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Discours de Hugo Chavez au IIIe Sommet des peuples de l’Amérique

Mar Del Plata, Argentine, samedi 5 novembre 2005.

Posté le 28 novembre 2005 par Administrateur


Note des traducteurs : les points de suspensions, très présents dans le texte, sont un signe de ponctuation, pas l’indication de passages supprimés.

Texte intégral

Président Hugo CHAVEZ : Quelle clameur ! Que vivent les peuples de l’Amérique Latine et des Caraïbes !

LE PUBLIC : Viva !

H.C. : Que vive l’Argentine !

L.P. : Viva !

H.C. : Accolade bolivarienne, sanmartinienne, guévariste, péroniste, éviste. Vive Eva Peron !

L.P. :Viva !

H.C. : L’eau se retire, notre amie Blanca Chancoso m’a dit qu’il fallait souffler trois fois pour que l’eau se retire, il faut souffler trois fois vers le haut, l’eau s’en va et nous restons ici, nous, les peuples d’Amérique, disant : « Vive la vie ! »

L.P. : Viva !

H.C. : Vive la Patrie !

L.P. : Viva !

H.C. : Vive la grande Patrie !

L.P. : Viva !

H.C. : Je vous salue tous avec une émotion, une affection et une tendresse toute particulière. Comme il y a du monde ici ! Voyez : ces drapeaux brandis à bout de bras ! Une accolade au peuple argentin !... ces drapeaux argentins, ces drapeaux cubains, ces drapeaux vénézuéliens, ces drapeaux uruguayens, ces drapeaux paraguayens, ces drapeaux boliviens, ces drapeaux brésiliens, ce drapeau de l’Amérique grande et unie...

L.P. : applaudissements.

H.C. : Je veux vous saluer tous et toutes et remercier Silvio et tous ces chanteurs qui nous ont baignés de chansons, qui nous ont baignés d’amour, Daniel Viglietti, Silvio Rodriguez, Amaury, tous ceux qui sont venus chanter... Daniel, tous, merci pour ces chansons, merci pour ces vers, merci pour cette espérance et merci à vous pour m’avoir invité à ce spectacle, à cette rencontre des peuples. Je me sens vraiment honoré d’être ici, d’être ici avec vous, partageant ce jour historique. Salut à Diego Armando Maradona , Le Gosse...

L.P. : applaudissements.

H.C. : Viens ici, Diego, viens, dis quelque chose à ce peuple, Diego.

MARADONA : Je vous aime beaucoup, merci pour votre présence. Jetons Bush dehors !

L.P. : applaudissements.

H.C. : Vive Diego ! Vive Maradona ! Vive le peuple !

L.P. : applaudissements.

H.C. : J’ai assisté à l’entrevue que Diego a eue il y a quelques jours avec Fidel, terrible entrevue qu’il eut avec Fidel Castro...

L.P. : cris, clameurs.

H.C. : Je peux vous dire une chose, en entrant dans le stade, voilà déjà à peu près une heure, il était midi et quelques, on me donne un téléphone, je saluais plusieurs personnes ici, surtout cette jeunesse qui s’agite... Vive la jeunesse !...

L.P. : Viva !

H.C. : Cette jeunesse qui se lève à nouveau de toute part. Là-bas, les quartiers sont debout. Ecoutez, je veux que vous vous rendiez compte d’une chose : Blanca Chancoso a raison, l’eau est partie, vois ; peut-être allons-nous souffler à nouveau... Bon, j’étais en train de vous dire qu’on m’avait donné un téléphone, une camarade cubaine s’approche et me passe un téléphone, et moi, bon...avec qui vais-je parler, moi ? C’était Fidel.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Fidel se trouve depuis le levé du jour sur une chaise que je lui ai offerte, une chaise très commode en bois de saman, car d’ici, nous transmettons en direct pour le monde entier, entre autres pour Telesur, au monde entier. Cet événement historique, ici à Mar Del Plata, atteint le monde entier. Nous allons faire du vacarme dans le monde ! Vive le nouveau monde ! Vivent les peuples du monde !

L.P. : Viva ! applaudissements.

H.C. : Bon, voulez-vous que je vous dise ce que m’a dit Fidel ? Il m’a dit, tout d’abord, qu’il était très ému en voyant cet événement, la marche que vous avez faite depuis ce matin, le Train de l’Alba [1], Maradona est venu dans le train. A quelle heure arrivèrent-ils ? Au milieu de la nuit, dans le train. Comment s’appelle-t-il ? Le train... d’argent , Maradona est venu, comme un machiniste, il est venu directement avec le Train de l’Alba. Bon, Fidel voyait le train et l’aube se leva tandis qu’il voyait le train, votre marche et ce jour historique ici, à Mar del Plata, et bon... quelques commentaires, il m’a chargé de vous saluer et, bien qu’il ne soit pas physiquement ici, il est malgré tout ici avec nous.

L.P. : applaudissements.

H.C. : En outre, savez-vous comment il a pris congé ? Comme je venais d’entrer, je lui dis : « Bon, je te rappelle, » pour qu’il ne me parle pas trois heures au téléphone. Alors, je lui dis : « Vois, je t’appelle plus tard, nous allons prendre congé, j’entre dans le stade » et je lui dis , comme toujours : « Hasta la victoria siempre ! La Patrie ou la mort, nous vaincrons ! » et savez-vous comment Fidel a pris congé ? Je vais vous le dire, parce que j’ai entendu sa voix très émue et de plus, comme un tonnerre... il prit congé, la voix prit congé comme un tonnerre qui traversa les Caraïbes , qui traversa l’Orénoque, qui traversa l’Amazone, qui traversa le Rio de la Plata et arriva jusqu’ici, disant : « Chavez, vive le Che, merde ! Vive le Che Guevara ! »

L.P. : Viva !

H.C. : Bien, nous, camarades, compagnons, amis, amies, tous, nous sommes venus ici aujourd’hui pour plusieurs raisons : marcher, avancer, sauter, chanter, crier, lutter... Mais au milieu de toutes ces choses que nous sommes venus faire ici aujourd’hui à Mar del Plata, chacun de nous a apporté une pelle, une pelle de fossoyeur parce qu’ici, à Mar del Plata, c’est la tombe de la ZLEA .

L.P. : clameurs, cris.

H.C. : La tombe de la ZLEA.

L.P. : clameurs, cris.

H.C. : Nous allons dire : « ALCA, ALCA, ALcarajo ! ALCA, ALCA, Alcarajo ! »

[2] ZLEA, ZLEA, merde pour la ZLEA !

L.P. : clameurs.

H.C. : Qui a enterré la ZLEA ? Nous, les peuples d’Amérique Latine, nous enterrons la ZLEA aujourd’hui, ici, à Mar del Plata. Blanca Chancoso, je la salue et je salue ce qu’elle représente, la dignité des peuples indigènes de ce continent, je la remercie de ses paroles. En outre, Blanca m’a remis une copie des conclusions et des résolutions de ce troisième merveilleux sommet des peuples (Lire ci-desssous la Déclaration finale du IIIe Sommet des peuples de l’Amérique. Ndlr). Elle m’a apporté ces conclusions et ces résolutions des peuples pour les diffuser et non seulement pour les diffuser mais aussi pour lutter pour elles, pour que les rêves que tant de gens font depuis si longtemps deviennent réalité. De plus, au mieux, quand ce sera à moi de parler, à l’autre sommet, celui qui va commencer à quatre heures de l’après-midi, à trois heures et demie, j’informerai mes collègues présidents que j’ai reçu ces conclusions. Nous pourrions en faire des copies pour les distribuer là-bas, au sommet des présidents et des chefs de gouvernement, pour que nous soyons tous au courant des conclusions et des résolutions de nos peuples. Je veux saluer aussi un éminent compagnon, combattant indigène aussi, Evo Morales. Il est avec nous, ici, aujourd’hui, au sommet des peuples. Evo, une accolade, viens ici, frère, dis quelque chose à ceux qui sont là.

EVO MORALES : Merci beaucoup, Commandante, mon salut révolutionnaire à tout le peuple anti-impérialiste qui continue cette grande lutte de libération de l’Amérique Latine, merci beaucoup.

