et commerciale internationale... Une vraie lutte contre la corruption serait alors possible. Il est impensable dans ces conditions de se réjouir des mesures prises par les pays riches et leurs représentants au FMI ou à la Banque mondiale. Ce n’est pas une question de tactique, c’est une question de principes. A force d’ignorer ceux que nous défendons, les choix des promoteurs de la mondialisation néolibérale provoquent des ravages humains et environnementaux considérables. Notre opposition résolue se poursuivra donc, à moins que notre mobilisation parvienne à changer radicalement le cap suivi.

Damien Millet est président du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde), auteur de L’Afrique sans dette, CADTM/Syllepse, 2005.



 

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