H.C. : Merci Evo, cet applaudissement des peuples pour ce grand combattant social, révolutionnaire, qui représente, comme Blanca Chancoso, la souche la plus profonde de nos peuples, de notre race aborigène, Tupac Amaru, Tecun Uman, Guaicaipuro, Atahualpa. Que vivent les indiens d’Amérique ! Nous saluons aussi les organisateurs de ce merveilleux événement . Permettez-moi de les féliciter humblement pour cette démonstration d’unité, unité, unité - disait Bolivar - unité, cela doit être notre devise. Nous ne pourrons battre l’impérialisme que si nous sommes unis, et conduire nos peuples vers une vie meilleure que si nous sommes unis, aussi.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Salut aussi à Edgardo de Petri, dirigeant syndical et député national, Miguel Bonasso, député national et organisateur de cet événement avec Edgardo ; Adolfo Perez Estivel, prix Nobel de la Paix, frère et ami, notre Adolfo, une accolade, compagnon, comme dit le tango. Je vais changer un petit mot au tango aujourd’hui, pardonnez-moi, je demande pardon, au lieu de dire « Adios Muchachos », je dis « Salut, Muchachos, compagnons de ma vie ! » , Luis D’Elia , député provincial . Je veux saluer Hebe Bonafini . Merci pour ces messages, pour ces paroles... et à toutes nos mères de la Place de Mai. Vivent les mères de la Place de Mai ! Nous sommes leurs fils aussi. Leurs fils ne sont pas disparus, ils sont devenus un peuple et ils vivent dans le peuple argentin et dans les peuples d’Amérique qui se lèvent de nouveau pour dire non à l’impérialisme, pour dire non au fascisme, non à l’intervention et non à la mort . Rafael Follonier, compagnon, ami et vice-ministre de l’intérieur de la République Argentine... nous saluons Ricardo Alarcon, président de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire de la République de Cuba et toute la délégation cubaine. Où peut bien être Lazarito ? Où est Lazarito ? Eh bien, Lazarito ! Mon ami, viens ici, Lazarito, je vais vous présenter un ami. Un jour, j’avais une fiancée et lui, il me l’a prise . Lazarito, viens ici, Lazarito, je veux que Lazarito, ce jeune cubain, nous salue. Lazarito, d’abord une accolade...

LAZARITO : Aux frères d’Amérique Latine, un message rapide, comme disait le Commandante, salut solidaire du peuple de Cuba, qui vous aime et vous accompagne et ne vous abandonnera jamais. Vive l’unité latino-américaine ! Vivent les peuples d’Amérique Latine ! La Patrie ou la mort ! Hasta la victoria siempre , frères !

H.C. : Tu me demandes s’il n’y a pas d’autres fiancées pour m’en enlever une de plus. Non, tu m’as enlevé celle que j’avais, Lazarito . Il a des moustaches, Lazarito. Une accolade à toi et à Cuba toute entière. Bon, c’est l’avenir : les enfants et les jeunes sont l’avenir.

LAZARITO : La casquette qui identifie la délégation cubaine... Vous êtes un Cubain aussi, parmi nous.

H.C. : Merci, Lazarito . Je mets la casquette . Nous sommes en train de préparer encore un jeu, ce sera du football : Maradona contre l’équipe de Fidel. Mais toi, tu joues pour moi, parce qu’en baseball, avec Cuba, je me rends...Mais au foot, ce sera la revanche . Abel Prieto, ministre de la Culture de la République de Cuba, nous le saluons, ainsi que tous ceux qui sont venus, les chanteurs, Ali Rodriguez Araque, c’est le chancelier, ministre des Relations Extérieures du Venezuela, avec nous ; Roger Capella, ambassadeur du Venezuela en Argentine, tous, membres du comité officiel qui m’accompagne ; Maria, ma fille, qui est avec nous, vous envoie aussi un salut ; Daniel Viglietti et Victor Heredia, et d’autres musiciens et chanteurs, personnalités spécialement invitées ; mouvements sociaux du continent ; fédérations de Terre et Nourriture (Tierra y Vivienda). Est aussi avec nous le « Front Transversal National et Populaire Central des Travailleurs Argentins », mouvement « Quartiers de Boue », « Parti de la Révolution Démocratique », « Mouvement Territorial de Libération », « Fédération Nationale de Santé », « Mères de la Place de Mai », « Mouvement du Vingt-six Juillet », « Mouvement Péroniste Authentique », « Mouvement des Travailleurs Sans Emploi Eva Peron » . A vous tous une accolade, Compagnons, Camarades, Compatriotes .Bon, ça va être deux heures de l’après-midi, j’ai ici un réveil. Voyez, il est certain que, à propos d’Eva Peron, je deviens chaque jour plus éviste . Je lis Eva, Eva Peron, grande dame de cette terre, inspiration pour les luttes que nous menons et que nous devrons mener.

Ce matin, un journaliste me demandait, alors que j’arrivais à l’hôtel où nous logeons, il me demandait ce que je pensais d’une publication sortie hier, une de ces nombreuses publications qui sortent, surtout celles d’Amérique du Nord. Avant-hier est parue une publication selon laquelle le Pentagone est en train d’établir des plans militaires pour attaquer le Venezuela, ce qui est absolument certain, parce que l’empire nord-américain, dans son désespoir...N’oublions pas ce que disait Mao Tsé Toung, que du point de vue stratégique, l’impérialisme finit par être un tigre de papier, un tigre de papier ; c’est pourquoi il ne faut pas craindre l’impérialisme, nous, les peuples du monde libre, nous avons la capacité de battre mille empires, comme cela est arrivé de nombreuses fois tout au long de l’histoire. Mais l’impérialisme, dans son désespoir, a prétendu pendant longtemps, presque un demi siècle, arrêter la Révolution Cubaine . Mais, comme l’impérialisme nord-américain a échoué dans son essai pour arrêter la Révolution Cubaine, il échouera aussi dans son essai pour arrêter la Révolution Bolivarienne au Venezuela.

L.P. : clameurs.

H.C. : Mais ce journaliste m’interrogeait sur ce sujet, et en outre, je sais que c’est absolument certain, les plans militaires pour attaquer le Venezuela sont en pleine préparation. Maintenant, qu’ai-je répondu au journaliste ? J’ai répondu avec une grande sincérité, si l’impérialisme nord-américain dans son désespoir essayait d’envahir le Venezuela, alors commencerait sur ces terres, la guerre de Cent Ans...

L.P. : clameurs.

H.C. : J’étais en train de rappeler Eva Peron. Eva Peron, quand elle dit , toute digne, toute libertaire, toute patriote... elle lança cette phrase que le peuple argentin connaît mieux que personne mais qu’il faudra répéter une et mille fois sur toute cette terre, du Rio Grande jusqu’à la Patagonie, cette phrase : « La Patrie sera libre ou bien le drapeau flottera sur ses ruines... », mais jamais nous ne serons une colonie nord-américaine.

L.P. : chants.

H.C. : Ce matin aussi, en arrivant à mon hôtel, j’ai rencontré un groupe de personnes, qui doivent être ici sûrement, et je veux saluer l’une d’elle, parce que j’ai parlé avec elle quelques minutes. Elles venaient de San Salvador de Jujuy, elles venaient de là : paysans, agriculteurs, une maîtresse d’école, elle s’appelle Maria Eugenia Villada . Je veux la saluer parce qu’elle m’a donné une accolade interminable et elle m’a parlé de son père, Carlos Eulogio Villada, qui était dirigeant du Parti Communiste Argentin et disparut dans la matinée du 24 novembre 76, dans la ville de San Salvador de Jujuy. Son épouse, Guillermina Castro, et sa fille Maria Eugenia en gardent la mémoire et moi, je lui disais, non seulement dans la mémoire, mais il est présent ici avec nous et avec tous les disparus des dictatures militaires impérialistes qui assassinèrent ces peuples durant si longtemps.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Maria Eugenia, en outre, est chanteuse , elle m’a chanté le Carnavalito . Quebradeño Carnavalito. Bon, il y a tant de choses à dire ici aujourd’hui, je vous apporte le salut du peuple vénézuélien, une accolade . Le cour du Venezuela, je l’amène avec moi, seulement pour le partager avec le peuple argentin et tous les peuples de notre Amérique. Un salut très spécial à la délégation vénézuélienne, des mouvements sociaux qui aujourd’hui, au Venezuela, impulse le mouvement depuis la base , depuis nos racines de la Révolution Vénézuélienne.

Alors, maintenant, écoutez bien, en plus d’enterrer ici la ZLEA, comme nous sommes aujourd’hui en train de l’enterrer, nous, les fossoyeurs ; en plus de cela, je l’ai toujours dit d’abord aux Vénézuéliens, et maintenant j’ose le dire au-delà du Venezuela, nous, les hommes, les femmes de ce temps, du début du vingt et unième siècle, nous avons, compagnes, compagnons, camarades, une double tâche historique. Nous devons être les fossoyeurs non seulement de la ZLEA, parce que la ZLEA fut une des nombreuses propositions, mais cette proposition est vieille ... Avant-hier, elle s’appela : « Initiative pour les Amériques », aux environs de 1990 mais déjà au XVIII° siècle, à la naissance de cette grande république, de ce grand état qui ensuite devint un empire et qui naquit avec les serres de l’aigle impérial, lamentablement depuis le début, depuis deux cents ans... Thomas Jefferson, l’un des créateurs de cet état nord-américain l’a dit. Il lança le plan impérialiste, Thomas Jefferson, il dit que les Etats-Unis avaient pour destin « d’engloutir », il l’a dit de cette façon, avec cette expression, «  d’engloutir », donc, une à une, les républiques naissantes, auparavant colonies espagnoles. De cette époque vient le plan annexionniste, le plan colonialiste des Etats-Unis. Aussi, nous autres, non seulement nous devons être les fossoyeurs de la ZLEA, mais les fossoyeurs, dans une plus grande dimension, complexité et profondeurs, du modèle capitaliste, néolibéral, qui depuis Washington s’attaque à nos peuples depuis tant de temps.

La bataille de la ZLEA que, comme le disait si bien Hebe Bonafini, nous avons sans doute gagnée, mais, attention, ce n’est qu’une bataille au milieu de tant de batailles qui nous pendent au nez pour toute la vie ... Alors, je disais que nous avions une double tâche, enterrer la ZLEA et le modèle économique, impérialiste, capitaliste, d’une part, mais, d’autre part, compagnes et compagnons, nous avons une autre tâche, être les accoucheurs du nouveau temps, les accoucheurs de la nouvelle histoire, les accoucheurs de la nouvelle intégration, les accoucheurs de l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques) pour les peuples d’Amérique, une véritable intégration libératrice, pour la liberté, pour l’égalité, pour la justice et pour la paix . Nous seuls, unis, pouvons le faire et en plus enterrer le capitalisme pour que naisse le socialisme du XXI° siècle, un nouveau projet historique socialiste. Les peuples d’Amérique pleurent . C’est notre rôle . Je suis sûr que maintenant, en Amérique, est en route le nouveau projet historique du socialisme du XXI° siècle. C’est le ventre de l’Amérique qui l’a engendré . Maintenant, poussons pour le faire naître, pour lui donner la vie, pour l’embellir. Rosa Luxembourg a lancé cette expression «  socialisme ou barbarie ». Aujourd’hui, cette expression devient plus dramatique et il faut la répéter « socialisme ou mort », « socialisme ou barbarie ».

Permettez-moi, compagnons, compagnes, frères et sours, de réfléchir sur ce point. La construction du socialisme est pour nous une raison de vivre, une impulsion idéologique et politique, mais il faut dire que ce n’est pas seulement cela. Il ne s’agit pas seulement aujourd’hui d’une impulsion politique, morale, éthique, idéologique, beaucoup plus que de cela, il s’agit de sauver la vie sur cette planète, car le modèle capitaliste, le modèle de développement , le modèle consumériste, que le Nord a imposé au monde, est en train d’en finir avec la planète terre et il faut le savoir, nous n’avons aucune planète proche pour y émigrer. Il paraît que la planète Mars était plus près ces jours-ci, me disait ma fille cadette de huit ans, le soir en nous disant bonsoir : « Papounet, mets-toi à la fenêtre pour voir la planète Mars, elle est un peu plus près ».

Mais nous savons qu’il n’y a pas de vie sur Mars. Il paraît qu’il y en a eu. Ils ont trouvé des traces, des signaux et même de la vapeur d’eau mais il semble qu à une époque indéterminée, le Fond Monétaire International, la Banque Mondiale et le Consensus de Washington s’installèrent sur Mars et ils en finirent avec cette planète. Cela pourrait être de la science fiction mais cela vaut bien la peine de lancer cette hypothèse : la planète, notre planète, la seule que nous ayons pour y vivre, nous et les générations futures, nos descendants, est en train d’être détruite sous notre nez par le modèle capitaliste de développement destructeur. Cela est très évident mais les principaux leaders du monde et des pays développés ne veulent pas voir la réalité . La plupart d’entre eux parce que le monde est gouverné par des intérêts économiques, les intérêts économiques des grandes transnationales et nous savons bien comme l’ambition capitaliste aveugle... L’ambition capitaliste empêche non seulement de voir mais encore de sentir et d’avoir une conscience. Moi, chrétien, comme toujours, j’ai dit que le premier grand capitaliste de notre ère fut Judas Iscariote, qui a vendu le Christ pour quelques pièces de monnaie, et le premier grand socialiste de notre ère s’appela Jésus, le Rédempteur, le Nazaréen, crucifié, qui vint annoncer le règne de l’égalité, le règne de la justice et de la paix...

Mais ce n’est pas un mensonge, ce n’est pas l’ exagération d’un groupe de scientifiques en folie, non, c’est visible : les pôles sont en train de fondre. Il y a peu, nous lisions une information d’une revue scientifique prestigieuse, qui dit que s’il n’y a aucun changement, si l’on ne change en rien le maniement des facteurs qui influent sur le climat et le réchauffement de la planète, dans cent ans, l’océan arctique n’aura plus de glace par exemple . Le niveau des eaux des océans est en train de monter, les eaux des océans se réchauffent et les peuples des Caraïbes en subissent une des conséquences, les peuples de l’Amérique centrale, et même le peuple des Etats-Unis : ces ouragans endiablés qui rasent des villages entiers ont plusieurs causes mais la cause première de la furie endiablée et de la force inhabituelle que ces animaux acquièrent aujourd’hui, c’est le réchauffement des eaux des océans. La couche d’ozone continue de s’ouvrir, c’est-à-dire, et ce n’est pas une exagération, que la vie future de la planète est en danger. De cela nous devons nous convaincre et convaincre chaque jour plus de personnes dans le monde parce que seules la conscience et l’action des peuples sauveront la vie sur la terre . Moi, je suis sûr que nous sauverons la vie pour les générations futures et que nous aurons un monde meilleur, que nous aurons un monde meilleur, nouveau et différent . Je suis sûr que nous réussirons mais nous devons nous battre.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Il y a peu de temps, je commençais à lire un de ces nombreux livres merveilleux, car il y a de nombreux livres qui sortent et il faut faire des efforts pour éditer beaucoup de livres et les diffuser gratuitement partout. Au Venezuela, nous faisons cela : cette année, nous avons édité plus de vingt-cinq millions de livres totalement gratuits. Cuba, depuis des années, édite des millions et des millions de livres pour que le peuple lise, pour que les peuples lisent, s’informent . Comment ne pas rappeler ici aujourd’hui ce grand homme, notre José Marti ? José Marti l’a dit très clairement : « Etre cultivé pour être libre », un peuple cultivé est un peuple libre.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Et des années et des années auparavant, cet autre grand homme, Simon Bolivar, l’avait dit, en montrant le revers de la médaille, l’autre face de la monnaie... Bolivar l’a dit avec une clarté impressionnante : « Un peuple ignorant est l’instrument aveugle de sa propre destruction ... » « Un peuple cultivé, a dit Marti, est le bel instrument de sa propre libération... »

L.P. : applaudissements.

H.C. : Il s’agit de sauver la vie, je disais que je lisais Noam Chomsky, c’est un bon écrivain, je vous recommande de lire tout ce qui vous tombe sous la main de Noam Chomsky . Lisez-le, lisez-le, ne dormez pas, ce n’est pas important, le peu de moments libres que vous pouvez avoir, lire, lire, penser, penser et penser, écrire, écrire, écrire. Noam Chomsky... un de ses livres les plus récents, je ne sais pas si c’est le plus récent, faites attention au titre « Hégémonie ou survie », le problème est très clairement posé, c’est le thème même de Karl Marx : socialisme ou barbarie. C’est la même idée mais Chomsky précise, il est bien clair que cent ans se sont écoulés, Chomsky précise le problème de ce moment historique du monde : « ou l’hégémonie nord-américaine ou la survie de la planète... » C’est l’un ou l’autre. Choisissons les peuples du monde , c’est le destin de nos descendants . Parce que je dis toujours qu’il ne s’agit pas de nous, car nous avons vécu plus mal que bien mais il y a ici nos enfants, nos petits-enfants, ceux qui sont nés et ceux qui continuent à naître... il s’agit d’eux, hégémonie ou survie, dit Noam Chomsky.

Cela retient mon attention, en voyant la table des matières du livre : un des premiers chapitres ou thèmes qu’il traite ici attira mon attention et j’allai directement voir ce que dit Noam Chomsky car c’est une idée qui retient l’attention. Il parle des deux superpuissances mondiales qui existent aujourd’hui... On a l’idée qu’il n’existe qu’une seule superpuissance, n’est-ce pas ? Cette idée est déconcertante mais je vais voir directement quelle est l’idée que développe Chomsky : il y a deux superpuissances mondiales aujourd’hui sur la planète , l’une menace de détruire le monde, c’est la superpuissance étasunienne ; l’autre superpuissance est en train de naître, mais ce n’est pas l’Union Soviétique . Il ne s’agit d’aucun territoire, d’aucun pays, d’aucun groupe de pays, non, cette autre superpuissance, dit Chomsky, qui est en train de se lever et peut sauver le monde, c’est l’opinion publique des peuples. L’opinion des peuples du monde, l’opinion publique mondiale, mobilisée, consciente . C’est l’heure où les peuples de la terre ont pour mission de sauver la vie sur la planète et de sauver la vie des générations futures, c’est notre rôle à nous de battre l’impérialisme et de battre tous les empires.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Là-bas, dans mon village... je suis né, vous le savez, au sud du Venezuela, dans un champ. Je suis un paysan de naissance et d’éducation et là-bas, il y a un proverbe qui dit : « A chaque cochon son samedi. » Ici aussi, nous sommes égaux pour être tous paysans. Bon, à chaque empire son samedi aussi, à chaque empire son samedi...

L.P. : applaudissements.

H.C. : Je ne dis pas que nous soyons samedi, mais nous pourrions être jeudi ou vendredi et nous nous dirigeons à toute vitesse vers le samedi. Nous allons nous proposer comme but de notre vie que lorsque nous devrons partir d’ici, avant que nous partions en tant que génération, il y a ici plusieurs générations, des quadragénaires, des quinquagénaires, des sexagénaires, des octogénaires et jusqu’ici... Lorsque nous autres, comme groupe humain, nous nous convertirons en terre de ces si belles savanes de Mar del Plata que je voyais ce matin en atterrissant ou en eau du Rio de La Plata ou en pierre des savanes du Venezuela ou d’ailleurs, quand nous autres nous partirons d’ici, déjà, l’impérialisme nord-américain, s’il n’a pas disparu, nous devons le laisser comme un véritable tigre de papier et que se lèvent de toute part tous les peuples de la terre comme tigres d’acier, défendant la souveraineté, la vie, la dignité, le futur . Tigres d’acier... les peuples, nous sommes des tigres d’acier. Il n’y a pas d’impérialisme qui ait survécu lorsque nous, les peuples, avons décidé d’être libres et on voit de tous côtés que les peuples ressuscitent . Il faut continuer nos efforts. C’est pour cela que nous sommes ici et que vous... Miguel Bonasso me dit que ça fait une semaine qu’il ne dort pas mais c’est la bataille, c’est la bataille... J’admire les hommes et les femmes qui ont organisé cet événement, j’admire tous ceux qui sont venus en marchant, ceux qui sont venus dans le train de l’Alba, ceux qui sont venus de Jujuy en autobus, vingt-quatre heures, de toute la province de Buenos Aires, de l’Uruguay, du Paraguay, de l’Argentine, du Chili, de la Bolivie, de l’Equateur, du Venezuela, du Brésil, de la Colombie, de l’Amérique Centrale, des Caraïbes, de Cuba, de l’Amérique du Nord... il y aussi des Nord-Américains ici. Je veux saluer la délégation nord-américaine qui est venue à cet événement et je demande pour elle un applaudissement, un applaudissement de reconnaissance et de fraternité pour le peuple des Etats-Unis d’Amérique du Nord. Vive le peuple des Etats-Unis !

L.P. : Viva !

H.C. : C’est un peuple frère. Déjà Karl Marx le disait et il faut le répéter : « Nous devons compter sur le peuple des Etats-Unis pour sauver la planète. » Sans le peuple des Etats-Unis, il serait impossible de sauver la terre . La conscience de Martin Luther King renaît dans les rues des villes d’Amérique du Nord.

L.P. : applaudissements.

H.C. : La conscience de Malcolm X ...

L.P. : applaudissements.

H.C. : ... et des grands combattants et ce peuple, mélange de latinité, d’afro-américains, de nègres, de blancs, d’indiens . Il y a peu, j’eus l’occasion, alors que nous étions à l’autre sommet, celui des Nations Unies... on m’invita à visiter des quartiers de New York et nous allâmes dans divers endroits, là-bas, du côté du Bronx. Beaucoup de monde, beaucoup de monde, et surtout beaucoup de pauvres, afro-américains, latinos en grande majorité. Mais aussi des Blancs. Et j’ai vu là beaucoup de conscience, et j’ai vu là beaucoup de jeunes, de femmes, d’organisations populaires, écoles populaires, ateliers populaires ; et je fus très impressionné par la force de ces mouvements populaires des Etats-Unis, les intellectuels, les penseurs, les combattants, pour un commerce juste et pour le respect de la souveraineté des peuples. Il y a une importante recrudescence de la conscience, j’insiste, dans le peuple des Etats-Unis. Dernière heure : on me communique une information de Caracas : il y a une marche à Caracas, plus de 80 000 personnes ont marché aujourd’hui contre la ZLEA, contre l’impérialisme et pour appuyer le Congrès des Peuples.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Vive le Congrès des Peuples !

L.P. : Viva !

H.C. : Maintenant, je parlais il y a un moment de la pelle et de l’accouchement, de l’enterrement et de la naissance . Ici, il faut s’arrêter pour penser et travailler beaucoup et agir en conséquence. Disons que nous allons réduire notre champ de vision et laisser pour un moment la vision du monde et l’expression de Chomsky « hégémonie ou survie » . Envisageons notre Amérique et les peuples de notre Amérique. Aujourd’hui, à Mar del Plata, outre ce que j’ai déjà dit et ce qui s’est dit, deux vieux projets sont venus se confronter, deux vieux projets, j’en parlais tout à l’heure en rappelant Jefferson. Il faudrait aussi rappeler cette expression de James Monroe en 1823 : « L’Amérique pour les Américains. » C’était au même moment , que James Monroe lançait l’expression impérialiste : «  L’Amérique pour les Américains » mais pour eux, parce qu’ils prétendaient nous enlever le nom d’Américains. Cependant, les hommes et les femmes d’ici, de Mar del Plata et d’ici, de Patagonie, sont aussi américains que ceux de New York, ceux de Washington, ceux de Québec et ceux de n’importe quel coin de ce continent : nous sommes tous Américains.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Maintenant, je vais vous parler de deux projets, deux projets qui, depuis là-bas, depuis la pointe la plus au nord du continent américain jusqu’à la pointe la plus au sud, depuis quelques deux cents ans... deux projets viennent se confronter. Ainsi, comme l’ont lancé au Nord Jefferson, Madison, Monroe, ils veulent lancer ici pareillement, dans le Sud, leur projet impérialiste, annexionniste . Et ici, dans le Sud, notre projet a été initié par des hommes comme Miranda, San Martin, Artigas, O’Higgins, Sucre, Bolivar, Manuel Saenz... Des hommes et des femmes de cette terre ont initié un projet voici 200 ans . Nous, Vénézuéliens, sommes déjà en train de nous préparer et nous invitons tous les peuples frères à commémorer sur ces terres, l’année prochaine, en 2006, les 200 ans de l’arrivée de Miranda, le précurseur de la Révolution Sud Américaine . Miranda, caracassien universel , comme l’a dit Bolivar, le Vénézuélien universel et intemporel... Miranda, qui s’est battu, épée à la main, durant les trois grandes révolutions de son temps , car il fut commandant de troupes et combattant durant la Révolution de l’Indépendance des Etats-Unis, il s’est battu à Pensacola, en Floride, dans les Bahamas, épée à la main . Il fut un ami et connut personnellement Washington, Madison, et il a vu comment est née cette union de treize colonies. Miranda a pensé, à partir de là, vers 1784 ; 85 ; 86, il a pensé, donc, et il l’a écrit... que de la même façon qu’était née au nord de l’Amérique l’union qui est aujourd’hui l’Empire, il fallait lutter au sud de l’Amérique pour former également une union de Républiques. Et ce fut lui qui utilisa le premier le nom de Colombie, proposant l’Union Colombienne en mémoire de Colomb, le découvreur. Par la suite, Miranda a parcouru le monde : il passa par Moscou du temps de Catherine la Grande et devint Colonel de Russie . Quelques années plus tard, il apparut en France , prit les armes en faveur de la Révolution Française et fut Maréchal de la France Révolutionnaire, ami de Napoléon Bonaparte. Un jour, Napoléon Bonaparte, en parlant de Francisco de Miranda, a dit que c’était « un Don Quichotte sans folie ». Et Miranda avait 60 ans, ce qui est un âge très avancé pour l’époque, l’espérance de vie étant de 50 ans. En revanche, moi, j’ai 51 ans et je suis un gamin, Madona a fêté ses 45 ans, et c’est un gosse, Bonasso a 59 ans et Eva est une gamine.

Bon, mais Miranda, à 60 ans, après avoir été Commandant de troupes durant la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis, après avoir été Maréchal de la France Révolutionnaire, après être allé à Cuba d’où il a appuyé l’indépendance des Etats-Unis avec beaucoup de Cubains qui étaient partis là-bas...Il y a des gens aux Etats-Unis qui ne le savent certainement pas, la majeure partie de ce peuple ne sait pas...que du sang cubain accourut sur le territoire nord-américain pour lutter contre l’impérialisme anglais et donner à ce peuple son indépendance, depuis que Miranda vint, il y a 200 ans, c’était en 1806, avec trois bateaux, un petit équipage et une imprimerie. Il toucha le territoire des Etats-Unis, il toucha Haïti, qui était déjà libre...le premier territoire libre des Caraïbes et de l’Amérique : la République libre et noire de Haïti...D’ici, nous envoyons au peuple de Haïti notre solidarité fraternelle et de compagnons, peuple haïtien, peuple héroïque, peuple martyre...

L.P. : applaudissements.

H.C. : bon, et Miranda, pour finir, fut le Généralissime de la première République Vénézuélienne et signataire de notre première constitution en 1811. Ce fut lui qui imagina ce drapeau jaune, bleu et rouge qui flamboie dans trois républiques sud-américaines : le Venezuela, la Colombie et l’Equateur et ce fut l’idéologue de l’Union du Sud, un des premiers. Il avait un journal à Londres appelé le Colombien, qui circulait en espagnol, en anglais et en portugais. Dans la maison de Miranda à Londres ont défilé tous les hommes qui se sont incorporés aux mouvements révolutionnaires, comme Bernard O’Higgins. Bon, mais ce à quoi je veux me référer, c’est que cela fait 200 ans qu’ici est né un projet qui a parcouru ce continent : l’Union de l’Amérique du Sud, l’Union de la Zone Caraïbe, l’Union des anciennes républiques espagnoles... Ce projet s’oppose au projet du Nord, le projet de Grande Patrie, l’union de Bolivar et de San Martin, là-bas, à Guayaquil, où ils construisirent une seule idée et un seul projet. Mais regardez comment tous ces hommes et ces femmes ont fini, ceux qui ont porté l’idéal au-delà de l’horizon, ceux qui ont pris part aux guerres de libération depuis les Caraïbes jusqu’au Rio de la Plata, ceux qui ont traversé les Andes une, voire plusieurs fois, comme San Martin les traversa, comme Bolivar les traversa . Regardez comment ont fini ces hommes : San Martin mourut en exil, O’Higgins mourut en exil, Artigas mourut en exil, Bolivar fut presque assassiné et mourut solitaire à Santa Marta . Sucre fut assassiné à Berruecos, Manuela Saenz fut expulsée de la Nouvelle Grenade et du Venezuela et mourut âgée par là, dans un petit village du Pérou. Eux tous, Abreu e Lima, le grand brésilien bolivarien, mourut également solitaire à Pernambuco . Le projet était de créer des républiques d’égaux et de libres, des républiques de liberté et d’égalité, le projet était d’éliminer l’esclavage, d’éliminer la misère, d’éliminer la pauvreté, l’exploitation . ils furent tous de véritables révolutionnaires et le projet était plus encore : c’était créer l’union ou la ligue des républiques de l’Amérique méridionale et c’est ce but que visait Bolivar lorsqu’il convoqua le Congrès de Panama en 1824.

L’an prochain, c’est certain, j’invite tous les peuples de ce continent à célébrer activement , comme nous le faisons ici aujourd’hui, avec un congrès, des délibérations, des projets, des débats, des propositions, la construction du chemin, enfin, l’an prochain, pour les 180 ans du Congrès de Panama qui était la proposition de Bolivar pour unir et concrétiser son aspiration à la constitution d’un grand corps politique, un grand corps politique au Sud ... et comprenez bien que le Sud n’est pas seulement pour nous un concept géographique, mais c’est aussi un concept politique, idéologique. A une occasion, je parlai du Sud, et quelques Mexicains m’ont dit : « Chavez, et nous ? » Pour nous, les Mexicains font partie du Sud. Le Sud est un concept politique et c’est une des grandes tâches que nous avons aujourd’hui : reprendre conscience du Sud, comme dit Mario Benedetti : « Le Sud existe aussi ». Nous sommes le Sud de la terre, notre chemin est le Sud.

L.P. : applaudissements.

H.C. : C’est-à-dire que c’est de là que vient la confrontation entre le projet impérialiste nord-américain et notre projet libérateur, du Sud, des Caraïbes, et aujourd’hui, indéniablement, cette confrontation monte en puissance. En 1990, après la chute soviétique et celle du Mur de Berlin, l’impérialisme nord-américain nous est tombé dessus, il est passé à l’offensive, il a voulu faire du fric, il se sent victorieux. Ils ont décrété la fin de l’Histoire, la fin des idéologies . Aujourd’hui, à peine quinze ans se sont écoulés et nous devons leur dire, comme dit une vieille chanson : « Les idéologies n’étaient pas mortes, elles faisaient la noce ». Ils ont décrété la fin du socialisme. Aujourd’hui, il faut leur dire : « Le socialisme n’était pas mort, il faisait la noce » et nous, les socialistes, sommes ici, levant à nouveau nos drapeaux.

L.P. : applaudissements .

H.C. : Ensuite, ils ont lancé, vers 1990, l’Initiative pour les Amériques. Le président des Etats-Unis était alors « Monsieur Papa ». Monsieur Papa Bush était président des Etats-Unis. Il a lancé ce qu’on a appelé l’Initiative pour les Amériques qui fit beaucoup de mal à l’Amérique Latine et aux Caraïbes parce que, immédiatement, les élites de nos pays, presque sans exception... Bien entendu, comme toujours, comme un tigre d’acier...dans la Cuba révolutionnaire, nous avons obtenu que personne ne se rende, que personne ne plie, et c’est pour cela que nous aimons tant son peuple, ses dirigeants et son président. Et d’ici, nous allons faire une ovation à Fidel Castro.

L.P. : clameur

H.C. : Vive Fidel !

L.P. : Viva !

H.C. : Vive le Che !

L.P. : Viva !

H.C. : Le Che Guevara est vivant sur cette terre, en chacun de vous, en nous tous. Bon, je vous parlais des dommages qu’avait engendrés pour les peuples d’Amérique Latine, l’Initiative pour les Amériques, le néo-libéralisme, le Consensus de Washington, et les mesures du Fonds Monétaire International. Sur ce continent, presque tous les gouvernements se sont agenouillés, les élites de ces peuples, ou plutôt, pas de ces peuples, mais de ces républiques... Elles se sont agenouillées devant l’Empire. Et c’est ainsi que telle une danse macabre, a commencé l’orgie de privatisations sur ces terres, et beaucoup, énormément , parmi les entreprises des états...

L.P. : chants.

H.C. : Vous savez que je n’aime pas me quereller avec qui que ce soit, mais celui qui me cherche me trouve. Il y a un refrain, dans les savanes de ma terre, qui est aussi la vôtre, qui dit ceci : « Je suis comme une petite aubépine, qui dans la savane fleurit, je donne mon parfum à ceux qui passent, et mes épines à celui qui me dérange. » Alors, je n’aime pas me quereller mais celui qui me cherche querelle a intérêt à être têtu. Monsieur Menem...

L.P. : Assassin ! assassin !

H.C. : Monsieur Menem a dit récemment à je ne sais quel journal ou quelle télévision que Chavez était un populiste, un démagogue qui a trompé le peuple vénézuélien, etc...Bien . Moi, à Menem, je lui dis ceci, depuis Mar del Plata : Vendu ! Bâtard !

L.P. : ovation.

H.C. : Mercenaire ! [3]

L.P. : ovation .

H.C. : Bon, justement, un des pays qui a le plus souffert, le plus souffert, jusqu’aux os, et cela nous fait très mal de le dire, de cette Initiative pour les Amériques, de cette orgie de privatisations, ce fut la grande nation argentine vendue par l’élite argentine. Mais aujourd’hui, l’Argentine se lève à nouveau et porte le drapeau de la liberté ! Vive l’Argentine ! Vive la partrie de San Martin, la patrie du Che, la patrie de Peron, la patrie de Evita, la patrie de nous tous ! Vive l’Argentine ! Argentine, je t’aime !

L.P. : clameurs.

H.C. : Tous nos peuples ont souffert de cette Initiative pour les Amériques, du Consensus de Washington. Au Venezuela, la résistance a commencé tôt contre le Consensus de Washington parce qu’à peine étaient-ils en train de préparer les papiers de la proposition du Consensus de Washington, à peine étaient-ils en train de préparer les documents de capitulation devant le Fonds Monétaire International que , le 27 février 89, le Venezuela explosa et le peuple vénézuélien entra en rébellion contre le projet impérialiste et néo-libéral du Fond Monétaire International. Au Venezuela, la résistance commença tôt, mais par la suite, les peuples se sont levés les uns après les autres. Et certainement, je vous recommande, à mes collègues, je vous recommande à tous de ne pas vous approcher de Monsieur Bush, c’est effrayant, je vous le dis, c’est effrayant, c’est effrayant. Ici on a demandé ce matin à mon chancelier Ali si je devais avoir une réunion quelconque avec Monsieur Bush et il a répondu jusqu’à présent, Monsieur Bush n’a demandé aucune entrevue, puisse-t-il la demander... ? C’est effrayant.

Les pupilles de Bush en Amérique Latine tombent un à un. Voyez ce président bolivien, il a dit que je l’avais fait tomber parce qu’en outre, il dit que je suis coupable , Fidel et moi , ce Sanchez de Lozada dit que je l’ai fait tomber, non, c’est Bush. Bush l’a fait tomber parce qu’il s’est entremis et les peuples n’acceptent plus ici ni présidents entremetteurs ni présidents agenouillés devant l’impérialisme. Les peuples veulent de véritables dirigeants.

L.P. : applaudissements.

H.C. . : On me dit qu’il y a dans cette assemblée un groupe d’anciens combattants de la guerre des Malouines . Nous allons les saluer. Vivent les Malouines argentines !

L.P. : Viva !

H.C. : Vive la souveraineté argentine !

L.P. : Viva !

H.C. : Bon, si je continue au même rythme, je pourrais parler ici jusqu’à six heures du soir, mais vous savez que je dois aller là-bas.

L.P. : chants.

H.C. : Maintenant, je comprends pourquoi il n’y a pas de gros ici. Je vais leur recommander, au Venezuela, de faire ce même saut , c’est bon pour maintenir la forme physique et morale. Voyez, je vais abréger mes réflexions pour rallonger certaines choses que je ne veux pas oublier de dire ici aujourd’hui, de même que Silvio, Daniel et Amaury ont généreusement raccourci leurs concerts ; nous aurions aimé continuer à entendre leurs chansons mais c’est pareil pour le temps. Voyez, ces chemins viennent de loin, compagnons et compagnes, ces projets, le projet annexionniste du Nord et le projet de libération du Sud se trouvent aujourd’hui face à face comme toujours, c’est un nouveau moment que nous vivons. Il y a deux cents ans, les pères libérateurs ne purent le réaliser et Bolivar exprima en une phrase profonde, en une phrase dramatique cette réalité douloureuse lorsqu’il dit : «  J’ai labouré la mer... » A quoi servit cette indépendance ? disait Bolivar en mourant, ils ne purent mettre en place des républiques éliminant les inégalités, les privilèges, de gens égaux et libres... et ensuite, en s’unissant dans la ligue des républiques pour faire contrepoids au Nord avec l’Est et l’Ouest. Ainsi Bolivar posait le problème quand il convoqua le Congrès de Panama en 1824. Le congrès se réunit en 26, à Panama mais il mourut en naissant. Lui disait qu’il était nécessaire, qu’il était indispensable de faire l’Union du Sud, une ligue de républiques du point de vue politique, économique, social, militaire, pour aller ensuite négocier pour la paix, l’économie et la guerre, avec le Nord, l’Est et l’Ouest, d’égal à égal et dans la dignité.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Cette stratégie, la stratégie de Bolivar, était la même pour tous mais peut-être Bolivar réussit à l’amener plus loin, il réussit malgré les difficultés, il réussit à orienter mieux la boussole . Unir le Sud est indispensable pour pouvoir négocier dans des conditions d’égalité et de dignité avec le Nord et le reste du monde. Cela est plus d’actualité que jamais. Aujourd’hui, c’est plus nécessaire qu’hier et de façon plus angoissante. Jamais auparavant, cette idée stratégique ne fut aussi vitale, c’est pour cela qu’il y a cinq ans, il y eut le Sommet des Amériques, au Québec, là-bas, au Canada. Et comme Cuba ne participait pas à ces sommets de présidents parce qu’il paraît que « démocratiquement », il y eût une consultation et « en démocratie » on décida que Cuba ne participerait pas. Je crois que ce fut ainsi. Bien sûr, que Cuba participe, parce que Cuba est dans notre parole, dans notre voix, dans notre morale. Cuba marche avec nous.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Il y a cinq ans, là-bas au Canada, le gouvernement des Etats-Unis a réussi à faire approuver, presque à l’unanimité malheureusement, la proposition de la ZLEA, une zone de libre commerce pour les Amériques et le Venezuela fut l’unique pays qui leva cette même main pour dire non ! Pour dire non à cette proposition mais tous les autres gouvernements approuvèrent la proposition et voyez ce qui est arrivé : là-bas au Canada, on a approuvé un article, un article de la déclaration que l’on ressort toujours, où il est dit : « Les négociations pour une ère de libre commerce des Amériques devront être terminées le 1° janvier 2005 et en outre, l’accord devra être activé au plus tard le 31 décembre 2005 ». Le 1° janvier 2005 est arrivé et la ZLEA où en est-elle ? Déjà arrive le 31 décembre 2005 et la ZLEA où en est-elle ? Je le répète, les peuples de ce continent ont mis la ZLEA en déroute et aujourd’hui, ici à Mar del Plata, ça a été son enterrement . Nous enterrons aujourd’hui la ZLEA, elle est enterrée bien profond, à Mar del Plata.

L.P. : clameurs.

H.C. : Maintenant voyez, en vérité, cela me plaît de rester ici avec vous mais j’ai des obligations officielles, n’est-ce pas ? Remarquez bien une chose, la ZLEA est morte mais cela ne veut pas dire que le capitalisme est mort, j’insiste sur cette idée, ce que nous allons enterrer prochainement, c’est le capitalisme. C’est le prochain enterrement

L.P. : clameurs.

H.C. : Pour cela, il faudra lutter beaucoup plus . Simon Bolivar avait une formule : « Si nous voulons une patrie, alors, constance, toujours plus de constance, patience, toujours plus de patience, travail, toujours plus de travail... » Unité, unité, unité, toujours plus d’unité, pour avoir une patrie, pour réaliser nos rêves, pour rendre possible l’utopie, pour réussir le sauvetage de nos peuples, unité, unité, unité.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Nous, du Venezuela, il y a plusieurs années, avons commencé à faire une proposition qui d’abord résonnait timidement, solitaire, et ensuite a pris de la force et résonne comme les tambours que vous avez ici, elle résonne comme les clairons de mille cavaleries parce qu’il ne s’agit pas seulement de dire non à la ZLEA... Il s’agit de planifier et de construire la proposition alternative, le chemin alternatif, et c’est ici que surgit notre idée, notre proposition : l’ALBA, Alternative Bolivarienne pour les peuples d’Amérique. C’est notre projet, c’est le projet de deux cents ans, c’est le projet de San Martin, de Artigas, de O’ Higgins, de Miranda, de Bolivar, du Che, de Peron, de Evita, c’est notre projet.

L’ALBA...je dois vous dire qu’en décembre passé, je suis allé à Cuba et là-bas, Fidel et moi, nous avons signé, la République de Cuba et la République Bolivarienne du Venezuela, nous avons signé un accord : l’ALBA . Et nous avançons. Le Venezuela et Cuba, nous avons avancé d’un pas ferme, avec une grande volonté politique, une grande participation populaire, la participation populaire est nécessaire, avec une grande volonté sociale, avec un grand effort du point de vue économique, nous avons avancé d’un pas ferme dans la construction de l’ALBA, je le répète, du point de vue politique, social, économique, technologique . Et, croyez-moi, croyez que Fidel Castro, qui ne croit pas en Dieu , nous le savons avec certitude, moi, oui, je crois en Dieu, Fidel est athée mais savez-vous quel nom a donné Fidel Castro à une mission cubano-vénézuélienne ? : « Mission Miracle  », car, en vérité , il me dit un jour au téléphone : « Chavez, cela ressemble à un miracle ». La dernière chose que je lui ai entendu dire, c’est : « Dieu aide Chavez et... »

L.P. : clameurs.

H.C. :... Je crois que ce fut quand il y eut un ouragan directement sur La Havane Moi, j’étais en attente, l’appelant : vois, il ne va pas passer sur La Havane, et l’ouragan passa juste à côté. Alors, je l’appelai : « Que s’est-il passé ? Et l’ouragan ? » Et il me dit : « Non, fiston, il a changé de route, tu as raison. » Et moi, je lui dis : « Bon, je l’ai demandé à Dieu, Fidel, je l’ai demandé à Dieu ». Et il dit : « Tu as bien raison, Dieu aide Chavez et ses amis. » Et l’ouragan est passé en l’effleurant juste.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Et une nuit, je lui dis : « Vois, Fidel, nous allons parler du Christ ». Il me dit : « Allons, nous allons parler » et finalement, après plusieurs heures, il me dit : « Chavez, je suis chrétien mais dans le social... » Bon, nous sommes chrétiens dans le social, l’égalité, la liberté, c’est cela le socialisme. Le Christ, je le répète, a été pour moi le premier grand socialiste de notre ère ; la liberté, l’égalité, la morale socialiste, de laquelle le Che a tellement parlé, de laquelle Fidel a tellement parlé, et tant d’autres, vous , beaucoup d’entre vous , certains pendant plusieurs années... Maintenant, l’Alternative Bolivarienne pour l’Amérique et pour les Peuples d’Amérique doit être construite en commençant par la base, avec la participation des travailleurs, de la classe ouvrière, des indigènes, des paysans, des agriculteurs, des étudiants, des femmes, des afro descendants, des professionnels, des artistes, des chanteurs, des poètes, nous avons tous notre tâche. Mais l’Alternative Bolivarienne pour les Peuples d’Amérique ne sera pas construite en commençant par les élites ... c’est depuis la base, depuis nos propres racines, avec notre sueur, notre boue, comme disait José Marti. José Marti disait : « Il faut être radicaux  » parce que nous devons aller à nos racines radicales. Ce mot a été diabolisé « c’est un radical » et on l’a assimilé à « fou ». Non, « radical  » n’est pas « fou », je suis un radical, nous allons être radicaux, radicaux dans nos principes bien enracinés. De là vient le mot, de la racine, radical, radicalement révolutionnaire, radicalement humaniste, radicalement patriotes, de la Grande Patrie, radicalement compromis avec la vie et avec les peuples, chaque jour plus radicaux !

L’ALBA se construit depuis les racines, par exemple, remarquez une chose, pour détailler quelques éléments de la configuration de l’ALBA : je vous parlai de Cuba et du Venezuela... Grâce à l’ALBA, Cuba et le Venezuela, nous avons fait une alliance stratégique où l’argent n’a pour nous que l’importance nécessaire. Ce n’est pas le profit qui importe, ce que cherche la ZLEA, c’est consolider le pouvoir économique des grandes transnationales et des élites qui ont dominé ces pays pendant longtemps. Cela, c’est la ZLEA ; l’ALBA cherche la libération des peuples, la redistribution des richesses de nos peuples, l’égalité, le changement du modèle économique productif, l’intégration sociale, qu’il n’y ait pas d’exclus.

Voyez comme la pauvreté a augmenté en Amérique Latine à cause principalement du modèle capitaliste et du Consensus de Washington. Voilà 20 ans, il y avait en Amérique Latine 200 000 000 de pauvres, il y en a aujourd’hui 222 000 000 selon les derniers chiffres de la CEPAL (Commission Economique Pour l’Amérique Latine et les Caraïbes). Il y a 20 ans, il y avait 50 000 000 d’indigents en Amérique Latine, il y en a aujourd’hui 100 000 000. Aujourd’hui, pour 1000 naissances vivantes, 27 enfants meurent de maladies qui seraient curables. En Amérique Latine, chaque jour il y a plus de faim, plus de misère, à cause du modèle capitaliste néo-libéral qui a fouetté ces peuples sans clémence. Et chaque jour, les riches sont plus riches, chaque jour les élites s’enrichissent davantage à cause du modèle néo-libéral capitaliste.

Je disais que l’ALBA, grâce à l’accord stratégique Cuba Venezuela par exemple, les Vénézuéliens ont pu faire reculer un mal séculaire : l’analphabétisme. En moins de deux ans, entre Cuba et le Venezuela, nous en finissons avec lui. L’analphabétisme au Venezuela, grâce à l’appui de Cuba Révolutionnaire, grâce à l’Alternative Bolivarienne qui est aussi martienne, nos peuples , en moins de deux ans , ont appris à lier et à écrire, et voyez comme 1 500 000 de Vénézuéliens ont bien appris. Nous suivons tous la route du sixième grade. Au Venezuela, des hommes de 90 ans, des femmes de 85 ans, ont appris à lire et à écrire et le Venezuela a été déclaré voilà une semaine « territoire libre d’analphabétisme » par l’UNESCO avec la méthode cubaine « Moi, je peux ». Ceci, c’est l’ALBA en Amérique Latine et c’est une des propositions que j’apporte au sommet de Mar del Plata, au sommet des présidents : que nous arrêtions d’aller de sommet en sommet et de faire des discours et encore plus de discours, des papiers et encore plus de papiers et que nous allions directement à la lutte contre l’analphabétisme, merde ! Car nous pouvons le mettre en déroute en peu d’années. En Amérique Latine, nous avons aujourd’hui 40 000 000 d’analphabètes et si nous parlons de l’analphabétisme fonctionnel, il y a pratiquement 200 000 000 d’analphabètes fonctionnels.

Comment quelqu’un peut-il penser qu’avec cette charge terrible, avec ce poids si grand sur le dos de nos peuples depuis des siècles, produit de l’esclavage, de l’exploitation, de la domination, comment peut-on penser que nous pourrons avancer tant que nous n’aurons pas battu l’analphabétisme  ? Non, nous ne pourrons pas, nous ne pourrons pas, c’est une tâche prioritaire. Ce matin, en volant de Caracas jusqu’ici, je me souvenais de quelque chose en lisant certains papiers. Il y a 44 ans, remarquez bien ceci, il y eut un sommet tout près d’ici à Punta del Este, là-bas en Uruguay et, à cette conférence vinrent tous les gouvernements du continent, y compris celui de Cuba... et le représentant cubain à cette conférence fut certainement un Argentin qui fut Cubain et qui est Latino Américain,vous le savez...Le Che Guevara vint à Punta del Este, à la tête de la délégation cubaine. A cette réunion, il faut se souvenir que le gouvernement des Etats-Unis de l’époque, le président des Etats-Unis était John Fitzerald Kennedy et bien que je ne sois pas kennediste, en aucune façon, entre autres parce que sous ce gouvernement eut lieu l’invasion de la Baie des Cochons, mais avec tout ceci, cependant, le Christ dit un jour « A Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César », il semble que Kennedy ait compris une partie des réalités mondiales de cette époque et il le dit dans un discours devant le Congrès des Etats-Unis : « Il y a une révolution au Sud et la cause de cette Révolution, c’est la faim, c’est la pauvreté, ce n’est pas le communisme ». Il le dit ainsi et ensuite fit une proposition, en outre, la proposition avait certainement pour but politique de freiner l’avance de la Révolution Cubaine et des révolutions de cette ère mais Kennedy proposa ici, à Punta del Este, l’Alliance Pour le Progrès. Kennedy dit que les plans militaires de la contre-révolution devaient être accompagnés d’un plan de réforme agraire et il fit la proposition aux présidents d’Amérique Latine de mettre en route un plan de réforme agraire, y compris au Venezuela. Ce fut avec Romulo Betancourt et ils remirent des titres de propriété. Il y a peu de temps, j’ai rencontré là-bas, au sud de Caracas, des hommes de presque 80 ans, qui me dirent : « Chavez, je m’en rappelle, ici même il vint : Kennedy s’arrêta sous ce bosquet et avec Betancourt il nous remit des papiers. »

Kennedy proposa une réforme agraire avec remise de terre aux paysans. Kennedy proposa des réformes fiscales, imposer les plus riches pour redistribuer les recettes. Kennedy dit avec une clarté impressionnante de son point de vue : « Ceux qui ferment le chemin à la Révolution pacifique ouvrent en même temps le chemin à la Révolution violente... » et il appela les gouvernements à faire une révolution pacifique, c’est clair, de son point de vue, je le répète... Maintenant, ce qui est concret et certain, c’est que, à Punta del Este, il y a quarante-quatre ans, deux mois et quelques jours, le gouvernement des Etats-Unis est venu proposer L’Alliance pour le Progrès qui fut approuvée dans cette réunion, à l’exception de Cuba Révolutionnaire qui avait ses raisons et ses principes. Et le gouvernement de Kennedy proposa 20 000 millions de dollars, non pour les prêter, non, mais pour les apporter au développement, à la lutte contre la faim et la pauvreté . Je vais faire avancer cela parce que je vais le dire là, mais ici, entre nous. Je vais le dire en secret : voyez, le Venezuela, qui est un pays sous-développé, pauvre, avec une charge très lourde, un héritage très pesant de pauvreté, d’inégalité encore, cependant, vue l’augmentation des prix du pétrole, alors qu’en outre, à l’intérieur de l’ALBA, nous avons créé Petrocaribe ; le Venezuela, donc, vend son pétrole à quatorze pays des Caraïbes, leur enlevant 40% du prix du baril, et cela ils nous le payent en 25 ans, avec 1% d’intérêt et 3 ans de grâce.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Celui qui applique à cela un calcul mathématique pourra conclure que ce mécanisme inclut, ce financement apporte une charge de donation d’environ 70% parce que c’est un placement de 25 ans à 1% d’intérêt et en outre ils peuvent nous payer en biens et services et non pas nécessairement en argent. Ceci, c’est pour aider les plus petits, les plus faibles que nous, les frères qui ont plus de difficultés.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Mais, non seulement dans les Caraïbes, ici en Argentine, nous avons établi aussi un accord de coopération , les deux gouvernements ; accord à travers lequel le Venezuela fournit environ 8 000 000 de barils de fuel en Argentine et vous, vous nous payez non pas avec de l’argent mais avec de jeunes vaches pleines, par exemple, ou avec des équipes de médecins pour lutter contre le cancer.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Maintenant, nous signons avec le gouvernement uruguayen un accord et pour la première fois . Je dois vous dire, en outre, que le Venezuela exploite du pétrole depuis près de cent ans, que le Venezuela a été, pendant presque trente ans, le premier exportateur du monde . Mais nous étions une colonie nord-américaine et tout le pétrole allait à l’Amérique du Nord. Pour la première fois voici un an, est arrivé au Rio de la Plata un bateau vénézuélien chargé de pétrole pour le peuple argentin... pour la première fois en cent ans.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Pour la première fois en cent ans, est arrivé voilà trois mois, un tanker vénézuélien chargé de pétrole pour l’Uruguay, pour être raffiné dans la raffinerie que possèdent nos frères uruguayens. Et en plus, ils vont nous payer avec des facilités, nous ne leur demandons pas de nous payer maintenant, non, payez-nous à long terme...Et en outre, nous sommes en train de signer un accord pour qu’ils nous payent avec du ciment et d’autres biens et services une partie de la facture pétrolière, pour alléger la charge qui pèse sur ces gouvernements et le fisc, et pour qu’ils puissent , eh bien, avancer plus rapidement dans les programmes sociaux. Nous avons acheté à l’Argentine presque 1000 000 000 de dollars de bons . Cela ne s’était jamais vu ici, qu’un pays latino-américain achète à un autre des bons pour financer ses plans de développement, bien que nous ayons, nous aussi, une charge assez lourde.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Mais aujourd’hui, je viens proposer un plan qui, comme Kennedy le proposa et qui fut approuvé, avec les mêmes pays qui sont réunis aujourd’hui ici, voilà quarante-quatre ans fut approuvée l’Alliance pour le Progrès, je propose que nous fassions maintenant une Alliance contre la Faim . Le Venezuela la propose . L’Alliance pour le Progrès fut un plan sur dix ans, de 61 à 70, nous autres, nous proposons ici aujourd’hui, nous allons proposer là que nous fassions une Alliance contre la Faim. Ce serait comme Alliance AL, contre C, la Faim FA [4] .

L.P. : applaudissements.

H.C. : Que nous fassions une ALCFA, une Alliance Contre la Faim, et que le Venezuela, modestement... Ce serait un plan sur dix ans, 2005, 2015, pour qu’en dix ans, nous mettions en déroute la faim sur ces terres. En Amérique Latine, nous avons 220 000 000 de pauvres et 100 000 000 d’indigents . C’est une situation horrible qui frappe comme une gifle terrible le visage des hommes et des femmes de ces terres . Ce sont nos frères qui meurent de faim pendant que d’autres vivent dans le luxe et le gaspillage. Le Venezuela offre de ses propres ressources . Le peuple vénézuélien, pour une alliance comme celle que je projette pour les dix prochaines années, offre 10 000 millions de dollars. C’est ce qu’offraient les Etats-Unis pour l’Alliance pour le Progrès : 10 000 000 000 de dollars...

L.P. : applaudissements.

H.C. : Je suis sûr, je n’ai pas demandé à Fidel Castro, mais je ne manquerai pas de le faire, que dans cette Alliance contre la Faim et dans la lutte contre l’analphabétisme et les plans concernant la santé, les plans de santé comme « Barrio Adentro » qui, avec 20 000 médecins cubains ajoutés à 1000 médecins et infirmiers vénézuéliens sont dispersés dans tout le pays, offrant une attention préventive et éducative de santé à 17 000 000 d’êtres humains qui en étaient exclus, et cela inclut les médicaments totalement gratuits...

L.P. : applaudissements.

H.C. :... Je suis sûr que Fidel Castro et le peuple cubain se joindront à ce plan, j’en suis absolument sûr . Ceci, c’est l’ALBA... Mettons en avant le social, soyons profondément humanistes, mettons en avant la douleur de notre population pour fortifier la cohésion sociale : ceci, c’est l’ALBA . L’ALBA, c’est aussi, par exemple, ce que nous avons fait à Caracas voilà à peine deux semaines : une rencontre internationale, Rencontre Internationale des Travailleurs d’Entreprises Récupérées : travailleurs d’ici, en Argentine, du Brésil, de l’Uruguay, du Paraguay, de Haïti, de Colombie, du Venezuela, de plus de dix pays, dirigeants syndicaux, centrales syndicales... et nous avons signé là des dizaines d’accords de coopération. Pour vous donner un exemple, une entreprise uruguayenne qui travaille le cuir mais ne peut obtenir de crédits, n’a rien pour acheter la matière première. Bien... Le Venezuela lui a offert, en accord avec les travailleurs vénézuéliens, la matière première pour travailler. Une entreprise brésilienne qui travaille le plastique mais a des difficultés de financement n’a pas suffisamment de matière première pour faire des tubes de plastique et des articles de plastique. Le Venezuela lui offre la matière première de notre pétrochimie et ils vont nous payer à bas prix avec des produits et non avec de l’argent, et ensuite, ensemble, nous allons conclure une alliance stratégique, placer ces produits sur notre marché pour satisfaire les besoins de nos peuples.

L.P. : applaudissements.

H.C. : De cette réunion est venue l’idée de créer Empresur (Entreprises Récupérées du Sud). Ceci, c’est l’ALBA. L’ALBA, c’est aussi Petrosur, une alliance stratégique entre les pétroliers sud-américains : PDVSA, Petrobras, Ancap, et Enarsad d’Argentine. Pour rechercher, pour commercialiser et traiter notre pétrole ensemble. Je dois vous dire que le Venezuela est prêt à acquérir ici, en Argentine, une raffinerie. Nous allons investir dans cette raffinerie et dans un système de distribution de combustible environ 100 000 000 de dollars pour amener le pétrole vénézuélien et le raffiner ici et, bon, aider à la fourniture et baisser les coûts de production pour le peuple argentin.

L.P. : applaudissements.

H.C. : C’est la même chose avec le Brésil. Nous avons signé un accord avec Petrobras et nous allons construire une grande raffinerie à Pernambuco, dans le nord-est du Brésil, pour amener le pétrole vénézuélien, le raffiner et le distribuer à toute cette population du nord du Brésil qui a des difficultés pour avoir de l’énergie. Je dois vous dire, compagnes et compagnons, et je le dis avec beaucoup d’humilité mais c’est une vérité, c’est la raison des agressions impérialistes contre le Venezuela. Fondamentalement, le Venezuela a la première réserve de pétrole du monde, le Venezuela a la huitième réserve de gaz prouvée du monde, le Venezuela a suffisamment de pétrole et de gaz pour en fournir pendant deux cents ans à l’Amérique Latine. Les peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes peuvent compter sur l’appui du Venezuela pour leur développement énergétique, social et technologique.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Enfin, voici quelques repères qui aident à dessiner la proposition d’Alternative Bolivarienne pour l’Amérique : Telesur est née, la télévision sud-américaine, notre proposition d’il y a plusieurs années, est née et elle aura chaque jour une couverture plus large. Déjà, elle marche vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ceci, c’est la télévision, je le dis ainsi, la télévision de l’ALBA, mais il est nécessaire que nous voyions nos visages et entendions nos voix et non pas ce que veulent CNN et les grandes chaînes du Nord que nous voyons par nous-mêmes pour racheter nos traditions, nos cultures .Telesur est née, la télévision du Sud, la télévision de l’intégration de l’ALBA.

Ce matin, j’ai reçu les honneurs militaires alors que je descendais de l’avion et je me suis arrêté pour parler avec un soldat argentin et je sais les traumatismes qu’ici, dans le Cône sud, les peuples ont vécu à cause des soldats. Mais ces soldats argentins, ces soldats uruguayens, ces soldats brésiliens, ces soldats vénézuéliens, boliviens, équatoriens, doivent racheter les drapeaux originaires des libérateurs de ces terres, des soldats libérateurs, parce que c’est aussi une part de la pénétration impérialiste. L’impérialisme nord-américain a pénétré les Forces Armées de nos peuples . Ils formèrent des dictateurs et apprirent à nos soldats à torturer, à disparaître et à attaquer nos propres peuples, plusieurs fois au cours du vingtième siècle, plusieurs fois, presque toutes les armées de nos peuples agirent comme des armées d’occupation sur nos propres territoires. Moi, j’appartiens à l’armée vénézuélienne qui releva les drapeaux de Bolivar et s’unit au peuple pour faire une révolution.

L.P. : applaudissements.

H.C. : Si je dis cela, c’est parce que j’ai vu le soldat avec le fusil à l’épaule, me rendant les honneurs . Je me suis arrêté face à lui et face à un autre, je les ai salués et j’ai dit à l’un d’eux, à voix basse : «  N’oublie pas que ce fusil que tu as sur la poitrine, c’est pour défendre le peuple argentin, pour défendre la souveraineté du peuple argentin, et la dignité du peuple argentin. »

L.P. : applaudissements.

H.C. : Et j’ai vu dans les yeux de ce soldat l’éclat de la conscience. Je suis sûr que, dans la mesure où les peuples continuent leur marche en avant, construisant le chemin de la libération définitive de notre Amérique, ils seront chaque jour moins seuls. Nous serons chaque jour plus accompagnés par nos soldats qui sont et doivent toujours être une partie de l’âme d’un peuple comme le fut Saint-Martin, le général métis, comme le fur Bolivar, le général libérateur, comme le furent les généraux libérateurs, les soldats libérateurs, parce qu’il s’agit ici d’une deuxième indépendance. Ce que nous faisons aujourd’hui, déjà, José Marti le disait dans les années 1880 et quelques, parlant aux peuples de l’Amérique Latine  : « L’heure de la deuxième indépendance est arrivée... » Et nous avons besoin de tous, hommes et femmes conscients, unis, véritablement unis.

Lorsque je parlais des soldats, c’est que je me rappelais que, de même que l’OTAN existe (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) parce que, je le dis, l’OTAS ne peut exister (Organisation du Traité de l’Atlantique Sud). Voyons s’il est vrai qu’un jour il va arriver de nouveau ce qui est arrivé aux Malouines, que nous unissions aussi nos forces armées pour assurer notre souveraineté, pour définir nous-mêmes nos concepts de sécurité, de défense et de souveraineté et ne pas continuer à dépendre des mandats (comme cela s’est fait longtemps) du Commandement Sud des Etats-Unis.

Indépendance, disait Marti, indépendance, disons-nous aujourd’hui dans ce troisième Congrès des Peuples. Je termine avec l’âme, avec la phrase de Marti : « L’heure de la deuxième indépendance des peuples d’Amérique est arrivée. » L’heure est arrivée. Accolade bolivarienne, sanmartinienne, péroniste, guévariste, bolivarienne et révolutionnaire pour tous et toutes. Merci beaucoup, Maradona, merci beaucoup, Bonasso, merci beaucoup, Bonafini, merci beaucoup à tous, merci beaucoup à toutes pour cet événement merveilleux, je vais à l’autre sommet apporter votre âme et votre parole, la parole des peuples jusqu’à la mort . Hasta la victoria siempre ! La Patrie ou la mort ! Nous vaincrons ! Vive le Che Guevara, merde !

Traduction Gaston Lopez et Olivier Lopez

[1] ALBA est le nom de l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques conclue entre le Venezuela, Cuba et d’autres pays d’Amérique Latine et le mot « Alba » en espagnol signifie Aube. Ce qui faisait dire à Ricardo Alarcon dans son discours à l’ONU « L’aube se lève au Sud ».

[2] ALCA !ALCA !ALCArajo ! mot valise intraduisible en français, formé sur ALCA (nom espagnol de la ZLEA) et « carajo » qui signifie « merde ».

[3] En fait, Hugo Chavez dit : « Cipaye » un cipaye étant un soldat hindou au service d’une armée européenne. Pour la clarté du texte et pour que le lecteur ressente mieux la force de l’exclamation, nous avons choisi de traduire par « mercenaire ».

[4] ALCHA en espagnol : alianza AL ; contra C ; el hambre HA. Bien évidemment ALCHA s’oppose encore à ALCA...



 

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